YouTube : filtrage des contenus dès septembre ?

le 30/07/2007 à 20:15
YouTube : filtrage des contenus dès septembre ?
Google a profité d'une audience relative à la procédure qui l'oppose au groupe Viacom pour affirmer qu'une technologie de filtrage des contenus sera mise en place sur le portail YouTube dès le mois de septembre si tout se passe bien. Basée sur un système de reconnaissance des vidéos, elle serait aux dires de l'avocat de Google aussi sophistiquée que les technologies d'analyse d'empreintes digitales utilisées par le FBI. Cet optimisme a toutefois été tempéré par un porte-parole de la firme, qui a expliqué à IDG News Service que Google espérait effectivement avoir finalisé cette technologie à l'automne mais que la complexité de cette dernière laissait augurer de possibles retards.

Google envisage donc de fournir aux différents éditeurs de contenus une "empreinte" numérique qu'ils pourront inscrire au coeur de leurs vidéos. Lors de son envoi vers les serveurs de YouTube, une vidéo soumise au droit d'auteur serait détectée par comparaison de son empreinte avec une base de données alimentée par les ayants droit. Pour que le système se révèle efficace, il faut que cette empreinte résiste aux différentes modifications que sont susceptibles de faire subir les internautes à une vidéo.

Techniquement difficile à réaliser, le filtrage des contenus est devenu un enjeu majeur pour les services d'hébergement de vidéos qui se voient régulièrement menacés par les ayants droit. Aux Etats-Unis, Google est aux prises avec le groupe Viacom, qui lui réclame un milliard de dollars de dommages et intérêts. En France, le service Dailymotion a récemment été condamné pour avoir hébergé et diffusé une copie du film Joyeux Noël. Dailymotion devrait d'ailleurs prochainement faire appel aux services de la société Audible Magic, qui propose un outil de filtrage des contenus.

Le principe de la comparaison d'empreintes suppose que les éditeurs de contenus alimentent en empreintes les bases de données construites par les hébergeurs ou prestataires de services tels qu'Audible Magic, mais ces bases ne sont pas systématiquement partagées, ce qui risque de soulever de nouveaux problèmes.

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En ces temps troublés par les débats préliminaires au vote de la future loi "Création et Internet", voulue par l'Elysée et le ministère de la Culture, la société parisienne CoPeerRight Agency sort de la pénombre et explique à Clubic.com que le dispositif de riposte graduée pourrait certes endiguer une partie du piratage mais qu'il existe une solution tout aussi efficace, et plus simple à mettre en place : le filtrage des sites qui permettent d'accéder à des liens de téléchargement P2P ou à des contenus protégés par le droit d'auteur.

Spécialisée dans les outils de détection des pirates, CoPeerRight Agency a défrayé la chronique à plusieurs reprises ces dernières années, notamment en tentant de mettre des bâtons dans les roues de l'un de ses concurrents en 2005, arguant d'un brevet protégeant les méthodes de détection d'un internaute sur les réseaux P2P. Une réputation sulfureuse, voire franchement hasardeuse pour les défenseurs des libertés individuelles, mais qui ne semble guère déranger la firme. Ainsi parle-t-elle d'un "nuancier de tons amers ou enjoués" au sujet des articles de presse la concernant.

Entretien avec Mathieu Gaudet, responsable de la communication chez CoPeerRight Agency, autour de la question, ô combien polémique, du filtrage des sites Web.

Clubic.com : Mathieu Gaudet, bonjour. Avant tout, pouvez-vous nous rappeler quelles sont les principales activités de CoPeerRight Agency en matière de lutte contre le piratage ?

Mathieu Gaudet : Notre activité consiste à protéger les oeuvres de nos clients et les droits qui y sont associés, sur Internet. Nous disposons d'un certain nombre de technologies qui nous permettent de répondre à un triple objectif de prévention, de dissuasion et de brouillage. Par prévention, nous entendons le ciblage et le repérage des principaux diffuseurs de contenus protégés par le droit d'auteur. En matière de dissuasion, nous sommes par exemple en mesure d'envoyer des messages d'avertissement aux internautes en passant par les messageries instantanées intégrées à des clients comme eMule ou Shareeza.

Enfin, le brouillage consiste à élaborer ce que nous appelons des fichiers leurre, qui sont ensuite envoyés sur le réseau pour encombrer les files d'attente, et rendre plus difficile l'accès aux fichiers dont l'échange est illégal. En France, nous nous cantonnons aux deux dernières activités, puisque ce sont les seules pour lesquelles nous avons obtenu l'aval de la Cnil.

En quoi selon vous le dispositif de riposte graduée souhaité par le gouvernement ne convient-il pas à la situation actuelle ?

C'est un dispositif très lourd, coûteux et qui implique de compiler des milliers d'adresses IP. Dans les pays où elle est déjà en vigueur, la riposte graduée a montré qu'elle pouvait se révéler efficace. Le problème est que depuis trois ans, on attend cette loi. Trois ans pendant lesquels il aurait été possible d'engager une action, et par exemple de commencer à cibler les premiers diffuseurs, puisque c'est de ce petit groupe de deux ou trois cents personnes au maximum que part la quasi-totalité des fichiers. Au final, si la riposte graduée n'est pas retenue, on aura perdu trois ans. Le cadre légal existe, les outils existent, mais pour l'instant rien ne se passe.

Dès lors, que suggérez-vous ?

Nous souhaitons alerter les pouvoirs publics sur le fait que de plus en plus de sites Web diffusent des liens de téléchargement P2P, BitTorrent ou eDonkey. Nous en avons identifié plus de 200, francophones, qui recensent des liens à caractère illégal, auxquels s'ajoutent bien sûr les grands comme The Pirate Bay, Mininova ou SnowTigers. En filtrant l'ensemble de ces sites, on obtiendrait très rapidement une baisse du nombre de téléchargements illégaux, sans qu'il soit nécessaire de légiférer ou d'engager d'importantes sommes d'argent. Suite au blocage de certains sites comme The Pirate Bay en Italie (prononcé en août, mais levé le 25 septembre dernier, NDLR), nous avons immédiatement observé une nette diminution des échanges effectués à l'aide de BitTorrent.

Les sites comme The Pirate Bay parviennent pourtant régulièrement à obtenir gain de cause auprès des tribunaux lorsqu'on tente de les bloquer. Le cas Sharemula en Espagne en est un exemple. Que répondriez-vous à leurs objections ?

Sharemula a effectivement gagné en appel en Espagne, mais il y aura sans doute une nouvelle défense. Les administrateurs de ce type de sites se défendent en expliquant qu'ils n'hébergent directement aucun fichier. Nous pensons cependant que dans la mesure où ils qualifient les liens, ils opèrent un contrôle des contenus qui sont diffusés chez eux. Les liens de nos fichiers leurre sont par exemple régulièrement supprimés après quelques heures. Les sites comme YouTube ou Dailymotion se retranchent aussi derrière le statut d'hébergeur, mais eux suppriment les fichiers problématiques lorsqu'on leur demande.

Admettons qu'un filtrage efficace et exhaustif soit mis en place. Certains arrêteraient sans doute de télécharger, mais l'on sait pertinemment qu'il n'est pas très difficile de contourner ce genre de protection. Proxys, chiffrage des contenus, anonymiseurs d'IP ou, encore plus simple, un client comme eMule, qui intègre un moteur de recherche et permet donc de se dispenser des sites d'échange de liens ?

Nous serons là pour anticiper certaines parades. Après tout, il a fallu plusieurs années à un site comme SnowTigers pour connaitre cette popularité, il ne serait donc pas difficile de détecter ses successeurs. Avec eMule, la donne est différente, mais il nous reste la possibilité d'envoyer des messages de dissuasion et d'utiliser des leurres pour rendre le téléchargement illégal assez contraignant pour en détourner les internautes.

Filtrer les sites qui diffusent des liens P2P ou qui proposent le téléchargement direct de fichiers n'enrayerait peut-être pas le piratage, mais aiderait à en limiter la portée. On sait qu'il restera toujours entre 10 et 20% d'irréductibles, mais nous estimons être en mesure de proposer une solution simple à mettre en oeuvre, respectueuse des internautes dans la mesure où l'on n'accumule pas des dizaines de milliers d'adresses IP et, enfin, ne nécessitant pas le vote d'une nouvelle loi.Mathieu Gaudet, merci.

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