Une version de JoliCloud avec le moteur de Chrome

le 25/03/2010 à 22:02
Une version de JoliCloud avec le moteur de Chrome
Les développeurs du système Jolicloud, fondé par le français Tariq Krim, annoncent vouloir miser davantage sur le potentiel du HTML5 et présentent une nouvelle mouture embarquant la technologie du navigateur Chrome de Google. Rappelons que le système Jolicloud se base sur Debian et Ubuntu 9.10 et offre une interface spécialement conçue pour les netbooks.

A l'instar de Chrome OS qui devrait tirer parti des applications hébergées et des technologies web de mise en cache, Jolicloud, présenté en alpha en juin dernier, embarque à ce jour plus de 600 services web directement intégrés à l'interface utilisateur. Jusqu'à présent Jolicloud utilisait le moteur de rendu de Mozilla Prism pour intégrer une application en ligne au sein de la plateforme. La dernière mouture embarque désormais une version personnalisée de Chromium baptisée Nickel et permettant de présenter une application web en mode plein écran et de la faire tourner de manière native.

Notons également que le changement du moteur de rendu offre une meilleure gestion de la mémoire, un point non négligeable sur un système conçu pour netbooks. Les utilisateurs actuels de Jolicloud recevront une simple mise à jour. Il est également possible de télécharger le code source ici.

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Ce mois-ci, l'équipe chargée du développement de JoliCloud a annoncé le déploiement progressif de la version 1.0 de son système d'exploitation. Dévoilé en 2008, Jolicloud cible principalement les netbooks et a été développé sur une base Debian et Ubuntu. Le moteur de rendu, initialement propulsé par Firefox, a récemment été changé en faveur de Chromium. En mélangeant services web et logiciels natifs, le système tire parti du HTML 5 et embarque également Wine pour faire tourner les applications de Windows.

Clubic s'est entretenu avec Tariq Krim, fondateur de Jolicloud mais également de Netvibes. L'occasion de mieux cerner la stratégie de cet entrepreneur français qui parie sur l'ergonomie de son système et pour qui l'avenir réside incontestablement dans le service hébergé

Il existe déjà plusieurs systèmes spécialement conçus pour les netsbooks (UNR, Mandriva Mini, MeeGo). En quoi Jolicloud se différencie-t-il ?

Tariq Krim : Jolicloud a été le premier OS alternatif conçu pour netbooks avec l'idée que l'interface devait être simple et élégante et que le système devait utiliser au mieux les ressources de la machine.

Je pense que nous avons révolutionné la simplicité d'un OS alternatif. Nous avons développé des outils pour permettre à n'importe qui d'installer Jolicloud en 3 clics. Nous avons beaucoup travaillé pour que tout fonctionne du premier coup. Ubuntu par exemple ne fonctionne parfaitement bien qu'avec les machines pour lesquelles Canonical a des partenariats commerciaux comme Dell. Cette philosophie du confort de l'utilisateur d'abord nous a même obligés à faire des efforts supplémentaires pour que certains composants soient supportés, tels que les cartes graphiques GMA500 et Ion "out of the box". Nous avons été les seuls à le faire de manière systématique et avec l'envie que des non-habitués prennent du plaisir à l'utiliser.

Avec Jolicloud, notre première cible, c'est le netbook acheté sous Windows. Jolicloud permet de lui redonner une nouvelle vie sur le canapé, en vacances, dans les transports pour écouter de la musique et voir des films, mais nous observons que de plus en plus de professionnels l'utilisent pour travailler.

Nous avons investi beaucoup de temps pour produire une interface qui simplifie la vie des utilisateurs, un point qui m'est cher, en utilisant les technologies Web les plus modernes.

Nous avons voulu développer nos interfaces en JavaScript, HTML5, CSS3, et notamment utiliser des technologies très récentes comme les WebSockets. Grâce au mode hors-ligne, nous pouvons fonctionner même sans connexion Internet. De plus, comme nous maîtrisons le navigateur (Chromium), nous avons la possibilité de proposer des interfaces très élégantes et facilement mises à jour.

Les systèmes que vous évoquez sont basés sur une vision du passé, développés avec des technologies natives et des outils d'installation d'un autre âge.




Jolicloud mélange les applications locales et hébergées. Ne serait-il donc pas logique de coupler le système à un service de pages personnalisables accessible depuis n'importe quel navigateur, et pourquoi pas un rapprochement avec Netvibes ?

T.K : Les applications natives sont à terme appelées à être réinventées ou à disparaître. Des technologies comme Native Client et WebGL vont permettre de tout faire dans le browser. Pour l'instant ce n'est pas le cas, et pour utiliser Spotify, VLC ou encore Skype, il faut utiliser des programmes spécifiques. Pour offrir le meilleur des deux mondes, nous avons décidé d'intégrer le support des applications natives Linux et Windows (grâce à Wine).

Mais la prochaine étape c'est clairement les Web apps, des applications écrites en technologies Web mais dont l'interface se rapproche d'une véritable application. Le meilleur exemple qui me vient à l'esprit c'est 280 Slides qui remplace Keynote sur le Web.

Nous sommes très attentifs à l'évolution des services Internet qui remplacent les applications natives et nous avons mis en place un App Center qui répertorie déjà plus de 700 applications. Naturellement Netvibes en fait partie.




La sortie prochaine de Chrome OS et les partenariats OEM de Google sont-ils une menace pour vous ?

T.K : Nous ne le pensons pas.

Nos relations avec Google sont excellentes. Pour nous Chromium c'est le nouveau middleware de l'Internet.

Je pense que Jolicloud et Chrome OS ont deux stratégies de marché différentes. Avec sa taille, Google va privilégier la vente denetbooks avec Chrome OS préinstallé, quand Jolicloud propose aux utilisateurs qui ont une machine Windows d'installer un double boot Windows / Jolicloud. Techniquement, il devrait être possible d'acheter un netbook Windows, d'installer uniquement Jolicloud et de demander le remboursement de Windows, qui représente une part significative du prix de la machine. Je serais intéressé de savoir si certains de vos lecteurs ont tenté l'expérience.

Côté fonctionnalités, je pense que nous sommes vraiment allés plus loin au niveau de l'expérience HTML5 mais aussi au niveau de l'intégration de l'aspect social. Ce n'est que le début car nous avons beaucoup de choses qui vont encore améliorer la symbiose entre le Web et l'ordinateur.

Dans tous les cas, il est important que des acteurs comme Google soient présents pour faire évoluer les mentalités et notamment convaincre le monde de l'entreprise que Windows peut être remplacé par une solution Web.




Quelle fut la réaction des utilisateurs lorsque vous avez changé le moteur de rendu en utilisant celui de Chrome plutôt que celui de Firefox ?

T.K : Les gens ont bien compris notre démarche. Au delà de la vitesse de développement et la rapidité du moteur de rendu de Chromium, c'est la vision de Google pour faire avancer HTML5 et un meilleur support de Linux qui nous a poussé à faire la transition. Je pense que Mozilla a réussi son pari de fournir une alternative crédible à IE, mais n'a pas su encore s'adapter au monde “post-browser”. Je suis un supporter de Mozilla depuis ses premiers jours, mais pour en avoir parlé longuement avec John Lilly, ex-CEO de Mozilla, le navigateur en tant qu'application va disparaître et la seule chose importante sera le moteur de rendu que l'on pourra installer partout en tant que composant. Sur ce point WebKit a une bonne longueur d'avance sur Mozilla.

Avez-vous songé à signer quelques partenariats de distribution afin de déployer Jolicloud en tant qu'Instant OS ou comme système principal sur une tablette ?

T.K : Oui.

Combien de personnes travaillent sur Jolicloud ? (employés et communauté de dév compris)

T.K : Nous sommes une petite structure.

Quel est le modèle économique de Jolicloud. Pensez-vous faire de l'argent avec ce dernier ?

T.K : Jolicloud est gratuit et le restera. Nous réfléchissons à des services premium pour nos utilisateurs avancés, mais pour l'instant notre objectif est de convaincre des millions de personnes dans le monde qu'ils n'ont pas besoin de changer d'ordinateur pour avoir une machine plus rapide et simple à utiliser mais juste d'installer Jolicloud.

Une logithèque d'applications payantes pourrait-elle voir le jour ?

T.K : Vendre des applications marche bien dans les environnements fermés comme celui d'Apple. Vendre des applications Web me semble beaucoup plus compliqué. Notre vision c'est que comme pour le monde de la musique, le Web a ses majors et ses acteurs indépendants. Nous allons promouvoir les acteurs indépendants du Web et promouvoir leur services premium. Je crois plus à des logiques d'abonnements que du paiement à l'acte.

Que nous réservent les prochaines versions de Jolicloud ?

T.K : Beaucoup de bonnes surprises.




Vous êtes déjà connu pour avoir créé Netvibes, y a t-il d'autres projets qui vous intéresseraient à l'avenir, par exemple sur le marché du smartphone ?

T.K : Avec Netvibes nous avons démocratisé l'usage des widgets et notre Ecosystem préfigurait déjà le modèle de l'App Store. Je pense que le concept de widgets a évolué pour devenir des apps sur smartphones. Le marché actuel est fragmenté par la lutte entre Android et iOS pour devenir la plateforme dominante. Elles obligent les développeurs à produire différentes versions.

La tendance du "Web as the OS Interface", c'est-à-dire la possibilité d'avoir une machine qui démarre directement dans une interface HTML5 va bouleverser les équilibres dans le monde des smartphones. Android et iOS ont déjà une date d'expiration, peut-être 2 ou 3 ans encore, dans leur forme actuelle. Avec Safari, l'iPhone 4 a déjà des capacités de navigation aussi puissantes que l'iPad. Combien de temps avant que les performances ne soient plus question de la taille de la machine ?

Aujourd'hui, la plus petite résolution que nous supportons est le 7 pouces de l'Eee PC originel. Rien ne nous empêche dans le futur d'adapter Jolicloud à des écrans plus petits.

Je vous remercie
Lors du salon annuel LeWeb'10 qui se déroule actuellement à Paris, les plus grandes personnalités de la Toile se rassemblent et discutent des dernières technologies en nous dévoilant les prochaines tendances. A cette occasion nous avons rencontré Mitchell Baker, présidente de Mozilla qui revient sur Firefox, Thunderbird leur avenir ainsi que les prochaines ambitions de la fondation.

Votre partenariat avec Google prend fin en novembre 2011. Vous avez su réduire la part de leur apport financier. Envisagez-vous une stratégie financière qui apporterait davantage d'indépendance à Mozilla ? Par exemple dans le domaine des applications web ou des extensions ?

Mitchell Baker : Pour commencer nous aimons bien la stratégie fiancière actuelle pour plusieurs raisons, la principale étant que les utilisateurs de Firefox l'apprécient. Et pour nous c'est très important. Bien sûr nous ne sommes pas les seuls à dire cela mais dans notre cas c'est fondamental sinon les gens qui développent Firefox arrêteraient tout de suite leurs travaux. Par ailleurs nous avons toujours connu un monde de compétition intense donc nous devons avoir un produit que les gens apprécient. Nous aimons notre stratégie financière et c'est l'une des raisons pour laquelle nous n'avons pas choisi de diversifier cette dernière.

Cependant je pense que dans quelques temps nous introduirons des changements. Je ne sais pas de quelle manière pour l'instant il se pourrait que ce soit similaire à ce que nous avons aujourd''ui. Vous avez suggéré des application web, pourquoi pas. Il se peut aussi que ce soit autre chose. Ceci dit nous sommes une organisation à but non lucratif donc générer des revenus n'est pas notre mission principale.

Nous allons faire quelque chose dans le domaine des applications mais ce sera différent de ce qui existe déjà. et quand nous aurons trouvé une solution viable alors nous penserons au modèle économique par la suite. Pour nous les revenus ne sont qu'un moyen d'atteindre notre mission globale.

Et qu'en est-il des extensions ?

M.B : Nous réfléchissons à des moyens d'aider les développeurs à être payés pour leurs travaux sur les extensions et ce afin de créer une véritable stratégie et un écosystème. Il s'agira plus d'un marketplace avec des extensions gratuites et payantes.

Et pensez-vous prendre une commission sur les ventes ?

M.B : Je ne sais pas pour l'instant il s'agit d'un projet. Il est possible que nous prenions une commission pour faire tourner ce service.

Dès ses débuts, la mission de Mozilla était de forger un web plus ouvert et innovant. Aujourd'hui certains acteurs tels que Google et Opera sont innovants et Microsoft s'ouvre au HTML5. Votre mission est-elle achevée ? Quel est l'avenir de Firefox ?

M.B : Nous n'avons accompli que la première partie. Un marché ouvert et compétitif c'est très bien mais nous avons un certain idéal pour ce dernier. Il faut que ces critère puissent réellement impacter la vie des gens. L'on peut par exemple imaginer qu'il y ait beaucoup de choix mais rien de bien. L'on pourrait imaginer qu'il y ait une cinquantaine de navigateurs différents mais aucun d'entre eux respectant la vie privée. Certes il y aurait du choix, un marché compétitif mais finalement rien de valable pour l'utilisateur.

Il y a donc un autre but derrière cet objectif premier. Et si l'on observe le web d'aujourd'hui il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la gestion de la vie privée et la sécurité. Certes il y a Firefox mais il s'agit aussi d'influencer les éditeurs à suivre notre trace. Il y a aussi d'autres domaines comme par exemple pouvoir choisir son navigateur sur smartphone et dans deux mois Firefox 4 sera disponible en version finale sur Android.

Il y a aussi le marché très fermé des répertoires d'applications mobiles. Il n'y a pas d'interopérablité et pas d'intégration avec le web. En ce sens nous travaillons sur un web app store pour par exemple télécharger une même application sur différents terminaux.

Il y a beaucoup de projets au sein de Mozilla Labs. Certains sont actifs, d'autres non. Comment choisissez-vous vos priorités ?

M.B : Pour certains de ces projets, nous faisons une évaluation, en tirons de simples conclusions et l'arrêtons. Mais comme il est open source, n'importe qui peut choisir de le continuer. Pour déterminer nos priorités nous nous posons plusieurs questions. Cela résout-t-il un problème ? Si oui ce dernier est-il important ? Combien de personnes sont intéressées par ce projet ? Ce dernier résout-il un problème si bien qu'il mérite sa place au sein de Firefox ? C'était notamment le cas de Personas. Enfin doit-on en modifier son ergonomie pour le déployer auprès de tous les consommateurs ?

Et finalement qui se pose ces questions et prend les décisions ? Est-ce la communauté ou Mozilla ?

M.B : C'est un peu les deux. Chez Mozilla nous nous sentons au milieu de cette communauté. Il y a des leaders au sein de cette dernière ainsi que des prises de décisions par exemple sous la forme de votes. Il y a un vrai aspect communautaire et parfois les leaders peuvent dire : "wow ce projet était vraiment bien mais finalement les internautes utilisant leur navigateur 24h sur 24 n'ont tout simplement pas compris comment il fonctionnait".

Pourquoi le développement de Thunderbird n'est-il pas aussi rapide que celui de Firefox ?

M.B : Thunderbird est un produit différent pour plusieurs raisons. Il s'agit d'un client email avec les protocoles POP et IMAP. Pour l'instant ce n'est pas une plateforme dominante sur Internet si vous voyez ce que je veux dire.

Voulez-vous dire que plus de gens utilisent un webmail plutôt qu'un client ou qu'il y a plus d'internautes utilisant un navigateur qu'un client email ?

M.B : Effectivement tout cela est vrai. Mais vous savez si un navigateur évolue plus rapidement c'est parce qu'au-delà de l'interface graphique, l'architecture intérieure change aussi très rapidement. Sur Thunderbird, cette architecture ne change pas. La manière dont vous recevez ou envoyez vos emails n'a pas changé, nous utilisons toujours POP et IMAP.

Mais d'une certaine manière les réseaux communautaires n'ont-ils pas fait évoluer les communications ? Pourrions-nous voir l'introduction d'un gestionnaire global des différentes messageries des réseaux ?

M.B : Oui probablement. Nous avons d'ailleurs le projet Raindrop au sein de Mozilla Labs qui adressait justement ce problème. Ceci dit, au travers des retours que nous obtenons, il semblerait que la communauté de Thunderbird ne soit pas vraiment très claire sur le degré d'innovation qu'elle attend. Pour l'instant nous n'avons pas encore trouvé la bonne approche pour innover davantage. Certains ne veulent qu'un client email, d'autres attendent un peu plus. Ce n'est pas facile.

Pourtant au début de Firefox, les gens ne voulaient pas forcément une navigation par onglets. Ce n'était pas la norme. Il fallait changer ses habitudes et quelque part Firefox nous a imposé cette ergonomie.

M.B : Oui. Ceci dit aujourd'hui il nous semble que la communauté de Firefox est plus encline à accepter l'innovation et les changements par rapport à celle de Thunderbird. Peut-être est-ce dû à un plus grand intérêt pour le web d'une manière générale, je ne sais pas.

Hormis Firefox et Thunderbird, y aurait-il selon vous un autre produit que l'on pourrait placer à leurs côtés ?

M.B : Nous avons le service web Sync qui transfert les données de votre navigateur, les favoris, l'historique, les mots de passe. Pour la plupart des gens il ne s'agit que d'une fonctionnalité de Firefox et pourtant il s'agit bien d'un produit séparé. Mais la meilleure manière de le déployer auprès des internautes est bien de le présenter comme un service tiers à Firefox.

Nous allons dévoiler d'autres services web mais ces derniers seront probablement aussi perçus comme des fonctionnalités de Firefox. Aussi notre Web App Store fonctionnera dans tous les navigateurs, pas seulement Firefox.

Jolicloud et Flock ont abandonné le moteur de rendu Gecko pour Webkit. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

M.B : Gecko et Webkit sont de technologies similaires mais pas équivalentes. Peut-être Webkit collait plus à leurs besoins. Cela peut vous paraître bizarre mais nous apprécions cette compétition. Les gens doivent utiliser ce qui leur plait le mieux.

Pensez-vous qu'un modèle ouvert/fermé tel que Chromium/Chrome puisse trouver sa place sur Firefox ?

M.B : Non absolument pas. Pour nous il est impensable que le développement de Firefox soit séparé de la communauté.

Je vous remercie

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