Entretien avec Opera Software

le 09/10/2008 à 23:45
Entretien avec Opera Software
Hier, Opera Software a annoncé la sortie de la version 9.6 de leur navigateur. Afin de promouvoir cette nouvelle version et de sensibiliser les Français aux standards du web, l'équipe norvégienne sillonne les campus des grandes villes de l'Hexagone. A cette occasion Clubic s'est entretenu avec Johan Borg, vice-président du département des produits pour le grand public, Charles McCathieNevile, chargé du respect des standards W3C et Dieu Anh Le Vu, assistante Marketing.

Clubic.com : Lorsque l'on voit les autres navigateurs intégrer les fonctionnalités que vous avez inventées, telles que la navigation par onglets, la navigation web gestuelle ou le Speed Dial, vous répondez généralement être plutôt flattés qu'outragés. Mais les développeurs de ces autres navigateurs vous demandent-il la permission de reprendre telle ou telle fonctionnalité ?

Johan Borg : Non, pour être franc il n'y a aucune communication. Quoiqu'en y repensant, c'est arrivé une fois et c'est Microsoft qui nous a téléphoné à propos d'une fonctionnalité mineure, ils voulaient s'assurer que cela ne nous dérangeait pas ».

Charles McCathieNeville : Nous communiquons discrètement avec les équipes des autres navigateurs principalement en ce qui concerne les failles de sécurité. C'est sans doute le plus important. Si jamais on découvre que quelque chose ne va pas alors on les prévient ».

On dit souvent qu'Opera est le navigateur le plus rapide. En revanche quels sont les points négatifs que vous recevez le plus fréquemment de la part de vos utilisateurs ?

CM : Que ce n'est pas super populaire ! (rires).

JB : C'est une bonne question, certains souhaiteraient changer les boutons ou certains éléments de l'interface. La demande qui revient le plus souvent, c'est la possibilité d'avoir des extensions comme Firefox.

CM : Mais en fait, on intègre des outils similaires directement dans le navigateur. Par exemple, Dragonfly est l'équivalent de Firebug et UserJS est le GreaseMonkey d'Opera.

JB : Généralement ces critiques tournent autour des points forts de nos concurrents, et notamment le fait qu'Opera ne soit pas open source.

Justement, à ce sujet, pourquoi avoir décidé ne pas ouvrir votre code source aux développeurs ?

JB : Pour faire comme Netscape, non je crois pas ! (rires).

CM : On n'a pas la motivation d'être open source. On ne veut pas perdre de temps.

JB : On ne veut pas dire du mal de l'open source, mais Firefox n'est qu'une couche sur le code de Netscape. Finalement, le plus intéressant dans ce système, c'est l'interface graphique à laquelle les utilisateurs peuvent collaborer avec les thèmes ou les extensions.

CM : Et puis notre modèle permet de payer les développeurs.

Dans la version 9.6 d'Opera vous avez travaillé sur Opera Link, la fonctionnalité de synchronisation des données. Pourrait-on envisager une synchronisation sur les serveurs d'Opéra avec des services web pour proposer quelque chose de similaire à MobileMe d'Apple ?

JB : Opera Link est environnement de développement sur lequel on peut rajouter plusieurs fonctionnalités. Cela peut donc être envisageable.

CM : Nous allons à notre rythme et nous faisons ce qu'il faut pour que l'outil soit utilisable. Nous avons encore beaucoup de travail sur Opera link. Nous ne souhaitons pas copier intégralement MobileMe mais effectivement nous allons dans cette direction.

Opera est très attaché à l'optimisation du web, comment réagissez-vous face à des applications web 2.0 faisant usage du JavaScript, parfois à outrance ?

CM : Et bien nous essayons d'alléger la page en intégrant directement dans le navigateur des éléments de l'interface de programmation de ces services web. Par exemple, une simple fonctionnalité tel qu'un menu déroulant peut faire plusieurs dizaines de lignes de code et nous réduisons tout cela à une ou deux lignes dans le moteur d'Opera. Au final, l'affichage de la page est plus rapide et la consommation de mémoire vive est globalement réduite. Aussi, nous essayons de sensibiliser les gens aux standards du web.

Quelles sont vos relations avec le consortium W3C ?

CM : Et bien en fait je faisais partie de cet organisme avant. Nous sommes deux ou trois chez Opera à venir de ce milieu.

Si Opera n'existait pas, quel navigateur utiliseriez-vous ?

CM : Il faudrait l'inventer ! (rires). J'ai essayé plusieurs navigateurs par le passé et si j'utilise Opera aujourd'hui c'est parce qu'il me donnait la possibilité de bloquer les publicités ! Je pense que j'utiliserais Omniweb.

JB : Moi, ça serait Flock, juste parce qu'il est beau.(rires)

Parlons un peu d'Opera Mobile. Lorsque je surfe sur mon téléphone, vous compressez les pages web sur votre serveur pour me les renvoyer plus rapidement. Pourrions-nous imaginer qu'un jour Opera y intègre des publicités côté serveur ?

JB : Techniquement, c'est tout à fait possible à réaliser.

CM : Nous n'intégrerions de la publicité que si cela porte un intérêt pour l'utilisateur.

JB : Pour cela il faudrait être sûr de bien cibler l'utilisateur. Les publicités contextuelles de Google dans les résultats du moteur de recherche, par exemple, ne sont pas toutes pertinentes.

Microsoft travaille sur Internet Explorer Mobile 6, Google a levé le voile sur Chrome Light pour Android et Mozilla prépare son navigateur mobile Fennec. Tout cela ne vous fait-il pas peur?

JB : Internet Explorer Mobile 6? Ca fait quoi... 7 ans qu'ils travaillent dessus ?! (rires)

CM : Pour Opera Mobile, nous avons inventé un affichage qui s'adapte à l'écran. Mais nous avons encore beaucoup de choses à faire. Le logiciel peut être encore largement amélioré.

JB : Nous vendons Opera Mobile aux opérateurs et aux fabricants de téléphones. Ce modèle est particulièrement développé au Japon. Cela fait dix ans que nous sommes sur le marché du téléphone portable. Je pense qu'il sera plus difficile pour Mozilla de pénétrer sur ce secteur.

Et Chrome Light n'est-il pas une nouvelle menace pour Opera Mobile?

CM : Non, ca ne nous fait pas peur. Au contraire, cela développe l'esprit de compétition. Pour reprendre le proverbe d'un de mes collègues sud-africains : le matin, dans le désert, la gazelle se lève et sait qu'elle devra courir pour ne pas être mangée par le lion. Mais le lion sait aussi qu'il devra courir pour chasser la gazelle et ne pas mourir de faim. Au final, l'important pour tout le monde, c'est de courir et d'aller de l'avant !

Pensez-vous développer pour la plateforme Android ou l'iPhone?

JB : Le marché de l'iPhone n'est pas très intéressant notamment parce qu'Apple bloque le développement. En revanche, pour Android, il faut voir ce que ça va donner. Si cela devient populaire alors effectivement, cela peut être intéressant.

Pensez-vous qu'il soit pertinent d'intégrer de nouvelles technologies web dans Opera Mobile comme Flash ou Silverlight?

CM : J'aimerais bien que Flash disparaisse, le web est mieux sans Flash! (rires). Flash complique la vie du développeur web. Aujourd'hui il est possible de remplacer Flash en utilisant les standards du web.

JB : Par ailleurs, ce serait plus simple si Flash ne nécessitait pas l'installation d'un plug-in.

Et après Opera 9.6?

JB : Il y aura Opera 10! (rires)

CM : Oui, nous travaillons actuellement sur Opera 10.

Pas de version 9.7 donc?

JB : Mmmm on ne sait pas encore. Opera 9.6 est une version intermédiaire.

CM : En fait, Opera 10 ne devrait pas trop tarder et sortira plutôt dans quelques mois que dans quelques années.

Merci

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Au mois de janvier dernier, Opera Software portait plainte devant la Commission Européenne en pointant du doigt la monopole de Microsoft sur le marché des navigateurs. La firme norvégienne estime en effet que l'intégration d'Internet Explorer à Windows porte préjudice aux logiciels concurrents. Cet argument fut ensuite repris par la fondation Mozilla et Google qui ont publiquement soutenu la plainte d'Opera Software. Quelques semaines plus tard, Microsoft annonçait sur l'un de ses blogs officiels qu'Internet Explorer 8 pourrait être désinstallé de son prochain système d'exploitation Windows 7. Clubic s'est penché sur le sujet et s'est entretenu avec Jon S. von Tetzchner, PDG d'Opera Sofwtare.

Sur le blog Engineering Windows 7, Microsoft a clairement annoncé qu'Internet Explorer 8 pourrait être désinstallé du système d'exploitation Windows 7. Pensez-vous que cette initiative soit la conséquence directe de la plainte d'Opera Software déposée auprès de la Commission Européenne en janvier dernier ?

Jon S. von Tetzchner : Nous pensons effectivement que c'est la cas. Pour Microsoft, il s'agit d'une première car ils ont intégré Internet Explorer au sein-même du système de fichiers. Je pense que leur intention de permettre la désinstallation complète d'Internet Explorer 8 rendra Windows plus sécurisé.

Mais ne nous voilons pas la face, Microsoft a l'habitude de ne pas tenir ses promesses. Il s'agit d'ailleurs d'un point important de la plainte que nous avons déposée. Nous voulons que Microsoft tienne sa promesse et adopte finalement les standards du web. C'est bien beau de tenir des discours mais il faudrait songer à passer à l'action. Notre plainte oblige Microsoft à rendre le web plus ouvert et interopérable. J'aurais souhaité que les choses se passent autrement mais la réalité est là : nous avons dû procéder à des actions judiciaires.

Vous avez récemment annoncé que la désactivation d'IE8 au sein de WIndows 7 n'était pas suffisante. Dans la mesure où l'utilisateur requiert un navigateur initial afin de télécharger un logiciel alternatif, selon vous quelle serait la solution idéale ? Si Opera venait à être installé par défaut sur Windows, ne serait-ce pas au détriment de Firefox, Chrome ou Safari ? Peut-on réellement imaginer que Windows embarquerait par défaut l'ensemble des navigateurs existants? Concrètement quelle serait votre solution idéale ?

JSVT : Il est clair qu'aujourd'hui un ordinateur nécessite un navigateur. Nous ne suggérerons jamais qu'une machine soit livrée sans un tel logiciel. Cependant, il existe des manières de permettre à l'internaute de choisir son navigateur favori, lors de l'installation de Windows, par exemple. Ce serait facile de faire en sorte que Windows installe le navigateur via un mécanisme complètement transparent pour l'utilisateur.

Nous ne voulons pas rendre la tâche compliquée pour les gens souhaitant surfer sur Internet. Pour cette raison, l'approche que nous avons choisi protège non seulement les notions de choix et d'innovation sans pour autant contraindre l'utilisateur.

Selon un récent entretien recueilli par Beta News, vous expliquez qu'il n'est pas très important qu'une petite distribution de Linux embarque tel ou tel navigateur par défaut car cette distribution « ne change pas la dynamique du marché » contrairement à Windows. Cependant, cela ne contredirait-il pas votre argument initial, à savoir, le consommateur doit être en mesure de choisir son navigateur ?

JSVT : En ce qui concerne l'intégration d'un navigateur au sein d'un système d'exploitation, je comprends ce point de vue. Cependant ce n'est pas le cas. Windows est un cas à part car il représente plus de 90% du marché du système d'exploitation. A cause de la dominance d'Internet Explorer (grâce au monopole de Windows), les développeurs web sont forcés de coder pour Internet Explorer. Au final Microsoft s'est permis de faire l'impasse sur les standards du web. Pourtant ces derniers sont garants d'un web ouvert pour tout le monde et permettre une véritable interopérabilité. Si le lecteur de cet article devrait retenir quelque chose c'est bien que cette bataille a pour but de rendre le web interoperable et ouvert pour tous.

Que pensez-vous de la déclaration de Sundar Pichai, VP chez Google, qui expliquait : « nous allons probablement commencer des partenariats de distribution (...) il se pourrait que nous travaillions avec des fabricants OEM afin qu'ils vendent des ordinateurs sur lesquels Chrome serait pré-installé ». Ne s'agirait-il pas là encore d'établir une sorte de monopole similaire ? Avez-vous envisagé de tels partenariat OEM ?

JSVT : Pendant longtemps Microsoft a interdit ses partenaires OEM d'installer d'autres navigateurs. Même si les OEM peuvent désormais ajouter d'autres logiciels sur les PC tournant sous Windows, cela aurait pour conséquence d'établir un autre monopole sur le marché dominant du PC, qui pourrait par la suite affecter l'interopérabilité du web et son ouverture.

Bien sûr nous nous sommes penchés sur de tels partenariats OEM. Nous nous sommes même heurtés aux avocats de Microsoft chargés d'étudier la question des navigateurs alternatifs. Par ailleurs nous aurions dû payer les fabricants OEM pour installer Opera. Au final, cela revient très cher et je préfère dépenser de l'argent là où c'est utile comme dans la recherche et le développement pour s'assurer d'être au top de l'innovation et en promouvant les standards du web qui rendront l'Internet plus ouvert et plus interopérable.

Je vous remercie.
En début d'année, la firme norvégienne Opera Software annonçait le rachat de la régie publicitaire AdMarvel. Cette acquisition devrait permettre d'assurer un modèle économique relativement stable. Selon les termes de cet accord Opera versera la somme de 8 millions de dollars auxquels viendront s'ajouter 15 millions supplémentaires si certains objectifs financiers sont atteints après une période de deux ans.

Hier soir, Opera a annoncé que sa plateforme était désormais ouverte aux annonceurs. Baptisée Open Mobile Ad Exchange cette dernière devrait donc se placer face à iAds d'Apple ou encore AdMob de Google. Selon Opera Software, les annonceurs ainsi que les opérateurs mobiles, avec lesquels la firme entretien divers partenariats, devraient pouvoir publier leurs publicités auprès de 66,5 millions de mobinautes. La plateforme propose également des outils de gestion pour les campagnes publicitaires ainsi que des rapports de trafic en temps réel.

Distribué gratuitement pour les utilisateurs de Windows Mobile, Android, BlackBerry, iPhone, Maemo, Symbian S60 ou n'importe quel téléphone compatible Java, le navigateur Opera Mini enregistre continuellement une forte croissance. Il faut dire qu'Opera fut l'une des premières sociétés à proposer la compression des pages web avant de les retourner aux mobinautes pour une navigation plus rapide. Ces douze derniers mois le nombre de pages vues affiche d'ailleurs une hausse de +143,2%.

Pour de plus amples informations sur Open Mobile Ad Exchange, rendez-vous ici.

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