Google présente Chrome Web Store et Chrome OS

le 07/12/2010 à 00:00
Google présente Chrome Web Store et Chrome OS
Après un début de semaine marqué par quelques alléchantes annonces dans le domaine de la mobilité - le Nexus S et Android 2.3, ainsi qu'un prototype de tablette motorisée par HoneyComb (Android 3.0), Google a réuni mardi la presse américaine à l'occasion d'un événement presse dédié à Chrome, son navigateur Web, ainsi qu'à deux des projets auquel il a donné naissance : Chrome Web Store, un magasin d'applications, et Chrome OS, le système d'exploitation cloud centric que doit prochainement lancer le numéro un mondial de la recherche en ligne.Chrome : plus rapide, plus simple, plus sûr

Récemment engagé dans la branche 8.0, le navigateur Chrome connait un succès croissant dont ne peut que se féliciter Google, qui revendique aujourd'hui 120 millions d'utilisateurs à travers le monde. Principal argument avancé par les amateurs : la vitesse du navigateur, aussi bien au lancement qu'à l'affichage des pages.

Cette vitesse fait donc partie des points sur lesquels Google compte continuer à mettre l'accent, en proposant par exemple une fonctionnalité de type Instant permettant de faire s'afficher un site fréquemment visité dès que les premières lettres de son adresse ou de son nom ont été entrées dans la barre d'adresse.

Qui dit vitesse dit également performances et donc exploitation des capacités des ordinateurs actuels, à commencer par une accélération matérielle déléguée à la carte graphique - un point sur lequel Microsoft a également mis un accent tout particulier avec le futur Internet Explorer 9. Pour ce faire, Google s'appuie sur WebGL, la spécification d'affichage 3D pour les navigateurs crée par le groupe qui gère également OpenGL. Le moteur propose d'ailleurs différentes démonstrations, dont un séduisant globe en trois dimensions, devant témoigner des capacités de Chrome 8 en la matière. La version 8.0 de Chrome profite d'ailleurs d'un nouveau moteur, surnommé Crankshaft, censé doubler les performances par rapport à la version précédente.

« Le navigateur n'est là que pour vous permettre d'utiliser le Web. Il devrait donc être aussi minimaliste que possible », fait valoir Sundar Pichai. C'est dans cette logique que s'inscrit la mise à jour transparente du navigateur, laquelle présente également un intérêt en matière de sécurité.

Cette problématique cruciale fait par ailleurs l'objet de développements spécifiques, qui passent par l'intégration au sein de Chrome de composants logiciels tiers (Flash, PDF), lesquels sont exécutés dans un environnement dédié (sandbox). Afin d'accélérer cette tendance, censée limiter l'impact en termes de sécurité de ces plugins extérieurs, Google propose un nouveau kit de développement permettant de tirer parti de cette exécution sécurisée.Chrome Web Store

Pour la première fois, Google fait donc la présentation du très attendu Chrome Web Store, qui réunira tout un ensemble d'applications liées à des contenus en ligne. De nombreuses catégories sont proposées (News, Jeux, etc.), avec une interface qui ne sera sans doute pas sans rappeler l'iTunes Store à certains. Le Chrome Web Store est intrinsèquement lié au compte Google de l'utilisateur, qui n'aura donc aucun paramétrage spécifique à prévoir, à part peut-être renseigner ses coordonnées bancaires pour les applications payantes. Celles-ci pourront d'ailleurs faire l'objet d'abonnements mensuels.

Parmi les premières applications proposées figure en bonne place le fameux New York Times, dont le client Chrome est capable de fonctionner en mode déconnecté, et offre une interface de navigation "enrichie", parfaitement conforme à l'esprit "App", par opposition à la page Web standard.

Du côté des jeux, on reste pour l'instant cantonné à une dimension casual, incarnée par exemple par Poppit, illustrée ci-dessus. Electronic Arts a toutefois assuré Google de son soutien et envisagerait de porter les jeux qui peuvent l'être sur le Chrome Web Store. Les marchands ne sont pas en reste, puisque Amazon dispose déjà d'une application dédiée, Windowshop, qui reprend les contenus du site Amazon.com, mais les dispense par le biais d'une interface de type "App", tout particulièrement adaptée aux écrans tactiles.

Amazon inaugure par ailleurs Kindle for the Web. Entièrement réalisée en HTML5, l'application permet de retrouver les contenus associés à son compte Kindle, mais aussi de naviguer parmi ses ouvrages via une interface de type carrousel en 3D. A date, le Chrome Web Store, qui est dès à présent disponible, compterait environ 500 applications.

Qu'en retenir ? Il semble aller de soi que la plupart de ces applications ne sont pas foncièrement pensées pour une utilisation de type desktop, mais plutôt conçues pour de petits appareils : tablettes tactiles, netbooks, etc. Ce qui amène, sans trop de surprise, à Chrome OS.Chrome OS : repenser l'expérience PC

« Chrome OS n'est rien d'autre que le Web. Fondamentalement, c'est Chrome fonctionnant directement sur le hardware », attaque Sundar Pichai. Conçu pour un démarrage rapide et une extinction instantanée, Chrome OS ne requiert aucun paramétrage particulier, puisque toutes les données sont associées au compte Google de l'utilisateur.

L'avantage immédiat réside dans le fait que les données sont automatiquement synchronisées entre tous les appareils qu'est susceptible d'emprunter l'utilisateur. De son netbook à son ordinateur de bureau, qu'il soit Windows, Mac ou Linux, les applications installées seront répliquées, ou supprimées si besoin, sans action particulière de sa part.

Le système intègre logiquement un mode déconnecté (offline), qui permet par exemple de travailler sur Google Docs même si la liaison à Internet est perdue. Dans ce cas, Chrome OS effectuera automatiquement la synchronisation serveur à la prochaine connexion. Toutes les applications du Chrome Web Store seront d'ailleurs stockées en local, de façon à rester accessibles en permanence.

Pour que l'expérience soit concluante, Google veut n'installer son système que sur des machines munies d'une connectivité mobile (3G). Pour ce faire, le moteur s'est associé aux Etats-Unis avec Verizon, qui proposera différentes formules dédiées : une journée de connexion pour 10 dollars, ou un forfait ouvrant droit à une certaine quantité de données transférées.

De la même façon que le navigateur se met maintenant à jour automatiquement, Chrome OS saura télécharger et installer les applications, mais aussi les correctifs de sécurité de façon transparente, même si l'utilisateur sera cette fois prévenu. Comme avec Chrome, Google entend bien fournir des mises à jour sur un rythme extrêmement rapide (quelques semaines) afin d'améliorer constamment l'expérience utilisateur. Les données stockées en local seront quant à elles systématiquement chiffrées, promet Google, dont le système profitera du même principe de sandbox que son navigateur.

Au delà de l'utilisateur lambda, reste à intéresser le monde de l'entreprise, bien plus difficile à convaincre. Pour ce faire, Google a choisi de s'associer à Citrix, qui proposera sur Chrome OS un Citrix Receiver permettant de faire s'afficher au travers d'une fenêtre Chrome des applications d'entreprise (Excel et consorts, mais aussi des progiciels tels que ceux de SAP) exécutées sur un serveur distant, de façon sécurisée. Du fait de ce modèle qui veut que l'OS soit mis à jour très régulièrement, Google ne peut en effet que s'appuyer sur des environnements distants pour garantir compatibilité logicielle et respect des problématiques de sécurité.

Reste à apporter Chrome OS au consommateur. Fort du soutien d'Intel, Google assure qu'il ne sera pas difficile de convaincre l'industrie. Acer et Samsung auraient déjà passé un accord de principe. Pour l'instant, le moteur lance un programme pilote, qui tourne autour d'une machine sans marque dotée d'un écran de 12,1 pouces, dédiée aux tests. Les caractéristiques matérielles ne sont pas précisées, mais la promesse est séduisante : 3G intégrée, WiFi double bande, 8 heures d'autonomie et 8 jours en veille.Chrome OS, un vrai game changer ?

Entièrement tourné vers le Web, mais tout de même capable de faire fonctionner des applications évoluées en local, sans recours à une connexion, Chrome OS se veut le parfait pont entre l'univers déconnecté et Internet. On ne peut manquer de rapprocher cette façon de voir les choses de ce qu'a fait Apple avec son iPad : téléchargement d'applications, système extrêmement léger s'effaçant totalement derrière les contenus, etc. Là où la société de Cupertino construit un environnement fermé, dépendant uniquement de son hardware, Google rejoue la carte déjà engagée avec Android : une base simple, gratuite ou presque, et proposée à l'ensemble de l'industrie. La grande force de Chrome OS sera sa modularité, résidant dans sa capacité à fonctionner aussi bien sur un ordinateur portable que sur une tablette, en attendant le pont qu'on sent inévitable avec Android. Le CES de Las Vegas, début janvier, permettra vraisemblablement de juger de l'attention portée par l'industrie à ces annonces.

La vidéo promotionnelle ci-dessous résume la proposition de valeur de Chrome OS selon Google.

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Ce mois-ci, l'équipe chargée du développement de JoliCloud a annoncé le déploiement progressif de la version 1.0 de son système d'exploitation. Dévoilé en 2008, Jolicloud cible principalement les netbooks et a été développé sur une base Debian et Ubuntu. Le moteur de rendu, initialement propulsé par Firefox, a récemment été changé en faveur de Chromium. En mélangeant services web et logiciels natifs, le système tire parti du HTML 5 et embarque également Wine pour faire tourner les applications de Windows.

Clubic s'est entretenu avec Tariq Krim, fondateur de Jolicloud mais également de Netvibes. L'occasion de mieux cerner la stratégie de cet entrepreneur français qui parie sur l'ergonomie de son système et pour qui l'avenir réside incontestablement dans le service hébergé

Il existe déjà plusieurs systèmes spécialement conçus pour les netsbooks (UNR, Mandriva Mini, MeeGo). En quoi Jolicloud se différencie-t-il ?

Tariq Krim : Jolicloud a été le premier OS alternatif conçu pour netbooks avec l'idée que l'interface devait être simple et élégante et que le système devait utiliser au mieux les ressources de la machine.

Je pense que nous avons révolutionné la simplicité d'un OS alternatif. Nous avons développé des outils pour permettre à n'importe qui d'installer Jolicloud en 3 clics. Nous avons beaucoup travaillé pour que tout fonctionne du premier coup. Ubuntu par exemple ne fonctionne parfaitement bien qu'avec les machines pour lesquelles Canonical a des partenariats commerciaux comme Dell. Cette philosophie du confort de l'utilisateur d'abord nous a même obligés à faire des efforts supplémentaires pour que certains composants soient supportés, tels que les cartes graphiques GMA500 et Ion "out of the box". Nous avons été les seuls à le faire de manière systématique et avec l'envie que des non-habitués prennent du plaisir à l'utiliser.

Avec Jolicloud, notre première cible, c'est le netbook acheté sous Windows. Jolicloud permet de lui redonner une nouvelle vie sur le canapé, en vacances, dans les transports pour écouter de la musique et voir des films, mais nous observons que de plus en plus de professionnels l'utilisent pour travailler.

Nous avons investi beaucoup de temps pour produire une interface qui simplifie la vie des utilisateurs, un point qui m'est cher, en utilisant les technologies Web les plus modernes.

Nous avons voulu développer nos interfaces en JavaScript, HTML5, CSS3, et notamment utiliser des technologies très récentes comme les WebSockets. Grâce au mode hors-ligne, nous pouvons fonctionner même sans connexion Internet. De plus, comme nous maîtrisons le navigateur (Chromium), nous avons la possibilité de proposer des interfaces très élégantes et facilement mises à jour.

Les systèmes que vous évoquez sont basés sur une vision du passé, développés avec des technologies natives et des outils d'installation d'un autre âge.




Jolicloud mélange les applications locales et hébergées. Ne serait-il donc pas logique de coupler le système à un service de pages personnalisables accessible depuis n'importe quel navigateur, et pourquoi pas un rapprochement avec Netvibes ?

T.K : Les applications natives sont à terme appelées à être réinventées ou à disparaître. Des technologies comme Native Client et WebGL vont permettre de tout faire dans le browser. Pour l'instant ce n'est pas le cas, et pour utiliser Spotify, VLC ou encore Skype, il faut utiliser des programmes spécifiques. Pour offrir le meilleur des deux mondes, nous avons décidé d'intégrer le support des applications natives Linux et Windows (grâce à Wine).

Mais la prochaine étape c'est clairement les Web apps, des applications écrites en technologies Web mais dont l'interface se rapproche d'une véritable application. Le meilleur exemple qui me vient à l'esprit c'est 280 Slides qui remplace Keynote sur le Web.

Nous sommes très attentifs à l'évolution des services Internet qui remplacent les applications natives et nous avons mis en place un App Center qui répertorie déjà plus de 700 applications. Naturellement Netvibes en fait partie.




La sortie prochaine de Chrome OS et les partenariats OEM de Google sont-ils une menace pour vous ?

T.K : Nous ne le pensons pas.

Nos relations avec Google sont excellentes. Pour nous Chromium c'est le nouveau middleware de l'Internet.

Je pense que Jolicloud et Chrome OS ont deux stratégies de marché différentes. Avec sa taille, Google va privilégier la vente denetbooks avec Chrome OS préinstallé, quand Jolicloud propose aux utilisateurs qui ont une machine Windows d'installer un double boot Windows / Jolicloud. Techniquement, il devrait être possible d'acheter un netbook Windows, d'installer uniquement Jolicloud et de demander le remboursement de Windows, qui représente une part significative du prix de la machine. Je serais intéressé de savoir si certains de vos lecteurs ont tenté l'expérience.

Côté fonctionnalités, je pense que nous sommes vraiment allés plus loin au niveau de l'expérience HTML5 mais aussi au niveau de l'intégration de l'aspect social. Ce n'est que le début car nous avons beaucoup de choses qui vont encore améliorer la symbiose entre le Web et l'ordinateur.

Dans tous les cas, il est important que des acteurs comme Google soient présents pour faire évoluer les mentalités et notamment convaincre le monde de l'entreprise que Windows peut être remplacé par une solution Web.




Quelle fut la réaction des utilisateurs lorsque vous avez changé le moteur de rendu en utilisant celui de Chrome plutôt que celui de Firefox ?

T.K : Les gens ont bien compris notre démarche. Au delà de la vitesse de développement et la rapidité du moteur de rendu de Chromium, c'est la vision de Google pour faire avancer HTML5 et un meilleur support de Linux qui nous a poussé à faire la transition. Je pense que Mozilla a réussi son pari de fournir une alternative crédible à IE, mais n'a pas su encore s'adapter au monde “post-browser”. Je suis un supporter de Mozilla depuis ses premiers jours, mais pour en avoir parlé longuement avec John Lilly, ex-CEO de Mozilla, le navigateur en tant qu'application va disparaître et la seule chose importante sera le moteur de rendu que l'on pourra installer partout en tant que composant. Sur ce point WebKit a une bonne longueur d'avance sur Mozilla.

Avez-vous songé à signer quelques partenariats de distribution afin de déployer Jolicloud en tant qu'Instant OS ou comme système principal sur une tablette ?

T.K : Oui.

Combien de personnes travaillent sur Jolicloud ? (employés et communauté de dév compris)

T.K : Nous sommes une petite structure.

Quel est le modèle économique de Jolicloud. Pensez-vous faire de l'argent avec ce dernier ?

T.K : Jolicloud est gratuit et le restera. Nous réfléchissons à des services premium pour nos utilisateurs avancés, mais pour l'instant notre objectif est de convaincre des millions de personnes dans le monde qu'ils n'ont pas besoin de changer d'ordinateur pour avoir une machine plus rapide et simple à utiliser mais juste d'installer Jolicloud.

Une logithèque d'applications payantes pourrait-elle voir le jour ?

T.K : Vendre des applications marche bien dans les environnements fermés comme celui d'Apple. Vendre des applications Web me semble beaucoup plus compliqué. Notre vision c'est que comme pour le monde de la musique, le Web a ses majors et ses acteurs indépendants. Nous allons promouvoir les acteurs indépendants du Web et promouvoir leur services premium. Je crois plus à des logiques d'abonnements que du paiement à l'acte.

Que nous réservent les prochaines versions de Jolicloud ?

T.K : Beaucoup de bonnes surprises.




Vous êtes déjà connu pour avoir créé Netvibes, y a t-il d'autres projets qui vous intéresseraient à l'avenir, par exemple sur le marché du smartphone ?

T.K : Avec Netvibes nous avons démocratisé l'usage des widgets et notre Ecosystem préfigurait déjà le modèle de l'App Store. Je pense que le concept de widgets a évolué pour devenir des apps sur smartphones. Le marché actuel est fragmenté par la lutte entre Android et iOS pour devenir la plateforme dominante. Elles obligent les développeurs à produire différentes versions.

La tendance du "Web as the OS Interface", c'est-à-dire la possibilité d'avoir une machine qui démarre directement dans une interface HTML5 va bouleverser les équilibres dans le monde des smartphones. Android et iOS ont déjà une date d'expiration, peut-être 2 ou 3 ans encore, dans leur forme actuelle. Avec Safari, l'iPhone 4 a déjà des capacités de navigation aussi puissantes que l'iPad. Combien de temps avant que les performances ne soient plus question de la taille de la machine ?

Aujourd'hui, la plus petite résolution que nous supportons est le 7 pouces de l'Eee PC originel. Rien ne nous empêche dans le futur d'adapter Jolicloud à des écrans plus petits.

Je vous remercie

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