Adobe répond à Apple avec une lettre ouverte

le 17/05/2010 à 23:43
Adobe répond à Apple avec une lettre ouverte
La saga Flash continue ! Alors que Steve Jobs a pu dire tout le bien qu'il pensait de la technologie Flash d'Adobe, à de nombreuses reprises, le co-fondateur d'Apple récidivait récemment en publiant une lettre ouverte sur le site Apple.com. Lettre expliquant les raisons qui font que selon Apple, Flash n'a pas le droit de citer sur les plate-formes mobiles de la firme à la pomme, à savoir l'iPhone, l'iPod et l'iPad. Pour Jobs, Flash est responsable de bien des maux et son implémentation dénaturerait l'expérience utilisateur des terminaux mobiles précédemment cités. Rappelons que ce déchainement de passions, autour de Flash, une technologie rachetée par Adobe à Macromedia, trouve son origine dans les récents changements des termes de licence du SDK de l'iPhone OS, le système d'exploitation des iPhone, iPod Touch et iPad. Des changements faits précisément pour interdire que des applications conçues en Flash s'exécutent sur les terminaux d'Apple via une compilation intermédiaire.

A la lumière de ces récents développements, Adobe a dit abandonner purement et simplement l'idée de développer Flash pour iPhone alors que la firme de San-José se concentre sur le développement de Flash pour les terminaux Android. Alors que des rumeurs évoquent qu'Adobe pourrait se tourner vers la justice pour obtenir gain de cause, d'autres voix se faisaient entendre dans la cacophonie ambiante visant à réduire à néant Flash. Et pas des moindres puisque Microsoft, via l'un des développeurs leaders de la nouvelle version 9.0 d'Internet Explorer, disaient croire tout comme Apple dans la technologie HTML 5 au détriment précisément du Flash. Plus nuancé, le développeur en question expliquait toutefois que la prochaine version d'Internet Explorer serait bien sûr compatible avec Flash pour permettre aux utilisateurs de profiter du contenu existant, tout en insistant sur le fait que Flash n'est pas l'avenir...

L'avenir serait donc le HTML 5 et Apple et Microsoft seraient tombés d'accord là dessus ? Une bien étrange position presque commune, quant on connait les antagonismes entre les deux compagnies. D'autant plus étonnant qu'on attendait que Microsoft vante les mérites de SilverLight... en vain ! Seul Google semble ici soutenir Adobe, en intégrant Flash dans Android... mais à bien y regarder le géant de la recherche développe dans le même temps une version HTML 5 de YouTube, alors que Chrome prend en charge le HTML 5.

Du coup, Adobe vient de se fendre d'une campagne de publicité sur les médias papiers américains mais également en ligne pour promouvoir la liberté (voir le site dédié)... du choix ! Cette campagne est l'occasion pour les deux co-fondateurs d'Adobe de s'exprimer publiquement et de répondre à certains des arguments de Steve Jobs. Une lettre qui cite la marque Apple une seule fois et se termine par une conclusion troublante : l'Internet ne peut être contrôlé par une seule compagnie. N'est ce pas là donner un peu trop de pouvoir à Apple ? Ou n'est ce pas une formule expiatoire visant en quelque sorte à clamer haut et fort qu'Adobe n'a jamais voulu contrôler l'Internet ?

Quoiqu'il en soit, la saga continue et l'objet de la lettre co-signée par Chuck Geschke et John Warnock est bien de défendre la stratégie poursuivie par Adobe avec sa technologie Flash tout en rappelant que Flash aurait été dès le départ conçu, dans les années 90 donc, pour être utilisé sur des ordinateurs de type tablette.

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La polémique concernant l'absence d'Adobe Flash sur iPhone, iPod Touch et iPad enfle jour après jour. Si on s'était plus ou moins fait à l'idée que le plugin le plus populaire du Web soit absent du smartphone d'Apple, prétendument pour "raison technique", on pouvait raisonnablement penser que l'iPad, plus performant, serait en mesure d'accueillir techniquement Flash… Pourtant, ce n'est toujours pas le cas.

Si ce n'est plus pour raison technique, pourquoi Apple boude-t-il Flash ? Steve Jobs en personne sort enfin du silence caractéristique de sa stratégie de communication et répond aujourd'hui à la polémique au travers d'une longue lettre ouverte en six parties. Il tente d'y démontrer que l'éviction de Flash de sa plateforme mobile n'est pas destinée à protéger l'écosystème de l'App Store.

Selon Steve Jobs, "Adobe prétend que l'App Store est un système fermé alors que Flash est ouvert, mais c'est en fait le contraire". Le PDG d'Apple rappelle, à juste titre, que "les produits Flash sont 100% propriétaires", et que, bien qu'Apple utilise de nombreux produits propriétaires lui aussi, à commencer par le système d'exploitation de l'iPhone, de l'iPod et de l'iPad, "Apple croit fortement que tous les standards relatifs au Web doivent être ouverts", d'où l'adoption de HTML5, CSS et JavaScript.

Quant à l'impossibilité de "profiter du Web dans toute sa richesse", prônée par Apple et dénoncée par Adobe, la firme de Cupertino répond que la plupart des plateformes de vidéo les plus populaires offrent une application compatible. Steve Jobs semble ici oublier sa volonté d'ouverture. De même pour les jeux vidéos en Flash, le fondateur de la firme rétorque qu'il suffit de se tourner vers l'un des 50 000 jeux disponibles sur l'App Store.

Viennent ensuite les raisons techniques, de stabilité, de performance et d'autonomie. "Flash est ainsi le premier facteur de plantage d'un Mac", d'après Steve Jobs. En outre, "pour obtenir une longue autonomie en lecture de vidéo, les dispositifs mobiles doivent décoder la vidéo de façon matérielle". L'homme reconnait que Flash prend désormais en charge le H.264, mais regrette que tous les sites de vidéo ne l'utilisent pas encore. Après avoir argué que l'absence de Flash ne pénalisait pas les sites de vidéo car les plus populaires offraient une application iPhone ou iPad employant ce codage propriétaire, Steve Jobs s'emmêle les pinceaux en utilisant maintenant les autres sites, ceux qu'il a pourtant ignoré un peu plus haut, comme contre-argument.

Autre motif, l'inadéquation de Flash aux écrans tactiles. L'iPhone, l'iPod et l'iPad n'offrent aucun moyen d'émuler un pointeur de souris, contrairement à d'autres terminaux qui sont compatibles avec Flash, et ne peuvent donc accéder à certains éléments d'animations Flash qui requièrent le survol de la souris. Steve Jobs oublie ici de préciser que ce problème n'est pas directement lié à Flash et qu'il peut également affecter des sites internet conçus en HTML5, CSS et JavaScript. Sans compter que la nouvelle version de Flash apporte une meilleure prise en charge du tactile.

Steve Jobs fait enfin l'impasse sur Flash 10.1, la future version unifiée et prenant en charge l'accélération matérielle, censé répondre aux critiques qui tiennent aujourd'hui. Pour l'heure, il n'est donc pas officiellement prévu d'adopter Flash. Quoi qu'il en soit, l'absence de Flash sur les dispositifs mobiles d'Apple a au moins le mérite de susciter un élan d'adoption du HTML5.

Et Steve Jobs de conclure : "Les nouveaux standards ouverts créés au cours de l'ère du mobile, tels que le HTML5, l'emporteront sur les dispositifs mobiles (et sur les ordinateurs aussi). Peut-être Adobe devrait-il passer plus de temps à l'avenir sur la création d'outils pour le HTML5, et moins à critiquer Apple qui laisse le passé derrière lui."
Round 3 ! La lettre ouverte de Steeve Jobs a relancé hier l'éternel débat de la vidéo sur Internet et Microsoft veut à son tour sa part du gâteau. "Il y a eu de nombreuses réactions concernant la vidéo et les formats de vidéo du Web récemment," peut-on ainsi lire en introduction d'un billet du blog officiel d'Internet Explorer. Doux euphémisme. "C'est une bonne opportunité pour parler du point de vue de Microsoft," ajoute-t-on.

Microsoft commence par rappeler son engagement envers le HTML5. "Le futur du web est HTML5," écrit sans détour Dean Hachamovitch, General Manager pour Internet Explorer, avant de rappeler que "la spécification HTML5 décrit la prise en charge de la vidéo sans spécifier un format vidéo en particulier". Et Microsoft d'annoncer à son tour quel clan il rejoint : "Internet Explorer prendra en charge la lecture de vidéo H.264 uniquement".

La firme de Redmond prend les devants et se montre rassurante à l'égard de ce codec propriétaire : "H.264 est le standard de l'industrie," se justifie-t-elle, tout en rappelant l'importance de l'accélération matérielle. "Grâce à cette standardisation, vous pouvez facilement publier sur Internet ce que vous avez filmé avec une caméra grand public, et le lire dans un navigateur internet ou sur n'importe quel système d'exploitation ou dispositif prenant en charge H.264 (tel qu'un PC sous Windows 7)".

Face à d'autres codecs, la firme met en garde contre la confusion entre "la disponibilité du code source et l'appartenance de la propriété intellectuelle pour ce code source," sans plus de détails. La propriété intellectuelle du H.264 présenterait ainsi l'intérêt d'être accessible au travers d'un programme bien défini géré par la MPEG LA. Les droits pour d'autres codecs seraient à contrario souvent moins clairs, d'après Microsoft.

Pour autant, Microsoft est moins critique qu'Apple à l'égard de Flash. La firme de Redmond édite pour rappel Silverlight, une technologie similaire qui répond donc indirectement aux mêmes critiques… Microsoft ne manque pas de critiquer Flash qui a "quelques problèmes, en particulier concernant la stabilité, la sécurité et les performances", mais ils travaillent néanmoins main dans la main avec Adobe pour les résoudre. "Flash reste un moyen important pour délivrer une bonne expérience utilisateur sur l'internet d'aujourd'hui," conclut enfin Dean Hachamovitch.

En défendant Flash, Microsoft cherche-t-il à défendre indirectement Silverlight ?

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