Canonical : les applications d'Android sur Ubuntu

le 27/05/2009 à 23:42
Canonical : les applications d'Android sur Ubuntu
Canonical LTD, la société du millionaire Mark Shuttleworth éditant le système Ubuntu Linux, voit les choses en grand. Après avoir levé le voile sur sa stratégie Internet, nous apprenons que les ingénieurs travaillent sur un environnement permettant de faire tourner les applications originellement développées pour le système Android sponsorisé par Google.

La firme de Mountain View a récemment distribué CupCake, la version 1.5 du kit de développement d'Android, qui corrige de nombreux bug et apporte une meilleure stabilité du système. De plus en plus de fabricants de téléphones envisagent de commercialiser leurs smarpthones sous Android à l'image de HTC ou de Samsung. Par ailleurs, plusieurs constructeurs de netbooks, tels que Dell ou Asus, avouent être également intéressés ou travaillent déjà sur une version adaptée du système. Notons d'ailleurs que certains développeurs ont porté Android sur une architecture x86.

Bien qu'il utilise le kernel de Linux, Android n'est pas à proprement parler un système GNU/Linux. En effet, la plateforme est basée sur un environnement Java développé par Google, lui-même non compatible avec les applications écrites pour la machine virtuelle standard de Java. A ce jour, il n'est donc pas possible de transposer facilement les applications d'un environnement Linux standard vers Android et vice-versa.

Lors du sommet Ubuntu Developer, qui s'est déroulé hier à Barcelone, Michael Casadevall, développeur chez Canonical, a annoncé que la société était en train de mettre au point un environnement d'exécution bien particulier. En effet, ce dernier permet de faire tourner les applications originellement conçues pour le smartphone directement sur Ubuntu tout en laissant de côté les composants spécifiques à Android inutiles pour faire tourner l'application sur Ubuntu.

Le système de communication inter-processus d'Android, baptisé Binder, nécessite un pilote spécial au sein du kernel pour fonctionner correctement, cependant, ce dernier n'est pas encore activé. Canonical a donc trouvé un moyen de contourner Binder mais espère que les correctifs nécessaires seront distribués à temps afin que l'environnement d'exécution soit fonctionnel pour la prochaine version d'Ubuntu normalement prévue pour le mois d'octobre.

Les développeurs de Canonical s'intéressent actuellement au système de fichiers d'Ubuntu afin de le rendre accessible directement depuis les applications Android installées sur l'ordinateur. Encore à un stade initial, l'environnement d'exécution n'est pas encore distribué mais Canonical devrait le rendre disponible et inviter la communauté à joindre leur efforts.

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A l'occasion de l'Open World Forum, qui s'est déroulé les 1er et 2 octobre derniers, Clubic a rencontré Mark Shuttleworth, fondateur et PDG de la firme Canonical. Au coeur de la stratégie de Canonical réside Ubuntu, le système d'exploitation grand public basé sur un noyau Linux. Après avoir vendu à VeriSign sa première société Thawte, spécialisée dans les certificats numériques, pour 500 millions de dollars, cet entrepreneur s'est payé une semaine dans la station spaciale internationale. A son retour sur Terre, Mark Shuttleworth décida alors de lancer sa propre distribution de Linux. Une seule idée en tête : produire un système d'exploitation gratuit et de qualité pour tout le monde.

La première version d'Ubuntu est sortie en octobre 2004. Quand est-ce que le projet a réellement démarré ?

Mark Shuttleworth : J'ai décidé de monter ce projet en janvier 2004. Au début ça a pris un peu de temps, notamment pour trouver une équipe. Finalement nous avons eu notre première réunion en avril 2004. La première mouture est effectivement sortie en octobre. Cela a marqué le début du cycle de développement actuel qui est de six mois.

On dit souvent que c'est votre voyage dans l'espace qui vous a donné l'idée d'Ubuntu, comment est-ce venu ?

MS : Oui en fait je me suis rendu compte que l'univers est très vaste et combien nos pays sont proches les uns des autres. Vous savez de là-haut tout défile sous vos yeux très vite et la distance entre la France et la Croatie, par exemple, est très infime. On se rend compte aussi à quel point les humains sont très dépendants les uns des autres. Nous nous trouvons vraiment au coeur d'un monde interconnecté et quelque part c'est ce que symbolise la philosophie du monde libre. Vous savez, le talent peu être partout, nous partageons et nous nous entraidons.


Pourquoi avoir monté Canonical plutôt que d'investir dans une distribution qui existe déjà ?

MS : Plutôt que de racheter une société existante, nous voulions construire quelque chose de nouveau qui ait une approche différente. Lorsque l'on arrive tard sur le marché, il est important d'avoir de bonnes idées en place et ces idées nous les avions.

Pourriez-vous rappeler la stratégie commerciale d'Ubuntu ?

MS : Nous distribuons le système Ubuntu gratuitement mais nous proposons aussi des services. Récemment nous avons lancé Ubuntu One, il s'agit d'une solution permettant de stocker en ligne son profil utilisateur, ses données, en somme, une solution de sauvegarde. Nous fournissons aussi du support utilisateur et du support pour nos partenaires comme Dell.

Est-il possible d'estimer la base d'utilisateurs d'Ubuntu?

MS : Il est très difficile de chiffrer le nombre précis d'utilisateurs. Vous savez, nous organisons des événements appelés Ubuntu Parties. La dernière à Paris a recueilli plus de 4000 participants ! Je dirais qu'on a plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs.

Y a t-il un pays où Ubuntu est particulièrement populaire ?

MS : En Europe Ubuntu est très populaire en France, en Pologne et en Espagne. En dehors de l'Europe, les Etats-Unis ont la base d'utilisateurs la plus dense mais bon c'est un grand pays. Aussi Ubuntu marche très bien au Brésil.

Ubuntu 9.10 devrait sortir le 29 octobre prochain. A quoi doit s'attendre l'utilisateur en mettant son système à jour depuis Jaunty ?

MS : Nous avons modifié les paramètres du kernel afin d'avoir un démarrage plus propre et plus rapide. Nous avons également travaillé sur l'entrée et la sortie du mode veille. C'est très important pour quelqu'un qui souhaite être mobile de pouvoir utiliser son ordinateur portable très rapidement quand il le souhaite. Je pense que Karmic sera très populaire. Pour Ubuntu 10.04, nous y intégrerons Gnome 3. Lucid devrait avoir un nouveau thème par défaut.

Comment voyez-vous Ubuntu dans cinq ou dix ans ?

MS : Pour commencer, je souhaiterais voir les logiciels open source par défaut sur l'ensemble des ordinateurs. Ils permettent d'obtenir de meilleurs résultats tout en assurant une bonne stabilité. Et j'aimerais qu'Ubuntu représente le meilleur de cette idée. Aussi vous savez Canonical n'est pas une oeuvre caritative, nous fournissons un système gratuitement mais il y a aussi différents partenariats. J'aimerais que d'ici 5 ou 10 ans la balance entre ces deux segments se stabilise.

Lors de l'Ubuntu Developer Summit au mois de mai Canonical a annoncé un environnement capable de faire tourner les applications Android sur Ubuntu. Où en est ce projet ?

MS : Oui, il s'agit toujours d'un projet en développement. Nous sommes actuellement en discussion avec l'équipe d'Android et réfléchissons à différentes manières de prendre en charge les applications de Google comme Google Documents ou Latitude. Nous essayons également de travailler sur l'intégration de leur logithèque.

Puisque nous parlons de Google, que pensez-vous de leur entrée sur le marché ? Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

MS : Oh je pense que c'est très positif. Je trouve cela génial qu'une société aussi grosse choisisse d'investir dans Linux. Google est un acteur majeur. J'espère en tout cas que cela permettra de revoir l'écosystème du PC en y apportant une plus grande variété. De notre côté cela nécessitera une cohésion au sein des éditeurs de Linux. Il nous faudra nous assurer que les distributions fonctionnent bien entre elles. Nous allons déjà dans ce sens notamment au travers de nos travaux avec Debian et Moblin.

Je vous remercie.
Devant le succès fulgurant de l'App Store d'Apple, plusieurs sociétés ont décidé d'ouvrir leur propre boutique en ligne. Opérateurs de téléphonie mobile et constructeurs se sont lancés dans l'aventure à l'image d'Orange, de RIM ou encore de Nokia. Ce phénomène devrait bientôt s'immiscer sur nos ordinateurs et le 3 juin dernier Sun annonçait l'ouverture d'une bêta privée de son JavaStore aux Etats-Unis. L'éditeur Novell pourrait à son tour entrer dans la danse avec une boutique d'applications open source.

C'est en tout cas ce que suggère Holger Dyroff, vice-président du département du développement commercial chez Novell, qui explique au magazine PC Pro : "je dresse un parallèle entre ce qui se passe sur les netbooks et ce qui s'est passé avec les smartphones". M. Dyroff précise : "de leur côté, les utilisateurs verront une boutique répertoriant toutes les applications open source disponibles un seul clic. En revanche, à la différence des autres boutiques, ils n'auront pas besoin de payer, ce qui sera très intéressant ".

Ce ne serait pas la première initiative du genre et nous retrouvons déjà plusieurs dépôts listant des centaines de logiciels libres, à l'image de SourceForge ou de Google Code. Plusieurs rumeurs spéculaient également sur la création d'une boutique développée par Canonical LTD, maison mère d'Ubuntu. Aussi, puisque le système Android semble se diriger vers le netbook, peut-être devrions-nous mentionner l'Android Market ; d'autant que les développeurs de Canonical tentent de rendre ces applications compatibles sur Ubuntu. Aussi si Holger Dyroff estime qu'il s'agit-là d'"une nouvelle façon de promouvoir l'open source" et d'"une méthode permettant d'éduquer les gens aux bienfaits de l'open source", rappelons également que selon la licence utilisée par l'éditeur, un logiciel open source ne signifie pas systématiquement "gratuit".

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