Google : le respect de la vie privée n'existe pas

le 01/08/2008 à 22:21
Google : le respect de la vie privée n'existe pas
Le service Google Street View, qui prend vie peu à peu tout autour de la planète, continue d'essuyer les critiques. Le géant de la recherche propose par le biais de ce service de se promener dans les rues d'une sélection de ville au travers de photographies panoramiques. Ainsi en France on peut d'ores et déjà visiter virtuellement l'ensemble du parcours du Tour de France. Bien que la plupart des visages et des plaques d'immatriculations soient déjà masqués, la CNIL a déjà réagi, réclamant de la part de Google que ses utilisateurs soient clairement informés de leurs droits. Un formulaire permettant de signaler les clichés non conformes est à disposition des utilisateurs du service mais la mesure est jugée insuffisante par la commission française.

Suite à cette affaire et à de nombreuses autres aux États-Unis, c'est maintenant au tour de Privacy International de dénoncer le service. L'organisation britannique estime qu'en publiant à des fins commerciales des photographies sur lesquelles apparaissent des passants, Google ne respecte pas les lois sur la protection de la vie privée. Dans le cadre d'une affaire l'opposant à un couple américain, Google a déclaré que "le respect total de la vie privée n'existait pas dans ce monde, excepté dans le désert, et qu'à moins d'être un ermite, tout le monde devait s'attendre à faire face à ce genre d'incidents habituels dans la vie en communauté dans laquelle nous vivons." C'est ce qu'ont récemment répondu les avocats de Google à la plainte prononcée par ce couple dont la maison s'est retrouvée sur Street View, vraisemblablement photographiée depuis une voie privée.

Le géant de la recherche regrette que les plaintes soient formulées auprès des autorités plutôt qu'au travers de son formulaire et précise qu'il a retiré les images de la maison concernée dès le dépôt de la plainte. La solution commence à être déployée, en Europe dans un premier temps où Google emploie un système entièrement automatisé qui floute les visages ou les plaques d'immatriculation. À grande échelle cette technologie s'avérerait extrêmement coûteuse au point de remettre en cause la viabilité du produit.

A lire également

Entre respect de la vie privée et espace de liberté, quel avenir pour le Web de demain? Une nouvelle fois, le débat se pose. Avec le licenciement, en février, d'un surveillant accusé « d'incitation à la haine (...) à partir de documents vidéo en ligne (...) », la question de la maitrise de l'identité en ligne revient sur le devant de la scène.

Une étude de l'école d'informatique Epitech révèle que 95% des internautes sont conscients de laisser des traces sur le Web. 94% d'entre eux sont même conscient qu'il est possible d'espionner les échanges qui s'y déroulent. Une conviction à laquelle Julien Combe ne semble pas avoir adhéré. Ce surveillant de 32 ans avait pris l'habitude de diffuser des sketchs sur le site Dailymotion. Malheureusement pour lui, son employeur à découvert ces vidéos et l'a licencié pour « incitation à la haine et à la violence à partir de documents vidéo en ligne sur Internet (...) ». L'une des vidéos, encore en ligne et d'une durée de 5 minutes, le montre interprétant un personnage exaspéré par le bruit des gens participant à la Féria de Nîmes, avec en main de la dynamite et une kalachnikov (factice). Une attitude « (...) incompatibles avec l'exercice d'une fonction éducative au sein d'un établissement public local d'enseignement », explique le lycée Albert-Camus de Nîmes.

Cet accrochage met à nouveau en lumière le flou régnant au sein de la toile sur ce sujet. En effet, selon l'Epitech, alors que 46% des internautes déclarent ne pas s'inquiéter des traces laissées, 56% ne pas se sentir espionnés et 49% ne pas adapter leur comportement, de plus en plus d'employeur passent par la case Google pour préparer une embauche. Ainsi, aux États-Unis, alors que 70% des personnes postulent via Internet, plus de 50% d'entre eux ne seraient pas choisis pour cause de mauvaise réputation virtuelle. Une tendance en progression en France.

Car, paradoxalement, malgré une conscience aigüe de la possibilité d'être espionnés, les internautes sont un peu plus de 60% à refuser un renforcement de la sécurité au prix d'un affaiblissement du droit à la vie privée et 78,6% à trouver inacceptable une intrusion de l'État, dans les échanges électroniques. Malgré tout, 79,9% d'entre eux pensent que les nouvelles technologies risquent de mener, à terme, à un filtrage automatisé et généralisé de l'ensemble de la population.

« Ce qu'il faut retenir, c'est que chacun doit être un acteur responsable dans sa propre navigation et faire preuve, en permanence, de vigilance, au risque d'en subir un jour les conséquences. Entre la paranoïa et la diabolisation d'Internet, il existe un juste milieu », explique Nicolas Sadirac, directeur de l'Epitech.

Reste une solution. Un marché en pleine expansion : celui du « nettoyage de réputation virtuelle ». Aux États-Unis, ClaimID, ReputationDefender ou encore Trust Plus sont déjà sur le pont. Ces entreprises proposent des abonnements mensuels pour identifier et éliminer toutes les informations embarrassantes concernant un utilisateur, effacer les informations des banques de données (Facebook, Myspace...), les informations bancaires (traces des cartes de crédit) ou encore construire une réputation en ligne toute neuve. Il devient ainsi possible de maitriser son identité virtuelle. Reste à savoir où situer la limite entre censure et liberté, sur ce média qui, il y a encore peu était considéré comme insaisissable.

Commentaires

Ecrire

Ecrire un message

Votre message vient d'être créé avec succès.
LoadingChargement en cours