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Le scénario n'est pour l'instant qu'une fiction, mais reste suffisamment réaliste pour que la très sérieuse banque d'affaires JPMorgan s'y intéresse. Le colosse français Vivendi pourrait racheter au britannique Vodafone ses parts dans l'opérateur SFR. L'une des conséquences de cette transaction serait la possibilité pour le groupe Canal+ de disposer de l'infrastructure pour fournir une offre Triple Play venant concurrencer les FAI en place.

Selon la date à laquelle pourrait s'effectuer la transaction (l'analyse évoque fin 2010, début 2011), c'est un total allant de 6,2 à 8 milliards d'euros que Vivendi devra verser à Vodafone, une somme à mettre en parallèle à l'éventuelle vente par l'entreprise française de ses parts dans NBC U (près de 4,7 milliards d'euros).

Possesseur à 100% de SFR, Vivendi pourrait alors mettre en place une synergie entre le FAI et le groupe audiovisuel Canal+, rapprochement qui lui était jusqu'alors interdit par les accords avec Vodafone. Reste à savoir comment pourraient réagir Orange, Free et consorts, sans compter l'ARCEP, si un tel scénario devenait réalité : compte tenu de la puissance du groupe Canal+ en matière d'audiovisuel français, il est fort à parier que les avantages dont il bénéficierait en se lançant sur le marché des FAI ne devraient pas plaire à tout le monde...
En marge de la WWDC Apple a publié une nouvelle version de son navigateur Internet Safari. Cette dernière mouture serait 30% plus rapide que la précédente, 3% plus rapide que Chrome 5.0 et deux fois plus rapide que Firefox 3.6. Rappelons qu'Apple utilise le test SunSpider pour mesurer les performances du moteur de rendu WebKit.

L'une des nouveautés est la fonctionnalité Lecteur. En effet, l'application est en mesure de reconnaitre le type de sites Internet visités. Si vous vous trouvez sur un magazine de type Clubic, un petit bouton intitulé Lecteur apparaîtra à droite de la barre d'adresse. Il suffit de cliquer sur ce dernier pour extraire le contenu de l'article et masquer automatiquement les publicités contextuelles et autres liens connexes. La police, l'interligne et la mise en page sont alors optimisés pour améliorer la lecture à l'écran.

Selon Philips Schiller, vice-président chargé du département Marketing d'Apple, le navigateur serait installé sur 200 millions d'appareils autour du monde avec au total 500 millions d'installations du moteur open source WebKit. Outre une optimisation du moteur JavaScript Nitro, Safari améliore la gestion du cache afin de retourner encore plus rapidement les sites précédemment visités. Apple y a également implémenté de nouvelles spécificités du HTML5, notamment les API de géo-localisation, mais aussi le glisser-déposer natif, EventSource, WebSocket, Ruby et AJAX History.

Autre point intéressant : Safari devrait bientôt s'enrichir d'extensions. En effet, Apple a mis en place un programme invitant les développeurs à concocter de nouvelles fonctionnalités. Ces derniers pourront : "créer des boutons pour la barre d'outils ou leur propre barre. Changer l'affichage du contenu web. Ajouter des contrôles aux pages web". Ces extensions seront strictement basées sur les technologies web HTML5, CSS3 et JavaScript. En ce sens les efforts d'Apple s'apparentent à ceux de Mozilla avec Jetpack et Google Chrome. Pour garantir un maximum de sécurité, chacune de ces extensions recevra un certificat et bénéficiera d'un processus dédié. Les développeurs intéressés peuvent se rendre ici.
le 08/06/2010 à 21:59
L'Arjel ouvre les paris en ligne
L'autorité de régulation des jeux en ligne vient de dévoiler la liste des sociétés qui sont autorisées à organiser des paris en ligne sur le territoire français. Onze opérateurs sont ainsi agréés pour exploiter 17 licences de paris sportifs mais aussi hippiques ou de poker. Si d'autres opérateurs sont prévus, ceux présents dans cette liste vont pouvoir profiter de l'aubaine qu'offre la Coupe du monde de Football.

Les gagnants sont d'ores et déjà La Française des jeux, le PMU (ancien monopole qui a trois mois pour opérer sa mutation), Illiad Gaming, Sajoo, Betclic, Beturf, BES SAS, Everest Gaming, France Pari, SPS Betting France et Table 14. Le président de l'Arjel, Jean-François Vilotte explique que « ceux qui ont obtenu aujourd'hui l'autorisation sont les dossiers qui étaient déjà complets et ne nécessitaient que notre validation. »

A propos de la sécurité des sites de paris, le président à laissé planer quelques critiques sur certaines plateformes déjà en place : « Certains sites ont dû accroitre leur niveau de sécurité car nous avons remarqué des vulnérabilités clairement visibles qui permettaient la captation de numéros de cartes bancaires par des tiers. »

C'est donc l'Arjel qui sera chargée de vérifier la conformité des activités de pari à la législation mais également de vérifier l'identité des parieurs et de lutter contre l'addiction aux jeux. Sur chaque site affilié sera désormais apposé un pictogramme « Arjel »afin d'éviter les fraudes.
L'Arjel a dévoilé quels seront les sites accrédités pour opérer sur le territoire français en matière de paris. Trois volets sont concernés par la mesure : le sport, les courses hippiques et les jeux de Cercle (Poker). Outre la véritable manne financière que va engendrer cette ouverture, l'annonce est assortie d'obligations pour les professionnels de sécuriser leurs plateformes.

L'Autorité de régulation des jeux en ligne a déjà mis en garde. A propos de la sécurité des sites de paris, Jean-François Vilotte, son président à critiqué les manques de certaines plateformes déjà en place : « Certains sites ont dû accroitre leur niveau de sécurité car nous avons remarqué des vulnérabilités clairement visibles qui permettaient la captation de numéros de cartes bancaires par des tiers ». L'autorité a donc fait le choix d'identifier clairement les internautes.

Ainsi des modalités précises d'ouverture des comptes de joueurs sont prévues. Trois angles ont été retenus afin de mettre en place des mesures visant à lutter contre la fraude criminelle, les addictions mais également garantir un niveau suffisant de sécurité des sites. En ce sens, l'identification est une des préoccupations fortes de l'Arjel.

C'est pourquoi la procédure d'enregistrement prévoit tout d'abord la création d'un compte provisoire (effectif mais limité) avec la méthode traditionnelle du questionnaire. Ensuite, le joueur devra communiquer des informations civiles officielles et fournir également des documents attestant de son identité. Le compte pourra alors être validé.

C'est cette méthode qu'emploie Keynectis depuis deux années déjà. Thibault de Valroger, directeur marketing de la société utilise ce processus pour l'une des sociétés retenues par l'Arjel, France Pari. Le responsable explique que « grâce à l'expérience de la sécurisation de banques en ligne, nous pouvons certifier de l'identité d'une personne. Il est donc demandé une copie d'un document officiel comme le passeport ou la carte d'identité mais aussi les coordonnées bancaires ou encore l'adresse physique. Nous vérifions ensuite ces informations en envoyant une lettre à l'adresse du joueur. Un code de confirmation doit alors être tapé afin de garantir l'identité de l'internaute. »

La solution proposée par Keynectis est donc déjà en place pour le volet paris sportifs. En ce qui concerne le poker, les joueurs devront encore attendre la fin du mois de juin. Le gouvernement de Malte a lancé un recours devant l'Union européenne qui va repousser au 28 juin la publication des décrets relatifs aux jeux de cercle.

Keynectis, tout comme l'Arjel promettent donc des échanges et paris totalement sécurisés. En cas de sanctions, c'est le TGI de Paris qui sera compétent en la matière (même en référé). Le juge pourra alors prononcer des amendes allant jusqu'à 5% du chiffre d'affaires du site. Un mauvais pari.
Google vient d'annoncer sur l'un de ses blogs l'intégration de Google Maps dans Gmail et dans Buzz. Un ajout qui permet aux adeptes des deux services de rattacher la localisation d'un lieu directement dans le corps du mail ou du message qu'ils désirent envoyer.

Pour en bénéficier, il suffit d'activer le module « Aperçus Google Maps dans les messages » dans les paramètres « Labos » de Gmail. A partir de cet instant, les liens Maps seront détectés par la messagerie et par Buzz, qui les liera au mail à l'image d'un fichier joint.

A terme, la simple indication d'une adresse postale dans un mail sera également détectée par Gmail et entraînera la localisation de ladite adresse : cette fonction n'est pour le moment appliquée qu'aux Etats-Unis, mais la firme a indiqué travailler à l'internationalisation de cette option.
Le Web avait déjà pris connaissance du logiciel Seedfuck, cette fois, l'extension IPFuck arrive dans la navigation. Ce plug-in Firefox permet de générer de fausses adresses IP censées détourner l'attention des futurs trackers de l'Hadopi. En principe.

Pour rappel, Seedfuck organise du torrent poisoning en pouvant générer de fausses adresses IP mais aussi des fichiers leurres… le bon outil de l'internaute opposé à Hadopi. D'autant qu'il est même possible de choisir les plages d'adresses IP que vous souhaitez envoyer au tracker. IPFuck permet d'envoyer en plus de sa vraie adresse IP, trois adresses générées aléatoirement ou parmi une liste d'adresses déjà sélectionnées.

Concrètement, un site visité va donc enregistrer 4 connexions différentes dont trois fausses. Soit de nouvelles possibilités de faux-positifs pour Hadopi et la société Trident Media Guard chargée de traquer les internautes. Si à terme, ce type de méthode se démocratise, c'est l'ensemble du dispositif de repérage d'Hadopi qui pourrait être mis au sol. Pour autant, une autre loi, la LOPPSI prévoit de sanctionner ce type de comportement.

La loi d'orientation et de programmation sur la performance de la sécurité intérieure a créé le délit d'usurpation d'identité en ligne. Une notion d'usurpation qui a été intentionnellement rendue floue lors du vote de la loi à l'Assemblée pour englober toutes les méthodes de détournement d'adresses IP. On connaîtra le vainqueur des premières passes d'arme entre IPFuck et Hadopi le 21 juin.
Des voix continuent de s'élever contre les positions prises dans le cadre de l'Anti-counterfeiting Trade Agreement, l'ACTA. Ce traité international portant sur le droit d'auteur est négocié, à coups de table rondes, entre des Etats comme la Corée du Sud, Singapour, les Etats-Unis, l'Union européenne, la Suisse ou encore le Japon. Pour autant certains Etats comme la Chine et l'Inde viennent de s'y opposer.

Il faut dire que ces deux puissances ne sont pas invitées aux négociations et qu'elles voient d'un mauvais oeil un traité qui serait censé jeter les bases d'un droit de propriété culturel mondial. De même, l'OMC se réunit en ce moment et doit évoquer les « aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce ». Chacun prend donc ses positions.

Les Etats ne sont d'ailleurs pas les seuls à contester ce traité puisque le journal en ligne The Hill relate que trois lobbys des nouvelles technologies s'opposent à cette vision du droit d'auteur. La Consumer Electronics Association, spécialisée dans l'industrie électronique américaine mais également TechAmerica et la Computer and Communications Industry Association qui comprend Google, Yahoo, Microsoft, Oracle, eBay,AMD, Facebook ont dévoilé leurs vues.

Une fois encore la notion de Fair use (largement invoquée pour YouTube) est au centre de l'argumentaire des anti-ACTA. Cet usage loyal ou équitable est souvent avancé par le site de partage de vidéos comme motif pour ne pas retirer des vidéos. Cette qualification juridique aux Etats-Unis apporte ainsi des limitations et des exceptions aux droits d'auteur. De même, la justice américaine a déjà considéré que le caractère commercial n'était pas un obstacle absolu à l'usage loyal.

Reste à savoir si les dépositaires de l'ACTA sauront faire fléchir leurs positions. Dans le cas contraire, la liste des opposants pourrait, encore une fois s'agrandir un peu plus.
Vous souhaitez en apprendre plus sur la période bleue de Picasso, découvrir toutes les techniques avancées de Photoshop, ou devenir un pro du poker en quelques clics ? Udemy propose depuis un mois une plateforme en beta de publication de contenus d'apprentissage. Se réclamant des outils de blogging pour la facilité d'utilisation, le site permet de monter en quelques minutes un cours complet avec textes, vidéos, sons, etc.

« Imaginez que vous souhaitiez apprendre à utiliser Photoshop. Faîtes une requête dans Google, et vous trouverez plein de pages qui vous proposent des tutoriels sur des techniques particulières. Mais dans votre cas précis, rien, » explique Gagan Biyani, co-fondateur d'Udemy. Le site propose à n'importe quel expert d'un domaine de devenir professeur.

Gagan Biyani, pur produit de la Silicon Valley de 23 ans rencontré par Clubic dans un café de San Francisco, a l'ambition de remplacer tous ces tutoriels, « classes annexes impossibles à naviguer. » Le site, qui est encore en beta et ne propose pas certains outils tels que la collaboration avancée pour l'instant, a reçu 30 000 visiteurs uniques pour son premier mois, et 1 000 personnes y viennent quotidiennement depuis début juin. « Cela montre que les gens reviennent, c'est une bonne chose. »Avec le risque de starifier les 1 000 à 2 000 professeurs attendus à terme, en créant une élite impossible à pénétrer pour la majorité des utilisateurs ? « Ce n'est pas forcément quelque chose de mauvais de notre point de vue, que certaines personnes soient vraiment mises en avant. Ca nous permet d'être connus, et ça amène des utilisateurs qui ne seraient pas venus sinon. En plus, ça garantit une certaine qualité de l'information produite. » Car pour l'entrepreneur, s'il n'y a pas de modération des cours en fonction de leur qualité pour l'instant, Udemy ne subira pas les travers de certaines sections de Wikipedia. « Et même s'il y a des erreurs, ce n'est pas si grave. Après tout, vous allez à l'université, certains profs font des erreurs. Le problème, c'est d'apprendre les choses de plusieurs personnes, pour avoir différentes versions. »

A ce niveau, Udemy se veut à contre-courant de ce qui se fait sur Wikipedia par exemple. Son aspect - encore peu développé - de réseau social permet de connaître les autres abonnés et de s'envoyer des messages. Avec, pourquoi pas un jour, la possibilité de travailler à plusieurs sur certains sujets et de rencontrer les gens par affinité.
Pascal Mercier dirige la division Corporate Finance de Global Equities, un intermédiaire qui propose aux entreprises de les aider à optimiser leurs levées de fonds, depuis leurs débuts jusqu'à leur introduction en Bourse. Pascal Mercier clôt avec nous notre série d'entretiens dédiés à l'investissement en 2010, en nous livrant sa vision des évolutions récentes et à venir.

Pascal Mercier, bonjour. Quel est le travail de Global Equities ?

Notre rôle est d'être un intermédiaire. Nous travaillons donc pour des entrepreneurs, qui nous mandatent pour trouver des capitaux venus de business angels, de private equity ou pour réaliser une introduction en Bourse. Nous sommes l'un des rares intermédiaires avec une offre à 360 degrés, capables d'accompagner une entreprise de ses débuts à l'introduction en Bourse. D'un point de vue pratique, le métier d'un intermédiaire est de créer une documentation optimisée, de contacter les fonds qui seraient le plus susceptibles d'investir, et de gérer un processus de plusieurs mois.

Le défi, c'est de garantir le succès d'une levée de fonds. On peut le faire tout seul, si on est entrepreneur, mais le risque de rater sa levée est plus grand. Prenons l'exemple des chasseurs de tête : tous les grands groupes ont décidé de faire appel à des entreprises externes pour recruter leurs collaborateurs, malgré que rien n'empêche de passer une annonce sur Cadresonline. Nous, nous sommes des chasseurs de fonds. Une levée de fonds, ça consiste en des dizaines de rendez-vous, et autant d'objections à traiter à chaque fois. Une levée de fonds réussie va fonctionner au bout du cinquième rendez-vous avec un investisseur en général, et chaque premier rendez-vous est une étape pour obtenir le suivant. Il faut optimiser tout ce processus, et de ce point de vue, nous avons une expérience forte avec une centaine de deals réussis.

Est-ce que la levée de fonds reste compliquée, ou voit-on la fin de la crise ?

La levée de fonds reste de toute façon compliquée. D'abord parce qu'il n'y a pas encore de retour de l'investissement. La crise dure depuis 2008, et j'ai l'impression d'en être au même point qu'en 2003 : tout le monde se pose des questions, et on sent que la machine va repartir parce qu'on voit plein de sociétés superbes qui montent. La confiance reviendra dans quelques mois, je suis optimiste sur ce point.

Cela dit, ce sont surtout les temps d'instruction qui pâtissent de la crise. La confiance n'est plus au rendez-vous, et donc les investisseurs on moins d'appétit. C'est aussi l'intérêt de passer par un intermédiaire comme Global Equities : nous permettons à nos clients d'aller plus vite pour réaliser leurs levées de fonds. Il faut bien penser à toutes les étapes nécessaires : la mise sur pied du dossier, l'entraînement au pitch, la mise en valeur du business model, de l'équipe, etc. Nous, nous ne sélectionnons que les dossiers auxquels nous croyons, ce qui nous permet, grâce à une bonne expérience, d'avoir plus de réussite dans les levées de fonds. Mais de toute façon, la sélection accrue en période de crise n'est pas uniquement négative. Quand il y a trop d'argent, ce n'est pas simple, car on pourrait être tenté de prendre des dossiers C alors qu'il faudrait se concentrer sur les dossiers A et éventuellement B. Si les marchés se régulent bien, l'argent arrive en fonction de la qualité des dossiers.

On voit une certaine ébullition en ce moment en France, entre les projets de pôle à Saclay, les fonds d'entrepreneurs qui multiplient les annonces...

C'est un vrai sujet, ces fonds d'entrepreneur. Historiquement, à la fin des années 90, il y avait moins d'une dizaine de fonds qui géraient quelques dizaines de millions de francs. Ces vétérans sont Sofinova, Partech, etc. Suite à l'engouement autour de l'essor des nouvelles technologies et d'Internet en particulier, beaucoup de fonds se sont créés entre 2000 et 2003. Aujourd'hui, d'anciens entrepreneurs arrivent sur le marché, mais ça reste une industrie très jeune. En effet, on dit qu'un investisseur est devenu un professionnel lorsqu'il a réalisé deux ou trois sorties. Aujourd'hui, beaucoup de gens n'ont fait qu'une sortie. Mais l'industrie de l'investissement dans la technologie progresse chaque jour, et tous ces nouveaux fonds ne peuvent être qu'une bonne chose pour l'écosystème.

Après, sur les performances de ces fonds… L'usage le dira. Je pense que l'étape suivante sera la mise en place de fonds montés par des entrepreneurs qui en feront leur principal métier. La situation actuelle semble montrer qu'on est dans la bonne voie. C'est très positif, car c'est une preuve de maturité du marché. Quant à savoir ce qui sera le plus performant entre fonds d'entrepreneurs et fonds traditionnels… Si on prend l'exemple américain, on se rend compte que parmi les meilleurs fonds, c'est assez équilibré entre les deux. Et que le plus performant, c'est quand les fonds d'entrepreneurs et les fonds professionnels de capital-risque travaillent ensemble. On peut très bien imaginer que ces fonds d'entrepreneurs, qui ont besoin d'avoir accès à l'argent, gèrent un jour les investissements de banques ou d'assurances. Je suis très optimiste, parce que tout le monde est jeune dans cette industrie, et que l'écosystème progresse chaque jour.

Je vous remercie.
VirtuOz, spécialiste français des agents virtuels, a des clients comme eBay, Voyages-SNCF, SFR, Ameli ou la Fnac. En 2008, une seconde levée de fonds lui a permis de s'implanter dans la Silicon Valley, faisant passer l'entreprise sous statut américain. Nous avons rencontré Alexandre Lebrun, PDG de VirtuOz, à quelques miles de San Francisco. Il nous explique les choix et les défis de l'implantation.

Alexandre Lebrun, bonjour. VirtuOz est un spécialiste des agents virtuels… Pourquoi être venu dans la Silicon Valley ?

Quand nous avons lancé notre produit, nous travaillions déjà avec eBay au niveau de la France. L'entreprise était intéressée par notre solution d'agents virtuels pour les Etats-Unis, ce qui nous a permis d'envisager une implantation rapide. Nous sommes venus très vite grâce à une levée de fonds de 11,4 millions de dollars, auprès d'un investisseur de la Silicon Valley. Et nous sommes contents d'avoir été un peu tirés par eBay à l'époque. Nous aurions pu nous contenter du marché français, de grossir à cette échelle. Le choix n'est pas facile, notamment quand on a une famille, etc.

Mais partir tôt, comme nous l'avons fait, est un excellent choix à mon avis. Le produit est encore flexible du côté software, et on a une attente supérieure en terme de qualité. Le problème, c'est comment partir sans argent. La levée de fonds – et la demande d'eBay qui nous assurait un gros client dès notre implantation – nous a beaucoup aidés à ce niveau. Je pense que c'est un bon schéma, avec le recul : démarrer en France, parvenir à la profitabilité du produit, lever des fonds aux Etats-Unis avec un fort soutien logistique de l'investisseur.

C'est un succès enviable, mais est-ce vraiment aussi simple ?

Non, bien sûr que non. D'abord parce qu'il faut prendre en considération la vie personnelle de chacun. Ce n'est pas toujours évident de déménager à l'autre bout du monde lorsqu'on a une famille par exemple. Et même sur place, il y a beaucoup d'obstacles ou de pièges. Il vaut mieux être parano parfois, car on peut voir arriver assez rapidement des mercenaires, qui viennent réclamer un salaire énorme pour faire du consulting ou comme employés. Ils vont être payés 300 000 dollars par an, faire semblant de travailler pendant un an, et développer leur propre projet à côté. Au final, j'ai vu des entrepreneurs français perdre un an de développement et des sommes d'argent importantes à cause de ça.

Une autre tendance assez importante : les Français qui arrivent vont naturellement se tourner vers des Français déjà établis. Certains entrepreneurs ici sont très bons comme consultants, mais pas tous. Ce n'est pas toujours une bonne idée, parce que, si c'est confortable d'avoir des interlocuteurs de la même langue, ça n'aide pas à s'ouvrir à des investisseurs ou des entrepreneurs américains. Et c'est l'une des clés. Attention, il ne faut pas renier toutes les initiatives sérieuses, comme ce que font Ubifrance ou le French Tech Tour. Cependant, on reste là dans une phase de découverte. C'est très intéressant, car l'entrepreneur désirant s'implanter va avoir un maximum de rendez-vous en quelques jours, avec un temps de préparation réduit en amont. Mais ce n'est pas ça qui créera le business.

Une erreur classique des entreprises françaises intéressées par le marché américain, c'est de faire des économies en envoyant une personne en éclaireur, seule , pour essayer de signer deux ou trois contrats. Je n'ai jamais vu cela marcher nulle part.

Après, il y a d'autres soucis, qui semblent des détails… Par exemple, certains arrivent aux rendez-vous avec 20 minutes de retard. Ca semble dérisoire, mais c'est éliminatoire ici. Il faut savoir qu'un rendez-vous avec des entrepreneurs ou des investisseurs américains ne commencera jamais deux minutes plus tard. Quand on a une conférence téléphonique au sein de VirtuOz à 8h, tout le monde est en ligne à 7h59, c'est assez impressionnant. Et si quelqu'un est bloqué au téléphone avec un client par exemple, il va envoyer un mail à tout le monde 5 minutes avant.

Quelles sont les bonnes pratiques pour avoir des opportunités intéressantes ?

Il y a deux cadres différents pour une implantation : soit on vient avec un fonds d'investissement local, soit on arrive sans soutien. Nous, par exemple, du jour où nous avons signé pour le financement, nous avons été très épaulé. Financièrement, mais surtout en terme de crédibilité. On vient d'un pays lointain, avec juste nos valises, un accent horrible, et sans avoir fait Stanford… Il faut équilibrer ces désavantages absolument. Avoir un financement d'un fonds qui fait partie du top 20 apporte cette crédibilité. Ca joue beaucoup sur le recrutement.

C'est un point très important : le recrutement. L'avantage de la Silicon Valley, c'est qu'on va avoir accès à des gens qui ont été cadres dans de très grosses entreprises, comme SAP, Microsoft, Google, etc, et également dans des startups. Ils vont donc apporter une expérience énorme, beaucoup de crédibilité. Mais ces gens-là, qui ont un réel esprit de startup, et un enthousiasme authentique, sont demandés de partout. Si on ne veut pas tomber sur les mercenaires dont nous parlions, il faut un réseau et une crédibilité importante. La bonne idée ne suffit pas. On peut, et on doit, recruter à la fois des jeunes et des stars. C'est un vivier de cadres expérimentés que l'on ne trouve pas en France.

Il serait impossible de réussir dans les mêmes conditions en France ?

Il est beaucoup plus facile de lancer un business en France, grâce aux aides gouvernementales. Entre Oséo, les lois Tepa sur la réduction d'ISF, etc, c'est un super climat. Mais quand il s'agit de faire grossir son entreprise, les difficultés arrivent. Tous les avantages des débuts disparaissent, et comme je vous le disais, il est difficile de recruter tous ces grands cadres venus de Google, d'Oracle ou de SAP. La France est un peu trop cloisonnée pour ça. Or nous avons besoin d'eux pour grandir. C'est la principale différence que je vois entre les deux situations.

Mais ce qui est fait avec les pôles de compétitivité, c'est une bonne chose. Il faut un bouillonnement, des gens qui se trouvent. Ce qui m'inquiète un peu, c'est que c'est quelque chose qui ne se décrète pas. La Silicon Valley est le fruit de plusieurs choses : des gens qui ont fait fortune grâce aux stocks-options – et allez proposer des stocks-options à de grands cadres français… Des gens qui sortent de Stanford, des gens qui ont travaillé pour des entreprises comme HP, des business angels ou des capitaux-risqueurs… Il est possible de créer tout cela en France, mais comment les faire se rencontrer ? Allez dans un café de Palo Alto, on les trouvera tous. Est-ce qu'ils auront envie de traîner dans un café à Saclay ?

Il faut, en clair, de bonnes universités, un endroit assez éloigné de la ville pour ne pas que les gens s'en aillent, et des entrepreneurs qui ont fait fortune. Le rêve américain est un vrai moteur de l'enthousiasme. Pourquoi croyez-vous qu'on peut faire travailler neuf personnes comme des esclaves, sans sécurité sociale ? Parce qu'une personne a réussi en partant de rien. L'exemple est un moteur fort, qu'il ne faut pas négliger. Mais peut-on décréter qu'une personne sur dix travaillant à Saclay aura fait fortune ?

Alexandre Lebrun, je vous remercie.
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