Fork ou pas fork

le 15/12/2010 à 00:00
Fork ou pas fork
Depuis quelques mois l'open source a été au devant de l'actualité avec de nombreux rebondissements, de séparations, rapprochements, etc...

Trois secteurs ont été plus impactés par rapport aux autres. Il s'agit des bases de données, de la bureautique et des environnements linux.

Le magazine Programmez de décembre 2010 (disponible en librairie), consacre un dossier « enquête » et surtout dresse une situation autour de ces projets par rapport aux forks. Le dossier parle des sujets suivants :
- MySQL menacé par MariaDB et SkySQL
- Les challenges de Mandriva
- LibreOffice veut-il la mort d'OpenOffice ?

Bien sur, l'AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de logiciels libres) rentre plus en détails dans la définition du FORK vous permettant de mieux appréhender ce sujet.

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A lire également

Eric Delcroix est formateur et consultant sur le web et les nouvelles technologies depuis 1998. Spécialiste des réseaux, il est également professionnel associé au sein de l'Université Lille 3, et est spécialiste des réseaux sociaux. Il a notamment écrit deux livres : Flickr, on s'y retrouve et Facebook, on s'y retrouve. Intervenant dans la conférence sur l'avenir du net dans le cadre du Forum international sur la cybercriminalité de Lille, il a accepté de répondre à nos questions après une conférence assez pessimiste.

Bonjour, Eric Delcroix. Une conférence d'une heure et demie pour expliquer ce que sera le web 3, l'Internet des objets, n'était-ce pas un peu ambitieux ?

C'est vrai qu'on a à peine le temps de survoler le sujet en si peu de temps. Mais de toute façon, pour prendre le web 3 au sens sémantique, c'est une utopie complète. C'est vrai que les gens qui sont dans les sciences de l'information, c'est leur tasse de thé. Ils nous baratinent tous les jours avec le web 3, parce que c'est une utilisation qui correspond très bien au métier de documentaliste. Mais le commun des mortels n'en voit pas l'intérêt, et les outils ne sont pas du tout adaptés. Encore aujourd'hui, les moteurs de recherche sont loin de faire des recherches sémantique. Google ne l'évoque même pas.

80% du web sinon plus est inaccessible pour la plupart des gens. Mais qui s'y intéresse ? Beaucoup de chercheurs, d'hyperspécialistes, qui ont des méthodes pour entrer dans cette face cachée de l'information dans leur domaine d'activité. Il y a des bases de données spécifiques, payantes, qui fonctionnent. Il y a donc un recloisonnement. De toute manière, même en envisageant qu'on puisse avoir très facilement accès à des thèses ou des documents universitaires, qui saurait le lire ? C'est un langage incompréhensible pour la plupart des gens. On connait des universitaires qui publient des articles dans la presse scientifique, et qui sont obligés de les traduire pour les mettre dans leur blog.

Alors c'est vrai qu'il existe le risque de voir une élite se créer. Mais ça a toujours été comme ça. On s'en aperçoit parce qu'on est sur Internet, et il y a une forme de prise de pouvoir. Mais avant, ça ne choquait pas. Le pouvoir des journalistes par exemple, n'a jamais choqué. Le pouvoir des maîtres d'école au XIXe était important. Maintenant, qu'est-ce qu'il représente ? Ce sont des phases dans la société.

La conférence a donné un avant-goût assez dramatique du futur d'Internet... Vous partagez ce point de vue ?

C'est vrai que quand on parle de puces communicantes, ou de traçage, on peut avoir peur. Mais ça a toujours été le cas. Quand le téléphone portable est arrivé dans les années 90, avec d'autres enseignants, on se moquait des jeunes qui en avaient un, en disant que c'était la 2CV du moment. Aujourd'hui, c'est rare que quelqu'un n'en ait pas. Si on prend les choses qui vont arriver, comme la géolocalisation, l'évolution est flagrante : il y a moins d'un an, on a refusé que le téléphone soit localisé en France, officiellement. Aujourd'hui, avec Foursquare par exemple, les gens se géolocalisent d'eux-même. Il faut donc faire un distinguo entre ce qui est réellement dangereux pour les gens, pour leur liberté, et ce qui peut être accepté. Si les gens trouvent une utilité à une technologie, ils vont l'adopter sans faire attention à cette notion de liberté.

De toute façon, on voit bien qu'il y a un discours très alarmiste, qui défend les idéaux nationaux. Mais si on voulait réellement garder la main-mise sur des systèmes, il fallait réussir à vendre le minitel à l'étranger. On aurait eu un système français partout dans le monde et on serait les rois. Pas de chance pour nous, ça ne s'est pas passé comme ça, donc je crois qu'il faut arrêter de se focaliser sur les dangers d'Internet parce que ça vient des Etats-Unis, le droit qui n'existe soit-disant pas, etc. Alors que l'homme de la rue n'en a rien à faire de savoir si le site est aux Etats-Unis ou en France. Après, quand Louis Pouzin vient dire qu'Internet n'a pas bougé depuis 1983, c'est vrai. La crainte qui ressort régulièrement, c'est que les tuyaux ne seront pas assez gros. On sait que le système n'est pas le meilleur, mais pour l'instant on n'en a pas trouvé d'autre. Cela dit, ça fait plus de dix ans que j'entends parler de cette histoire de tuyaux. Et pour l'instant, il y a toujours une nouvelle technique qui fait que les tuyaux restent assez gros et que ça passe.

Et à côté de cet immobilisme de l'infrastructure Internet, il y a le web qui évolue très vite...

Bien sûr, à mon avis ça va évoluer par des changements matériels. Ca fait plusieurs années que je dis que les ordinateurs n'auront plus de disque dur. Ca va devenir un écran. Donc du moment qu'on aura un écran, on peut imaginer qu'on aura un ordinateur. Les premières choses qu'on connait, ce sont l'écran de télévision, dont on est à peu près sûr que ça va devenir un ordinateur, les cadres numériques, qui peuvent devenir des ordinateurs. N'importe quelle surface peut devenir un écran, nous permettons d'être constamment connectés. Avec le risque d'être systématiquement plongé dans le côté marketing d'Internet. Microsoft, il y a cinq ou six ans, avait participé à un livre sur le travail dans le web 2. Ca fait déjà plusieurs années qu'ils y travaillent. Adobe travaille sur des solutions de réunions en ligne... Il ne faut pas se faire d'illusions, ce sont eux les grands acteurs qui resteront au final. Ils sont une petite dizaine à être dessus, et ce sont eux qui vont manipuler tout comme ils en ont envie. Je suis persuadé qu'Apple préparait déjà l'iPad depuis 3 ou 4 ans. Je pense qu'Apple avait déjà essayé avec son MacBook Air de sortir un ordinateur sur lequel on était à la transition, avec la fin du disque dur, etc. Ca s'est mal passé parce que les gens réclamaient leur disque dur, Apple a attendu deux ans de plus et a sorti l'iPad cette année. Si les entreprises et le grand public trouvent leur compte, une technologie fonctionne.

Twitter, Foursquare*, vont donc connaître le sort de SecondLife ?

Si on imagine les ordinateurs du futur, on voit que pour y entrer, il faudra passer par un système d'exploitation, c'est inévitable. Le seul qui s'est déclaré en tant que système d'exploitation pour l'instant, c'est Facebook. Et effectivement, quand on voit son architecture, ça ressemble beaucoup à un OS du net. J'ai toujours dit que ce serait Facebook ou un autre équivalent. Google essaie aussi de se placer. Ensuite, une fois sur le net, on trouvera les applications. Microsoft a déjà très bien réfléchi à ses solutions logicielles qui seront en ligne, Adobe a déjà commencé avec les versions de Photoshop sur le web... Donc ils sont tous prêts à basculer dans le deuxième monde.

Après, il faudra regarder du côté de la société du gratuit, qui vient du libre à l'origine. Il y a plusieurs théories qui considèrent qu'aujourd'hui on ne peut plus avoir d'existence en tant que société si on ne donne pas quelque chose de gratuit avant de passer à du payant. Le premier réflexe des gens, c'est de se dire que ça ne marche pas le modèle gratuit. Par exemple, l'inventeur de Linux ne s'est jamais fait un centime avec. Par contre, il s'est fait beaucoup d'argent à côté, donc à mon avis le modèle gratuit peut exister.

En dehors des considérations de gratuité, est-ce qu'il y a de la place pour le monde du libre dans ce futur, comme Canonical, qui semble prêt cette fois avec son cloud ?

Bien sûr. Je me dis par exemple que la démarche d'OpenOffice peut-être très marketing. Rien n'empêche à OpenOffice de proposer du libre pendant un certain nombre d'années, puis de décider de récupérer le noyau. Qu'est-ce qui se passerait ? Ca pourrait devenir payant. Ca peut devenir une démarche comme une autre, qui serait scandaleuse quelque part, ou considérée comme scandaleuse, mais ça s'était passé avec Mambo et son fork Joomla.

Et d'un autre côté, on voit le développement d'un modèle économique des services. Ca existe depuis longtemps avec SugarCRM par exemple. Si on le récupère et qu'on est une petite structure, on sera incapable de le configurer, à moins d'avoir un informaticien béton. Donc se développent des sociétés de services à côté. On a cette notion de service qui apparaît, mais il y a bien la gratuité à la base. On peut très bien tester SugarCRM si on veut. Il n'y a pas trop de monde qui y fait attention, mais à mon avis c'est une direction qu'on risque de prendre quant à l'évolution d'Internet pendant quelques années.

Eric Delcroix, je vous remercie.

(*) Service de micro-blogging avec un système de géolocalisation des messages intégré.
Parmi les gros acteurs sur le marché des distributions GNU/Linux, l'éditeur Mandriva connaît un avenir plutôt incertain. Au bord de la faillite, au mois de mai la société était entrée en discussion avec Linagora pour un rachat d'une partie de ses effectifs. Un mois plus tard, Arnaud Laprévote, directeur général de la firme, expliquait avoir trouvé des investisseurs afin de "remettre le groupe à l'équilibre et trouver un bon modèle économique". Au mois de juillet, Mandriva annonçait la restructuration de ses équipes au niveau européen.

Pourtant tout le monde ne semble pas convaincu, à commencer par l'équipe de Mageia, composée d'anciens employés de Mandriva, de développeurs et d'utilisateurs. Sur son site officiel il est ainsi mentionné : "la plupart des employés qui travaillaient sur la distribution ont été licenciés (...). Nous ne faisons plus confiance aux plans de la société Mandriva et nous ne pensons pas que Mandriva soit une solution sûre pour soutenir un tel projet.".

Ce groupe a ainsi décidé de créer un fork de Mandriva, c'est-à-dire de développer un nouveau système d'exploitation à partir du code source existant. Baptisé Mageia ("magie" en grec), ce nouveau projet se veut indépendant de toute entreprise et met en avant différents principes à savoir :
- Rendre Linux et le logiciel libre encore plus accessible à tous.
- Fournir des outils de configuration complètement intégrés au système.
- Maintenir un haut niveau d'intégration entre le système de base, le bureau (KDE/GNOME) et les applications ; avec un focus particulier sur l'intégration des logiciels tiers (propriétaires ou non).
- Cibler de nouvelles architectures matérielles et plates-formes.
- Améliorer la compréhension des ordinateurs et des périphériques.

Mageia regroupe aujourd'hui 33 contributeurs. Pour l'heure le groupe finalise son organisation avec notamment la mise en place de serveurs pour héberger le code et chacune des versions qui seront développées. Par la suite une feuille de route sera disponible. Pour de plus amples informations et observer la naissance de ce nouveau projet open source, rendez-vous ici.

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