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Après avoir laissé passer Facebook en 2007 la société Yahoo! tenterait-elle à nouveau sa chance dans le domaine du web communautaire ? C'est en tout cas la rumeur qui circulent en ce moment sur la Toile et émanant d'une source proche des investissements financiers du portail Internet. La firme de Carol Bartz serait toujours en discussion avec la startup spécialisée dans la géolocalisation et le montant de ce rachat serait estimé aux alentours de 100 millions de dollars.

La géolocalisation est l'une des dernières tendances sur Internet. Outre Twitter, Facebook travaille également sur une interface de programmation permettant aux internautes de mettre à jour leur profil en spécifiant leur localisation. Ce n'est pas la première fois que Yahoo! mise sur cette technologie. En août 2008, la société a levé le voile sur son service FireEagle qui n'a cependant jamais gagné en popularité. En rachetant Foursquare, Yahoo! pourrait intégré une fonctionnalité de géolocalisation sur ses services mobiles et notamment Social Pulse, qui permet déjà de mettre à jour son statut sur Yahoo! Updates mais également Facebook et Twitter.

Ce ne serait pas la première fois que Yahoo! investit dans un service communautaire, par le passé ce sont Delicious, Flickr, MyBlogLog ou encore Upcoming.org qui ont été rachetés. Pour l'heure, les deux parties seraient en train de finaliser les discussions.
Les internautes américains à la même enseigne que les chinois ? Du moins quand ils se rendent sur le site internet isoHunt, poursuivi et inquiété par la MPAA pour violation du droit d'auteur, les américains sont désormais redirigés vers isoHunt Lite, une version pour le moins allégée de la communauté BitTorrent, jusqu'à présent réservée aux ressortissants chinois.

Récemment invité à vider son catalogue de l'immense majorité de contenus illicites qu'il contient, ainsi qu'à filtrer les futures soumissions en s'appuyant sur une liste de mots clés censurés, isoHunt a effectivement trouvé une parade pour se conformer bon gré mal gré à ce verdict non définitif. La question de la liberté d'expression et de la faisabilité technique sont effectivement encore débattus.

isoHunt Lite n'est donc rien d'autre qu'un moteur de recherche, au même titre que l'est par exemple Google, avec tout le devoir de neutralité du Net qui en découle, justifie Gary Fung dans son annonce. Le site internet cherche ainsi à amadouer la justice américaine. isoHunt Lite se distingue toutefois d'un moteur de recherche généraliste par le tri des résultats, classés non seulement par pertinence et par ancienneté, le minimum syndical, mais aussi et surtout par notation et par ratio de partage.

Gary Fung note que le DMCA, la loi américaine régissant notamment la lutte contre le téléchargement illégal, requiert à juste titre qu'une réclamation pour violation du droit d'auteur fasse l'objet d'une condamnation ciblée et clairement identifiée, et non qu'elle s'applique à un pan entier du vocabulaire. "Nous espérons que vous pourrez continuer à utiliser isoHunt sans être confrontés à de grands trous béants dans le dictionnaire anglais, sous prétexte que votre recherche contient un mot clé apparaissant dans le titre d'un des millions de films qui ont été produits," ajoute-t-il dans son annonce.

isoHunt Lite est donc présenté comme un moindre mal, comparé à la fermeture définitive qui découlerait d'une condamnation à filtrer le contenu du catalogue. La date du verdict final n'est pas encore connue.
Google va être attaqué en justice par un groupe d'artistes visuels (photographes, illustrateurs, etc.) qui considèrent que l'entreprise porte atteinte à leur propriété intellectuelle en numérisant et en diffusant leur travail sans compensation.

Un groupe de pression représentant des photographes et des illustrateurs américains, rejoint par plusieurs associations qui n'avaient pas été autorisés à se joindre à une action de groupe sur les livres numérisés, va attaquer le géant du net en justice. C'est le cabinet d'avocats Mishcon de Reya qui annonce qu'il va déposer une plainte devant la cour du district sud de l'Etat de New York un peu plus tard dans la journée. Le cabinet devrait demander une action de groupe à la cour, déjà en charge de l'affaire entre Google et les éditeurs de livres.

Cette nouvelle plainte rejoint donc celle de l'association des auteurs américains, qui accusent Mountain View d'interpréter la propriété intellectuelle de façon très personnelle. Le groupe souhaite une compensation de 125 millions de dollars, et l'autorisation pour les éditeurs et les auteurs de garder le contrôle sur ce qui est exploité.

L'action des photographes américaine est séparée de cet autre affaire, mais la problématique est globalement la même. En numérisant ces livres, Google intègre images et photographies dans les versions numériques. Les artistes visuels veulent donc à leur tour une compensation. Leur action en justice pourrait repousser l'échéance d'un jugement à plusieurs années. Ce dont se défend James McGuire, de Mishcon de Reya : « Nous n'essayons pas de mettre à terre l'autre procès ou d'influencer le jugement. Nous essayons juste d'obtenir le meilleur résultat possible pour nos plaignants. » Selon lui, la perte engendrée pour les photographes et illustrateurs est « assez importante », sans donner plus de précision.
Le Sénat cherche à comprendre pourquoi certaines grandes sociétés de commerce en ligne passent entre les mailles du système de taxation française. Dans le viseur, des géants comme ebay, Apple et autres Amazon sont accusés de ne pas payer la TVA française alors qu'ils réalisent des ventes sur le territoire. Ces firmes déclarent la majeure partie de leurs revenus dans d'autres états de l'Union européenne comme le Luxembourg ou l'Irlande.

LeSénat s'appuie sur un rapport rendu par le cabinet d'études Greenwich dans lequel il estime que le manque à gagner pour l'Etat pourrait approcher les 400 millions d'euros en 2010 rien que sur la TVA. L'explication est simple. Une société comme Apple a fait le choix d'implanter son activité européenne au Luxembourg au motif que la TVA est à 15% (et non à 19,6%). La marque à la pomme économiserait ainsi 4 millions d'euros par an... Autre exemple, celui d'Amazon qui réalise en France un chiffre d'affaires de 930 millions d'euros. Pour autant, la firme américaine n'en déclare que 25 millions.

Jean Arthuis, sénateur de Mayenne (Alliance centriste) explique le bien-fondé de la requête : « Le problème central est la perception de l'impôt en France. Alors que le e-commerce devrait représenter 28 milliards d'euros en 2014, nous sommes en face d'une véritable épine dans le pied ». Outre la TVA, vient s'ajouter l'impôt sur les sociétés et la taxe sur les surfaces commerciales. Au total, la France devrait enregistrer 560 millions d'euros de perte en 2014.

Maïté Gabet, directrice départementale du service affaires internationales des impôts énonce les risques à venir : « Il peut se développer un commerce occulte si une politique de compétitivité fiscale n'est pas établie. Seule une négociation internationale pourra changer le problème des lieux de taxation et des recettes fiscales ».

En dehors de ces questions, d'autres problématiques sont soulevées notamment par François Momboisse, président de la Fevad (fédération du e-commerce et de la vente à distance) : « Selon nos chiffres, 25% des internautes font des achats dans d'autres pays comme la Grande-Bretagne. De même, la taxe pour copie privée (inhérente à chaque support de stockage, ndr) est bien trop lourde en France. Ce marché gris représente plus d'un milliard d'euros ».

Le Sénat se trouve donc confronté à un double discours entre d'un côté la nécessité de « dynamiser et de rendre plus compétitives les sociétés qui commercent sur le territoire » et d'un autre côté le besoin « d'instaurer une taxation nécessaire au bon fonctionnement des institutions publiques par la régulation de l'économie ». Pour cela, le rapport lance des pistes de travail pour encourager le e-commerce à savoir doter la France d'une vision à moyen et long terme sur le Web mais aussi de mettre à niveau le taux français de la redevance pour copie privée.

Quelques bonnes idées qui vont devoir passer devant l'approbation et le soutien de la classe politique, mais également du ministère des Finances. A l'heure où nombre de choix semblent s'orienter vers des réductions budgétaires, on est en droit de se demander quels seront les effets de l'initiative du Sénat. Une question qui subsistera jusqu'en 2015, date à laquelle la TVA sera la même sur tout le territoire de l'Union Européenne. Encore cinq ans de réflexion donc...
Yelp, un service web américain qui propose des critiques d'utilisateurs pour aider à trouver des commerçants locaux, fait face à de nombreuses critiques et à un procès pour extorsion. Le site vient de lancer deux nouveautés pour tenter de juguler le flot de mécontentements. Une action de groupe a en effet été lancée en février dans l'Etat de Californie contre l'éditeur du site, selon laquelle « Yelp a un schéma d'extorsion de fonds au cours duquel les employés de l'entreprise appellent des commerçants en leur demandant un paiement mensuel, sous couvert d'un contrat de publicité. » En échange, le site proposerait de supprimer ou de modifier des critiques négatives sur le site, selon les plaignants.

L'un des commerçants, un hôpital vétérinaire de Californie, a notamment expliqué avoir demandé à Yelp de supprimer « une critique fausse et diffamatoire ». Le site aurait refusé, et demandé en échange 300 dollars par mois « pour cacher ou supprimer la critique ». Yelp dénonce aujourd'hui ces allégations, expliquant que son filtre était basé sur un algorithme secret pour chercher les critiques sur les pages personnelles des utilisateurs et les afficher sur les pages des commerçants.

Pour désamorcer les critiques, Yelp a annoncé deux nouvelles fonctionnalités. La première est directement dédiée à rendre le site plus transparent, puisqu'il est désormais possible de voir les critiques filtrées par l'algorithme. Autre changement : le service « Critique favorite » est supprimé. « Ainsi, vous pouvez voir que l'algorithme fonctionne de la même façon pour les annonceurs et les autres, et que le service de Critique favorite a été mal interprété. Nous l'avons supprimé pour supprimer cette incompréhension. »
LaCie a annoncé hier le lancement de Wuala en France et dans certains autres pays d'Europe. Le service de stockage en ligne était déjà accessible du monde entier mais il est désormais traduit, entre autres, dans la langue de Molière. Wuala propose les fonctions habituelles, du stockage au partage en passant par la sauvegarde automatique ou le travail collaboratif. Pour se différencier de ses nombreux concurrents, Wuala garantit "une sécurité et une fiabilité totale".Stockez en peer to peer

Pour ce faire, toutes les données stockées en ligne sont non seulement stockées sur l'infrastructure de Wuala mais aussi dans le nuage Wuala, constitué des autres utilisateurs du service. Il s'agit ainsi du premier service de stockage en ligne reposant en partie sur un procédé distribué en peer to peer (pair à pair), ce qui devrait prémunir les utilisateurs d'un cas de force majeur, d'une panne ou même d'une faillite. Pour assurer la confidentialité des données, les fichiers sont chiffrés par l'ordinateur de l'utilisateur (à l'aide de l'algorithme RSA 2048 bits) et découpés en multiples morceaux, de sorte qu'aucun autre utilisateur ne puisse reconstituer un fichier.Troquez votre espace disque

Mais le principe du réseau maillé permet d'ailleurs d'obtenir gratuitement un confortable espace de stockage. Chaque utilisateur peut troquer une part de son espace disque aux autres utilisateurs, pour récolter en retour autant d'espace de stockage dans le nuage, à condition toutefois d'être suffisamment connecté. Il faut ainsi être connecté au moins 4 heures par jour (17% du temps) pour pouvoir troquer de l'espace disque, puis la limite est proportionnelle au temps passé en ligne : un utilisateur connecté la moitié du temps (50%) peut ainsi troquer 50 Go. Il n'est toutefois pas précisé ce qu'il advient du surplus de données lorsque le temps de connexion se réduit.

Il est en revanche possible d'acheter de l'espace de stockage supplémentaire selon des tarifs dégressifs. Cinq offres s'échelonnent de 10 Go à 1 To pour 25 à 1 000 dollars par an. Partagez vos données

Le logiciel, qui est d'ailleurs multiplateforme (Windows, Mac OS X et Linux) et même en partie open source, permet de programmer des sauvegardes régulières avec gestion des révisions antérieures. Il offre également la possibilité de partager des données avec une sélection d'amis, de collaborateurs ou d'en rendre certaines publiques. Des groupes permettent enfin de travailler en collaboration sur des fichiers, en commentant les modifications apportées.

Wuala fournit 1 Go gratuitement à chaque utilisateur. À l'occasion du lancement, il offre 1 Go supplémentaire pour un an aux 200 lecteurs de Clubic les plus rapides, après création d'un compte et saisie du code promo ci-dessous. La création d'un compte, le téléchargement du logiciel et l'obtention de plus amples informations se font dès à présent sur le site internet de Wuala.
Deux jours après avoir mis à jour les précédentes branches du logiciel, Mozilla a publié jeudi soir Firefox 3.6.3, une nouvelle version de son navigateur vedette qui n'apporte aucune nouvelle fonctionnalité mais corrige la faille de sécurité exploitée en fin de semaine dernière dans le cadre du concours Pwn2Own.

Chaque année, cette compétition invite les meilleurs experts en sécurité à débusquer des vulnérabilités au sein des principaux navigateurs Web du marché. « Nils », 26 ans, qui représentait la firme britannique MWR InfoSecurity avait réussi à prendre le contrôle d'une machine équipée de Windows 7 en exploitant une vulnérabilité de Firefox liée à la façon dont le navigateur gère les noeuds DOM et susceptible d'entraîner une corruption de la mémoire vive du système.

Bien que les modalités d'exploitation de cette vulnérabilité n'aient pas été rendues publiques, Mozilla a donc pris le parti de la combler très rapidement. On pourra récupérer Firefox 3.6.3 directement depuis le module de mise à jour intégré au logiciel.
La firme Google explique les raisons pour lesquelles ses sites étaient indisponibles en Chine ce mardi. Un porte-parole de l'entreprise californienne estime que la source du blocage était due à un problème lors de la recodification des paramètres de recherche.

Google a, en effet, été obligé de rediriger les requêtes chinoises vers ses serveurs à Hong Kong suite aux censures exercées contre le site Google.cn. L'ex-colonie britannique est une région administrative spéciale de la Chine jouissant de plus de libertés que le reste du pays, notamment d'un Internet non censuré. Malgré ce départ, toute recherche s'avérait impossible et accompagnée d'un message d'erreur écrit en chinois.

La piste des cyber-attaques est donc écartée pour le moment puisque le moteur de recherche a précisé que ce problème avait été provoqué par « une modification interne de son code source ». Pour autant, la situation reste sensible entre l'Empire du Milieu et Google même si la firme semble se refaire une santé en Chine. Sina, premier portail internet de Chine, a annoncé qu'il comptait réexaminer sa coopération avec Google. D'autres comme Tianya, l'un des portails les plus populaires du pays ont mis fin à leur partenariat. Chacun semble choisir son camp.
La plate-forme européenne de signalement des cybercrimes ne verra pas le jour sous la forme d'un guichet unique pour tous les citoyens de l'Union. C'est la conclusion de l'atelier « Plate-forme de signalement de contenus illicites : vers une plate-forme européenne », dans le cadre du 4ème Forum international sur la cybercriminalité, organisé hier et avant-hier à Lille. Le processus d'intégration, lancé sous la présidence française de l'Union européenne en juin 2008, est cependant toujours d'actualité.

Si le commissaire de la Federal Computer Crime Unit (FCCU) belge, Laurent Bounameau, voit « un guichet unique virtuel », pour l'officier de police rattaché à la Commission européenne Radomir Jansky, « la plate-forme ne peut pas uniquement exister au niveau d'Europol ». Le service européen d'enquêtes criminelles doit plutôt « utiliser les outils existants pour les incorporer à sa plate-forme, et c'est ce qu'il a su faire. » La problématique est complexe : sur les 27 Etats de l'Union, 16 ont déjà une plate-forme de signalement étatique, 4 ont adopté une structure mixte public-privé, et 7 n'ont pas du tout de solution. Radomir Jansky estime que ces pays, « l'Espagne, l'Estonie, la Hongrie, la Pologne, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovaquie », devraient être bientôt pourvus grâce à une aide d'Europol. Pour autant, la diversité des situations empêche toute intégration européenne du signalement des cybercrimes.

Pas de signalement unique, donc, mais une centralisation des bases de données. L'intérêt de conserver les points d'accès pour les citoyens au niveau des Etats-membres est aussi financier : la plate-forme d'Europol « n'a coûté que 300 000 euros », précise Radomir Jansky, sur un budget total du programme « Prévenir et combattre la criminalité » (ISEC) de 85 millions d'euros en 2010. A noter que ce programme ne gère pas que la criminalité en ligne, qui n'est qu'une petite partie du budget.

Pour Nicola Dileone, officier de police à Europol, le constat est le même : « Il est impossible de gérer 27 réalités sur le signalement. Il faut une gestion du système par chaque état-membre, et une centralisation des données au niveau européen. » La superplate-forme Icros (Internet crime reporting online system), qui devrait être lancée au sein d'Europol avant la fin de l'année, sera donc chargée de regrouper ces bases de données, pour une analyse complète par l'Analytical work file cyborg. Nicola Dileone explique l'importance de cette centralisation par la possibilité d'avoir les alertes très tôt : « Nous avons besoin de données. Nous avons besoin d'informations. » Et de coordination, pour que les données ne soient pas inutilisables. « Souvent, on reçoit des signalements, et on lance une enquête, alors qu'elle est déjà traitée par les polices nationales. »

En France, c'est la plate-forme Pharos qui gère l'interface avec les citoyens. Une fois signalée, l'information part au niveau européen. Une situation particulière pour la gendarmerie et la police : le lieutenant-colonel de gendarmerie, Alain Permingeat, explique que « les enquêteurs ont l'habitude de faire de la recherche, de la veille. Là, on reçoit directement les signalements. » Toute la question est donc de réussir à trier dans les nombreux témoignages reçus. Si les 8 à 9 pages de formulaire à remplir en ligne découragent « les plaisantins », il y a tout de même eu 12 419 signalements en 2008, alors que la plate-forme n'était pas officielle. Après le lancement en 2009, ce chiffre est monté à 52 353. Sur ces signalements, 6 000 ont été traités, et 313 ont fait l'objet d'enquête au niveau national, tandis que 1 800 ont été transmis à Europol.
Le Forum international sur la cybercriminalité, qui s'est tenu hier et avant-hier à Lille, présentait une conférence sur les jeux d'argent et de hasard en ligne. Actualité très chaude, puisqu'au même moment était discuté le projet de loi à l'Assemblée nationale. Voté conformément au texte du Sénat, il devrait être adopté dès le 6 avril par la chambre haute du Parlement.

Le projet de loi met en place une nouvelle institution indépendante : l'Arjel, Autorité de régulation des jeux en ligne. Pour François Trucy, le rapporteur UMP du projet au Sénat, c'est une réponse à « un marché illégal des jeux en ligne insupportable, qui s'est développé sous le nez des législateurs. » Il estime le marché total des jeux en ligne à 3 milliards d'euros en chiffre d'affaire. Un seul milliard revient au PMU et à la Française des Jeux désormais appelée FDJ, les milliards restant sont une estimation du marché noir.

Pour contrer cet état de fait, la future loi doit ouvrir le marché à la concurrence avec des règles strictes. L'Arjel, dont une mission de préfiguration travaille déjà, doit avoir « pour but de faire réussir les opérateurs qui auront choisi la légalité, et donc auront obtenu l'agrément de l'Arjel », tout en offrant un arsenal répressif contraignant contre les sites illégaux. L'Arjel, qui regroupe sous une autorité unique les prérogatives de 11 ministères et organismes concernés jusqu'à aujourd'hui, propose plusieurs armes de répression.

La saisine du Tribunal de grande instance de Paris est prévue pour demander aux fournisseurs d'accès à Internet de cesser la diffusion d'un site illégal hébergé. D'autre part, la publicité pour un tel site sera interdite pour « tous les médias », selon Frédéric Epaulard, secrétaire général de la mission de préfiguration de l'Arjel. Cette infraction sera punie de 100 000 euros d'amende, un chiffre que le juge pourra sur simple motivation multiplier par quatre. Cette mesure vise l'ensemble de la chaîne publicitaire. Dernière mesure inscrite dans le projet : « il sera possible de demander aux banques de bloquer les transferts des gains entre le compte de l'opérateur et celui de l'internaute. »

Une opération de récupération des numéros de comptes sera donc nécessaire. Aucun problème, selon François Trucy, qui annonce la mise en place de cyberpatrouilleurs. Ces agents pourront facilement effectuer les opérations faites normalement par des joueurs, et récupérer les informations bancaires des sites.Questions de droit

Frédéric Epaulard, qui rappelle que la loi n'est toujours pas promulguée, et que toutes les annonces sont donc à la condition qu'elle soit adoptée, soulève plusieurs questions de droit que l'Arjel devra régler. La première, c'est la définition d'un site illégal. Pour le secrétaire général, « la loi n'en donne pas de définition précise. Par déduction, nous considérant comme illégal tout site qui n'a pas obtenu l'agrément, et qui s'adresse à la population française. »

Or où situer la frontière entre un site Canadien par exemple, qui va viser une clientèle française en grande partie, et un site européen qui n'aurait qu'une petite partie dédiée aux paris sportifs français ? C'est un vrai problème pour Frédéric Epaulard, qui estime que « l'Arjel devra se construire sa jurisprudence. Certains événements importants en France, comme la finale du championnat de la Ligue 1 de football, vont faire l'objet de paris sur des sites étrangers, sans qu'il y ait une vraie stratégie en direction des joueurs français. » Si l'utilisation de la langue française sur un site peut être un indice, ce n'est pas suffisant. « Nous devrons trouver une définition. »

Pour l'avocat Thibault Verbiest, animateur de la conférence, le problème est intéressant sur le plan juridique : « Un arrêt de la cour de cassation de moins de trois semaines a déterminé à quelles conditions on pouvait considérer qu'un site étranger a une démarche active pour le public français. Dans le même temps, une question préjudicielle du Tribunal de grande instance de Paris à la cour de justice attend un arrêt. » Il pourrait fixer des normes uniformes en la matière.

Originalité du projet de loi : le seul tribunal référent est à Paris. Le choix d'une chambre dédiée du Tribunal de grande instance de la capitale doit « éviter de devoir courir d'un TGI à l'autre aux quatre coins de la France », explique François Trucy.L'impossible équation technique ?

Si la question de l'application technique des dispositions légales reste entière, Cyril Lévy, spécialiste des questions de sécurité liées au jeu en ligne au sein de l'agence Salamandre, y apporte quelques éléments concrets. « Il existe plusieurs outils d'anonymisation en ligne. » Et pour François Trucy, pas question de refaire l'erreur de la loi sur Hadopi, pour laquelle le Parlement « n'a pas le sentiment d'avoir produit l'arme ultime. »

Estimant qu'avec « plus de 25 000 sites de jeu en ligne, il est impossible d'effectuer un vrai filtrage », Cyril Lévy donne deux pistes. D'abord, la création d'une liste de sites illégaux, transmise aux fournisseurs d'accès à Internet (FAI). Cela implique une vraie participation des FAI, qui deviennent « des auxiliaires de police ». Une solution efficace pour « contrôler l'accès d'un public non expert, mais les ressources des sites sont énormes, et ils trouvent constamment des parades. Cette solution ne peut durer qu'un certain temps. » Autre solution : un reroutage des Français vers les versions françaises des sites internationaux qui auraient obtenu l'agrément. « Cela ne présente aucun challenge technique, la plupart des outils de géolocalisation sont déjà en place pour les opérations de contrôle et de paiement. »

Limites à ces solutions : le peer-to-peer a déjà montré leur inefficacité, et le manque de nuances dans le blocage des sites : « certains ont des pages qui seront proscrites, mais d'autres pages qui sont du play for fun, sans enjeu financier, ou des pages éducatives sur le jeu en ligne. Il est délicat d'interdire globalement un site s'il n'y a que quelques pages litigieuses. » Cyril Lévy estime que « le mieux, ce serait de taper sur des sites très actifs, comme certains opérateurs canadiens qui visent explicitement une audience française. Sauf que les audiences réelles sont difficiles à obtenir, et que personne ne connait vraiment les leaders du secteur. » Il évoque cependant « de nouvelles solutions intelligentes de contrôle à distance. » Des systèmes évolutifs qui pourraient enrichir les bases de données à proscrire, en prenant en compte les pages de play-for-fun et les audiences des sites.
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