Selon Adobe, Oracle est désormais le grand méchant anti-open-source

le 24/08/2010 à 00:08
Selon Adobe, Oracle est désormais le grand méchant anti-open-source
Pour Adobe, Oracle a désormais remplacé Microsoft dans le rôle du grand méchant contre la communauté open-source et libre (FOSS). C'est David McAllister, le responsable de l'open-source chez Adobe, qui est l'auteur de cette sortie contre Oracle, dans un billet de blog publié hier.

Après OpenSolaris, qui est « le prochain sur la liste » ?

En cause, évidemment, l'implosion du comité exécutif d'OpenSolaris, la version open-source du système d'exploitation Solaris. Les deux logiciels appartiennent désormais à Oracle, puisqu'ils ont été développés par Sun Microsystems. Pour McAllister, « l'axe du mal s'est déplacé à environ 850 miles au sud. » Ce qui correspond à peu près à la distance entre le siège de Microsoft, à Redmond dans l'Etat de Washington, et celui d'Oracle, à Redwood City en Californie (1353 kilomètres).

Le peu d'amour qu'a montré Oracle pour « la culture open-source de Sun » depuis que l'entreprise de Larry Ellison a racheté l'entreprise créatrice du MySQL a mis sur les nerfs beaucoup de tenants du logiciel libre ou open-source. McAllister n'a pas résisté à la tentation de mettre les pieds dans le plat.

« Je n'ai pas de problème avec l'idée de faire de l'argent à partir d'un code open-source, » explique-t-il. « Je n'ai pas de problème avec le fait que les autres le fassent. J'ai un problème avec le fait de détruire l'implication d'une communauté après qu'elle a démontré sa capacité à créer, gérer et maintenir de tels efforts. Je me demande qui est le prochain sur la liste des attaques qu'Oracle semble mener contre l'open-source. »

« We love open-source »

McAllister rappelle la récente keynote d'Oracle à la LinuxCon 2010 à Boston, au cours de laquelle l'éditeur n'avait pas fait la moindre allusion à OpenSolaris. Depuis, le projet a été mis à terre par Oracle. « Combinez ça à la récente plainte relative aux brevets d'Oracle sur Java contre Google Android... et soudain Oracle a réussi à récupérer le rôle joué auparavant par Microsoft. Et je ne savais même pas qu'il assurait sa doublure. Oracle a des gens intelligents. Ils comprennent l'open-source, et son intérêt pour les développeurs. Et soudain, il semblerait qu'Oracle voit l'open-source comme la nouvelle vache à lait. »

Il est d'ailleurs intéressant de noter que Microsoft a dans le même temps fait volte-face, au moins dans le discours, sinon dans les actes. Alors que tout le monde se souvient de Steve Ballmer dénonçant le cancer Linux menaçant pour ses brevets, le responsable de la stratégie d'interopérabilité de Microsoft, Jean Paoli, vient de déclarer dans une interview : « Nous aimons l'open-source. Nous travaillons avec l'open-source depuis longtemps maintenant. » Sur les déclarations de Ballmer, Paoli est formel, affirmant que « c'était il y a vraiment longtemps. Nous comprenons notre erreur d'alors. »

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Kaj Arnö - photo Arnaud LimbourgSi les questions autour du futur de MySQL peuvent parfois paraître absconses, le forum PHP, qui s'est tenu la semaine dernière à la Cité des Sciences de la Vilette à Paris, nous a permis d'approcher la question d'une manière toute concrète. Les représentants de SkySQL et Monty Program, Kaj Arnö et Rasmus Johansson, ont fait pour nous le tour de la question.Séparation de l'Eglise et de l'Etat

Vues les attaques récentes d'Oracle sur les anciens produits de Sun, de Java à OpenSolaris, faut-il abandonner tout espoir de voir l'éditeur soutenir MySQL ? La récente augmentation du prix des services d'assistance liée peut faire craindre le pire, et nos deux interlocuteurs n'ont rien fait pour nous rassurer. « En fait, à l'origine, nous travaillions tous pour MySQL, » explique Kaj Arnö. « Il y avait à l'époque une sorte de dichotomie entre l'équipe business et l'équipe communauté. Les premiers voulaient faire de l'argent, les autres s'en fichaient, et voulaient aider les utilisateurs à adopter la solution. Avec SkySQL et Monty Program, il y a eu une sorte de séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui a résolu le problème, mais chez Oracle, la question a été traitée autrement : c'est le business qui a gagné. »

Et à écouter le PDG de SkySQL, le but d'Oracle ne serait pas de développer l'utilisation de MySQL. En cause : Oracle DB, le gestionnaire de bases de données maison. Plutôt que de tenter de gagner des parts de marché sur la solution SQL de Microsoft, au risque de vampiriser le marché d'Oracle au passage, l'éditeur aurait, selon Kaj Arnö, une position défensive. MySQL ne serait donc plus qu'une barrière pour ne pas laisser trop de parts de marché à Microsoft. « En tous cas, si j'étais du côté d'Oracle, c'est ce que je ferais. »

Garder le statu quo, au risque de tuer MySQL ? « Ils ne diront jamais ouvertement qu'ils veulent tuer MySQL, » explique Kaj Arnö. « Mais il y a d'autres façons de faire : Oracle peut embrasser MySQL jusqu'à l'étouffer. Mais ils ne s'en débarrasseront pas ouvertement, car ils craignent trop que l'Union européenne, par exemple, puisse enquêter sur la question. » En clair, MySQL serait le dernier bastion de l'open-source chez Oracle. « C'est fondamental ! Il n'y a qu'à voir ce qu'ils font à Java ou OpenOffice. »

Du coup, Kaj Arnö et Rasmus Johansson accréditent la thèse du responsable de l'open-source d'Adobe, David McAllister, selon laquelle Oracle aurait remplacé Microsoft à la tête de la coalition anti-open-source. Sans aller jusqu'à accepter le terme de « Super-Villain » (super-méchant, qui correspond en anglais à l'ennemi fondamental du super-héros dans les comics), Kaj Arnö ne s'empêche pas une petite pique au géant de Redmond : « Je suis d'accord, mais surtout parce que désormais, Microsoft n'est plus vraiment significatif. Ils ne sont plus au centre, donc ce n'est plus important, ce qu'ils font, ce qu'ils pensent... Oracle, de son côté, détient tellement de technologies open-source, et les attaque à tel point, que c'est bien plus grave. »Nouvelles opportunités

Pour autant, les deux entrepreneurs ne voient pas d'un mauvais oeil l'augmentation des prix de l'assistance sur MySQL. Ça ne peut qu'être bon pour leurs activités, résument-ils. Pour Kaj Arnö, « nous pouvons le faire à des prix très compétitifs par rapport à ce que fait Oracle, car nous avons les ressources pour fournir des services moins chers. »

Autant de nouvelles opportunités qui pourraient profiter à d'autres entreprises de services. Mais là encore, les deux entrepreneurs ne craignent pas la concurrence. Le monde de MySQL serait petit et assez solidaire pour compliquer la tâche des candidats à une entrée. Rasmus Johannson - Photo Arnaud LimbourgPour autant, toutes ces considérations n'empêchent pas SkySQL et MariaDB de poursuivre leurs activités avec MySQL. Même s'ils craignent l'attitude d'Oracle, ils continuent de voir MySQL comme une solution pertinente. « De toute façon, » pour Rasmus Johansson, « MySQL est encore très utilisé dans le monde. Donc il faut bien que quelqu'un prête assistance à ces utilisateurs, et ces entreprises. Même si on ne travaille plus pour MySQL AB, l'entreprise à l'origine de MySQL, il y a une sorte de conscience que, puisqu'on l'a créé, on doit aider à l'utiliser. C'est pour cela que nous maintenons des interopérabilités entre MySQL et MariaDB. »Barrières de protection

Pourquoi ne pas tout simplement amener les gens vers MariaDB, alors ? Selon Kaj Arnö, ce n'est pas si simple. « Il faut du temps pour que les choses changent, il faut commencer par créer des compatibilités avec vos nouveaux produits. Si vous voulez battre MacDonald's, il ne suffit pas de faire un fork à côté et de dire "Ok, venez". C'est un beaucoup trop grand pas. » Même si, évidemment, pour Rasmus Johannson, le but est d'amener au final les utilisateurs vers MariaDB.

Mais voilà, l'exemple de MySQL est suffisamment parlant pour qu'on se pose la question suivante : et si, demain, MariaDB était rachetée par un Oracle ? Quelles barrières, quelles préventions contre une attaque en règle de sa partie open-source ? Rasmus Johannson explique le principe : « Nous avons un business model baptisé le "hacking business model". Tous les employés ont des parts dans l'entreprise, donc si une grosse société voulait l'acheter, ils devraient être acceptés par n'importe qui. Et ce n'est pas facile de convaincre tous ces développeurs très attachés à l'open-source... »

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