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Trois ans après le douloureux vote de la loi DADVSI, dont tous s'accordent aujourd'hui à dire qu'elle n'a en rien permis d'endiguer le téléchargement illégal, le ministère de la Culture annonce le lancement d'un site Internet baptisé jaimelesartistes.fr, sur lequel les internautes sont invités à venir prendre connaissance du projet de loi "Création et Internet" et de la façon dont fonctionnera le dispositif de riposte graduée, avant même que ce dernier n'ait été voté.

Difficile de ne pas se remémorer l'initiative "lestelechargements.com". Début 2006, le ministère de la Culture, alors emmené par Renaud Donnedieu de Vabres, commande à l'agence Publicis la réalisation d'un site Internet, censé permettre aux artistes et aux internautes de débattre ensemble de la question des droits d'auteur. Rapidement, les débats tournent à la foire d'empoigne, contraignant les administrateurs du site à fermer les commentaires ou à en déplacer certains sans prévenir. Cerise sur le gâteau : alors que le site utilise Dotclear, une plateforme open source et gratuite, on apprend que la facture se serait élevée à 180.000 euros, pris sur les deniers publics. Quelques semaines après son ouverture, le site vit ses derniers soubresauts, et ne tarde pas à fermer. Aujourd'hui, le nom de domaine associé est proposé à la vente...

Chat échaudé craint l'eau froide

"La campagne "J'aime les artistes" a pour but d'expliquer aux jeunes internautes en quoi la mise en place d'une "réponse graduée" au piratage, essentiellement préventive et pédagogique, permettra de préserver et de développer l'offre de musique, de films, de programmes audiovisuels et de jeux vidéos, en ligne aussi bien que dans les magasins, tout en respectant les droits et libertés de chacun - c'est-à-dire des abonnés à Internet aussi bien que des artistes et des entreprises" explique le ministère de la Culture.

Près de trois ans après l'échec du site lestelechargements, impensable pour le ministère de la Culture de commettre à nouveau les mêmes erreurs. Exit donc la prestigieuse - et fort coûteuse - Publicis : la réalisation du site jaimelesartistes a été confiée à l'agence JMS l'Inconscient Collectif, moins médiatique, et spécialiste de la cible 15-25 ans. Du côté des commentaires, la donne a été simplifiée, puisque le site n'autorise pas la discussion : on pourra y visionner des vidéos explicatives, dans lesquelles Christine Albanel et ses adjoints expliquent les bienfaits du projet de loi "Création et Internet", et consulter des fiches pratiques, sous forme de foire aux questions, censées répondre aux questions que se posent les internautes. Là s'arrête l'interactivité, du moins pour l'instant.

En parcourant le site, on découvre quelques pages de faux texte (le fameux lorem ipsum) ainsi que la mention de "partenaires" dans le code source des pages, au nombre desquels on trouve des sociétés d'auteur, mais aussi des chaînes de télévision ou des opérateurs. Nature du « partenariat » ?

Ca va couper : la réponse poil à gratter ?

Hasard du calendrier ? Alors que rue de Valois, on donne le coup d'envoi du site Jaimelesartistes, l'association de consommateurs UFC Que Choisir ouvre ca-va-couper.fr, présenté comme "une parodie du projet de loi Création et Internet, de l'Hadopi et de la Riposte graduée". Le message de bienvenue ne laisse planer aucun doute sur la dimension satirique du site : "Salut c'est Dédé. Dédé, de Ca-va-couper.fr ! J'ai l'immense plaisir de t'annoncer qu'il y a 72 heures, tu t'es fait flasher à 9072 kbit/s en train de télécharger, illégalement, de la musique sur Internet. Du coup, j'ai la joie et l'honneur de procéder à la coupure de ta connexion Internet. Quoi ? T'es pas content ?".

En quatre vidéos, Dédé, acariâtre agent des forces de l'ordre, témoigne d'une furieuse envie de « couper" la ligne des internautes qui téléchargent, avant de retourner sa veste pour prendre la défense du consommateur et promouvoir les activités de l'UFC Que Choisir. Là non plus, on ne commente pas, mais le site ca-va-couper prodigue fonds d'écran, logos et autres bannières, sans oublier le prévisible "piège tes amis", tous destinés à favoriser la propagation virale du message de l'association de consommateur. La cible semble toute trouvée : là encore, on souhaite parler aux 15 - 25 ans, à cette génération qui, élevée à La Cité de la Peur, saura qu'on ne dit pas "ça va trancher, chérie" mais bel et bien "ça va couper". Plus sérieusement, le site renvoie ensuite vers les différents dossiers et communiqués réalisés par l'association sur le sujet du téléchargement illégal et de la riposte graduée.

Du consensuel ou du démagogue, lequel des deux sites rencontrera le plus de succès ?
En Ecosse, Gill et Ken Murdoch, respectivement âgés de 54 et 66 ans, ont envoyé une lettre au magazine Which? dans laquelle ils expliquent que la société Atari les accusait d'avoir partagé illégalement le jeu Race07. L'éditeur du logiciel a fait appel au cabinet d'avocats Davenport Lyons afin de poursuivre le couple en justice. C'est la firme de lutte anti-piratage Logistep, spécialisée dans l'analyse des adresses IP, qui fut chargée de vérifier la culpabilité du couple. Après vérification, M. et Mme Murdoch ont reçu une lettre leur demandant de payer la somme de 500 livres sterling sous peine de devoir régler l'affaire devant un juge.L'affaire aurait pu en rester là si le couple n'avait pas déclaré : "nous n'avons pas et n'avons jamais eu de jeu vidéo ni de logiciel de partage. Nous ne savions même pas ce que signifiait 'peer-to-peer' avant de recevoir cette lettre". M. Coyle, conseiller juridique auprès de la firme Lawdit, affirme à la BBC qu'il a été sollicité sur 70 cas pour lesquels des gens avaient été accusés à tort. M. Coyle explique alors : "parmi ces derniers, il y a des retraités qui ne savent même pas ce qu'est un jeu, nul besoin de s'arrêter sur le logiciel de partage...". Si ce n'est pas le cas pour ce couple écossais, dans certaines affaires, ces erreurs s'expliquent par un réseau WiFi piraté et les plaignants affirment que les internautes sont légalement obligés de sécuriser leur connexion. Face à cet argument, Coyle répond : "bien qu'il s'agisse d'une question de bon sens, il n'y a aucun article dans la Copyright Act qui vous oblige à sécuriser votre réseau ".

En France, dans le cadre du projet loi et Création et Internet, la question se pose de savoir comment utiliser les adresses IP afin de déterminer la culpabilité ou l'innocence d'un internaute accusé d'actes de piraterie. Dans cette optique, la Commission des affaires économiques, présidée par le sénateur Bruno Retailleau, avait proposé une série d'amendements visant à renforcer la mise en oeuvre du projet de riposte graduée. Dans ce rapport M. Rétailleau explique que l'analyse des adresses IP doit être effectuée de manière très consciencieuse :

"En effet, afin d'éviter la sanction d'internautes innocents, l'HADOPI ne doit pas se contenter de présomptions de piratage : certains des outils utilisés par les sociétés mandatées par les ayant-droits pour effectuer des relevés se limitent à interroger les serveurs qui fournissent la liste des dernières adresses IP ayant partagé tel fichier piraté. Or des pirates peuvent glisser dans ces listes des adresses IP prises au hasard et détourner ainsi la sanction vers des internautes innocents; afin d'éviter ces "faux positifs", l'HADOPI doit vérifier systématiquement les faits en interrogeant chacune des adresses IP pour initier un téléchargement et constater ainsi que le suspect partage effectivement l'oeuvre pour laquelle son adresse a été prélevée. "

Selon M. Coyle, "les adresses IP ne révèlent rien. Le voile est réellement levé sur l'acte de piraterie après analyse du disque dur ". En France, pour renforcer le degré de certitude, la Commission des Affaires culturelles explique dans un rapport qu'une des solutions viserait à établir un système similaire à celui des logiciels de sécurité, c'est-à-dire en créant un dialogue à distance automatique et régulier entre le logiciel et le serveur de l'éditeur.
Près de six mois après la sortie de l'offre "Pass Music Live" permettant pour 12 euros par mois et sans engagement de télécharger de façon permanente et illimitée des musiques depuis un mobile ou un PC parmi un catalogue de 500 000 titres, SFR lance aujourd'hui une nouvelle offre nommée "Non Stop Musique illimitée".

Celle-ci possède la particularité d'être totalement dépourvue de mesures techniques de protection (DRM), permettant de les utiliser sur une grande partie des mobiles du marché et également sur des baladeurs numériques traditionnels. Détail intéressant, ce seront des fichiers numériques interopérables qui seront proposés pour une meilleure compatibilité avec les mobiles du marché. Car contrairement à l'offre "Pass Music Live", cette nouvelle offre n'est accessible que sur les mobiles et non sur les PC.

Trois genres musicaux seront premièrement disponibles en illimité : Pop Rock, Rap & R'N'B et Clubbing Electro, le tout via un catalogue de "plusieurs milliers de titres", se contente de rappeler SFR dans un communiqué de presse. Proposée en série limitée, cette offre est disponible au prix de 17,90 euros par mois pendant les deux premiers mois d'abonnement. Son prix passera ensuite à 22,90 euros.

Au premier trimestre 2008, SFR possédait 50,8% de parts de marché sur les ventes de singles et d'albums en volume et 46,5% en valeur. Avec plus de 100 000 clients inscrits à l'une de ses offres "SFR Music", le groupe se hissait même selon GFK (avril 2008) à la seconde place du marché français de la musique numérique, qu'il s'agisse d'achats de titres effectués sur le web ou sur les mobiles.
Actuellement en cours de discussion au Sénat, le projet de loi "création et Internet" prévoit que les contrefacteurs professionnels ou assimilés restent passibles d'une condamnation au pénal, susceptible de leur valoir un maximum théorique de 300.000 euros d'amende et trois ans de prison. Il en va de même aux Etats-Unis, où un homme, Michael Logan, vient d'être condamné à 21 mois de prison pour avoir enregistré au moyen d'une caméra deux films, 28 semaines plus tard et Il était une fois, lors de leur diffusion dans un cinéma de Washington, dans le but de commercialiser les copies effectuées.

"Plus de 90% des films qui finissent sur Internet ou dans les marchés de rue qu'on trouve partout dans le monde viennent d'une simple copie illégalement filmée dans un cinéma", a tenu à rappeler à cette occasion John Malcolm, en charge de la lutte contre le piratage au sein de la MPAA (Motion Picture Association of America). Selon la MPAA, Michael Logan aurait pu réaliser une centaine d'enregistrements illégaux de films en salle entre janvier 2006 et janvier 2008.
Réuni aujourd'hui autour de la question du projet de loi « Création et Internet », le Sénat a finalement pris la décision de ne pas suivre l'avis de la commission des affaires économiques, qui suggérait que la suspension de l'abonnement à Internet prévue dans le cadre du dispositif de riposte graduée soit remplacé par une amende. Déposé par le sénateur Bruno Retailleau, l'amendement correspondant a en effet été rejeté jeudi après-midi par 297 voix contre 15.

"Cet amendement, qui n'a rien de révolutionnaire, propose une riposte graduée, tout en substituant une amende à la coupure de l'abonnement. Avec l'amende, nous créons la sanction et nous la modulons : quand un auteur fait l'effort de mettre son oeuvre sur une plate-forme de téléchargement légal, l'amende doit être plus forte que lorsqu'il n'a pas fait cet effort. On a ainsi un équilibre entre encouragement à l'offre légale et incitation contre les offres illégales. Le produit de cette amende serait réaffecté à la filière puisque celle-ci subit un préjudice économique", a résumé Bruno Retailleau en séance.

Dans l'esprit de la commission des affaires économiques, la mise en place d'une amende offrait également l'avantage de ne pas pénaliser les Français qui ont un abonnement couplant Internet, téléphone et télévision, dans la mesure où il pourrait se révéler délicat de couper l'un sans altérer le bon fonctionnement des deux autres ; mais aussi de rendre inutile la création d'un fichier listant tous les contrevenants, dont l'idée déplait à la Cnil. Enfin, l'amende serait bénéfique au développement de l'offre légale puisqu'elle inciterait l'internaute à se tourner vers les offres légales, ce qu'il ne risque pas de faire s'il n'a plus d'accès au Net.

"En instaurant des peines pécuniaires, on changerait de logique : le répressif l'emporterait sur le pédagogique", a pour sa part argué Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication. "Nous avons eu de très longues discussions avec tous les fournisseurs d'accès qui nous ont dit que la coupure de la seule liaison internet était possible, même si elle avait un coût. Dans les cas résiduels, la loi prévoit d'autres possibilités, notamment l'installation de logiciels empêchant le piratage", a-t-elle ajouté.

Amende ou suspension, l'une de ces sanctions est-elle de nature inégalitaire ? L'amende le serait pour Christine Albanel, dans la mesure où tous n'ont pas les mêmes revenus, mais la suspension ne le serait pas moins pour Bruno Retailleau : "vous pourrez y échapper si vous êtes technophile (...), si vous avez plusieurs ordinateurs à votre domicile, ou encore si vous avez accès à internet sur votre lieu de travail". "Je salue la qualité de ce débat, qui montre que le Parlement joue pleinement son rôle. Nous avons certes un désaccord mais ce n'est pas la lutte ouverte que nous avons connue lors de la loi DADVSI entre ayants droits et fournisseurs d'accès, voire entre musique et cinéma !", a fait remarquer Christine Albanel. "Il reste que les familles s'inquiètent d'une punition collective infligée pour les actes d'un seul de ses membres...", a discrètement souligné une sénatrice avant que le président de séance fasse procéder au vote.
La bataille fait rage entre Neversoft et Harmonix, respectivement développeurs des jeux vidéo Guitar Hero et Rock Band, mais ce dernier aurait remporté une importante victoire. Les deux studios se font la guerre depuis de nombreux mois en obtenant l'exclusivité de certains des plus grands musiciens de tous les temps. Le premier est ainsi privilégié par Metallica tandis qu'AC/DC est l'apanage du second.

Une édition spéciale The Beatles de Rock Band pourrait ainsi prochainement voir le jour. MTV et Apple Corp, respectivement éditeur du jeu et détenteur des droits du groupe anglais, ont effectivement indiqué avoir signé un accord exclusif dans l'optique de développer un projet musical global. MTV et Harmonix pourraient aussi décider de distribuer les morceaux des Beatles sous forme de téléchargement sur la plate-forme déjà en place. L'éditeur Activision propose quant à lui une édition spéciale Aerosmith de Guitar Hero.

Bien qu'il ne soit pas encore détaillé, ce succès est symbolique, pas seulement dans l'industrie du jeu vidéo, mais aussi et surtout sur le marché de la musique dématérialisée : c'est une première, la musique des Beatles pourrait bientôt être distribuée en ligne.

Notons qu'Apple Corp. n'est pas la société californienne qui fabrique baladeurs à succès, ordinateurs, et qui détient surtout l'une des plus importantes boutiques de musique en ligne. Les deux sociétés ont néanmoins déjà été en relation, l'iTunes Store ayant déjà vainement tenté d'obtenir le catalogue des Beatles en exclusivité, en marge de quelques procès.

Quoi qu'il en soit, cette annonce de la part de MTV augure l'arrivée prochaine des disques des Beatles sur les plate-forme de téléchargement légal. La remasterisation du répertoire du groupe a commencé il y a quelques années et Paul McCartney prévoyait la mise à disposition de ce dernier sur la Toile au cours de l'année 2008.
En dépit du climat délétère qui règne sur les places financières, France Télécom réalise pour le troisième trimestre de l'année un chiffre d'affaires conforme à ses attentes, s'établissant à 13,55 milliards d'euros, soit une progression de 2,3% à base comparable sur un an. L'opérateur se félicite de ce chiffre qui selon lui « reflète une solide performance dans un contexte économique général difficile » et remarque qu'en dehors de l'Espagne et de quelques pays émergents, il n'a constaté aucun impact direct sur ses activités.

Dans le domaine des services résidentiels, France Télécom revendique pour la France 8,08 millions de clients grand public au 30 septembre dernier, soit une progression de 1,167 million de nouveaux abonnés en un an un total qui représente environ 49,5% du marché hexagonal de l'ADSL. L'opérateur indique disposer, toujours pour la France, d'un parc de 6,226 millions de Livebox installées et compter 5,361 millions de clients à ses services de voix sur IP ainsi que 1,603 million de clients à la TV numérique (ADSL et satellite).

Dans le domaine du mobile, Orange affirme compter 24,524 millions d'abonnés mobiles en France au 30 septembre 2008, dont 1,686 million d'abonnés à des MVNO (opérateurs virtuels qui utilisent le réseau Orange). Ce sont également 16,557 millions d'abonnés à des offres au forfait qui ont été référencés.

Les services de données hors SMS représentent désormais plus de la moitié (53%) du total du chiffre d'affaires des services de données, et enregistrent une croissance de 26,5% sur les neuf premiers mois de 2008. "Ces évolutions reflètent la forte progression du nombre de clients aux services Haut Débit mobile qui s'élève à 9,9 millions au 30 septembre 2008 contre 6,3 millions au 30 septembre 2007 (+58% en un an)", commente France Télécom. Le groupe précise enfin que le chiffre d'affaires des ventes d'équipement est en progression de 24,5% sur les neuf premiers mois de 2008, tiré par les terminaux multimédia, en particulier de l'iPhone 3G dont le nombre de ventes au troisième trimestre 2008 s'élève à 216 000 unités.
Mauvaise nouvelle pour Wikipedia. Près d'un an après le lancement de Knol aux Etats-Unis, Google vient d'annoncer la localisation de ce nouveau service sur le marché français.

"Nous avons lancé Knol parce ce que nous avons perçu une attente sur le web. Internet est une source gigantesque d'informations, mais une grande partie de la connaissance des internautes n'est pas en ligne." indique Cédric Dupont, chef de produit Knol sur le marché français. 

Accessible à l'adresse knol.google.com, le site permet de consulter des « knol » (Unit of Knowledge) mais se distingue de Wikipedia en mettant réellement en avant leurs auteurs. "Knol permet aux internautes de partager leurs connaissances avec une communauté » insiste Cédric Dupont.

Un positionnement à mi chemin entre l'encyclopédie en ligne et le journal citoyen qui devrait en tout cas permettre à Google de peser sur un segment dominé par Wikipedia mais où évoluent également Lycos avec IQ ou Yahoo avec son service de questions/réponses.
Le jour où Bill Gates distribuera sa fortune par le biais d'une loterie, il faudra sans doute participer à cette dernière pour avoir une chance de gagner, et ne pas simplement se fier aux "lottery scams" qui encombrent nos boites aux lettres électroniques. Afin de lutter contre ce phénomène endémique, Microsoft et Yahoo annoncent aujourd'hui la formation d'une alliance à laquelle participent également Western Union et l'African Development Bank. Au sein de cette nouvelle organisation - pour laquelle aucun nom n'a été trouvé - les quatre partenaires entendent rassembler le plus grand nombre de témoignages de victimes possible, de façon à assister les autorités dans leur lutte contre les escroqueries à la loterie sur Internet.

Le principe est simple, tellement simple qu'il marche. Qu'il s'agisse de la fortune de Bill Gates, d'un fonds de pension américain ou de la loterie nationale d'un état quelconque, l'internaute reçoit un email l'informant qu'il a gagné une grosse somme d'argent, et l'invite à prendre contact avec l'expéditeur pour voir comment récupérer son gain. Quelques échanges de mails plus tard, il lui sera demandé de débloquer une certaine somme d'argent ou de communiquer ses informations bancaires. Les raisons invoquées varient, mais il s'agit en général de régler les frais de dossier liés au transfert de la somme.

Si les geeks évoquent "l'interface chaise clavier" comme la principale faille de sécurité des ordinateurs actuels, les professionnels de la sécurité préfèrent parler d'ingénierie sociale. "Plus vous solidifiez un système informatique, et plus les attaques se rapprochent des utilisateurs", résume Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité chez Microsoft France. Et si les gens qui lisent la presse spécialisée sont sensibilisés depuis des années à ce type de menace, il n'en irait pas de même auprès du grand public. "On voit des gens venir frapper à la porte de Microsoft, et réclamer le prix qu'ils croient avoir gagné à la loterie de la fortune de Bill Gates", raconte ainsi B. Ourghanlian.

Une étude Ipsos, commanditée par Microsoft, soutient ce raisonnement. Conduite dans sept pays européens, dont la France, celle-ci souligne que les internautes sont sensibles à ces tentatives d'escroquerie qui sapent, au moins partiellement, leur confiance dans le commerce électronique et Internet. 43% des 686 internautes français interrogés dans le cadre de cette étude ne se sentiraient ainsi pas vraiment en sécurité face aux escroqueries susceptibles de leur coûter de l'argent. Un quart d'entre eux estime que ces messages ne sont pas forcément des arnaques en puissance, et 18% les ouvrent. Enfin, un sondé sur cinquante au niveau européen a répondu à ces messages, s'exposant à une escroquerie dont le montant va généralement d'une centaine d'euros à plus de sept mille...

Pour Marc Mossé, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft, l'objectif de cette nouvelle alliance est d' "essayer de comprendre le fonctionnement des réseaux qui organisent ces campagnes de spam, pour arriver à tarir la source de ces escroqueries". Pour ce faire, chacun de ses membres ouvrira une adresse email destinée aux recueils des témoignages de victimes, et communiquera à son sujet, de façon à la faire connaitre du plus grand nombre.

Microsoft, positionné par les sondés au troisième rang des responsables de l'expansion de ce phénomène derrière les éditeurs en sécurité et les fournisseurs d'accès à Internet, admet que cette opération est bénéfique en termes d'image, mais insiste sur la nécessité d'apporter une réponse qui soit à la hauteur du préjudice subi par les victimes. Les informations recensées par l'Alliance devraient permettre à ses membres de constituer des dossiers étayés, qui pourront ensuite être transmis aux forces d'investigation et autorités publiques des différents pays où sévit le phénomène.

Bienvenue, l'initiative ne parait pas à première vue foncièrement différente de ce que proposent déjà la France et la Cnil avec Signal Spam, qui a déjà permis de recueillir plus de 12 millions de messages frauduleux. Il existe pourtant une nuance de taille : Yahoo, Microsoft et les autres invitent ici les vraies victimes à leur faire part de leur expérience. Autrement dit, il ne s'agit pas de référencer tous les spams qui circulent, mais plutôt les cas concrets, ceux qui ont donné lieu au dépôt d'une plainte.

Il reste en effet un problème de taille : bien que l'on attribue une part de responsabilité aux géants de l'Internet, ces derniers ne peuvent se substituer à l'internaute pour déclencher des poursuites, puisqu'il faut que la plainte émane de la victime. Pour contourner ce qu'il présente comme une carence de la loi, Microsoft explique avoir déjà argué d'un problème de contrefaçon pour pouvoir trainer un spammeur en justice. Yahoo a de son côté initié en mai dernier des poursuites contre un réseau de ce type, mais là encore pour contrefaçon de marque.

En France, la question pourrait être abordée dans le cadre de la réforme de la Loi dans la confiance pour l'économie numérique (LCEN), à laquelle le député Jean Dionis du Séjour suggérait en janvier dernier que l'on apporte un amendement permettant "aux opérateurs de réseaux d'agir en justice contre les auteurs de spams qui utilisent leurs réseaux". Cette alliance permettra-t-elle de faire avancer les choses ? Difficile, dans le contexte actuel, d'autant que manquent encore au rang des inscrits des firmes ô combien concernées par la question telles que les FAI, les banques, ou les prestataires de service de paiement tels que PayPal...
Alors que le Sénat entamera aujourd'hui l'examen du projet de loi « Création et Internet", la maison de disques Universal prend les devants, et évoque, via le Figaro, son intention d'abandonner les mesures techniques de protection qui pourraient se révéler bloquantes pour l'utilisateur final. Dans le cadre des accords de l'Elysée, signés en novembre 2007, les producteurs et maisons de disque avaient pris l'engagement d'abandonner ces verrous anti-copie au plus tard un an après le passage de la loi. Tous, ou presque, ont déjà entamé la levée partielle des DRM, comme Universal qui en septembre dernier annonçait la distribution de son catalogue au format MP3 sur la plateforme anglaise 7digital.

Jusqu'ici limité à certains accords commerciaux, le sans DRM pourrait donc devenir la règle dans un avenir proche chez Universal. "Nous allons mener plusieurs expérimentations d'ici à la fin de l'année pour tester l'impact d'une telle mesure et voir si l'absence de verrous fait grimper le nombre de téléchargements", a déclaré Pascal Nègre au Figaro.

"Si le consommateur, sensibilisé par la loi, arrête de pirater, nous n'aurons plus besoin de protéger nos oeuvres. Le choix ne se fera plus entre le payant et le gratuit mais entre le payant et le risqué", explique le PDG d'Universal France. "Après ces tests et si la loi est votée, il y aura une généralisation à l'ensemble du catalogue et des plates-formes", confie-t-il encore, sans aller jusqu'à expliquer quelle serait la stratégie du numéro un des majors en cas d'échec.

La chose n'est pas précisée, mais il parait plausible que "l'abandon des DRM" soit à entendre comme la suppression des verrous numériques sur les fichiers audio achetés à l'unité sur les plateformes de vente en ligne. Le principe de DRM (Digital Right Management), qui correspond donc à la "gestion de droits numériques" et non forcément à de simples verrous, devrait quant à lui perdurer pour les services de type abonnement, au sein desquels il est prévu que l'internaute perde accès à la musique téléchargée lorsqu'il cesse de payer.
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