Plus d'internautes en Chine qu'aux Etats-Unis ?

le 25/04/2008 à 20:44
Plus d'internautes en Chine qu'aux Etats-Unis ?
Censures et blocages divers n'empêcheront pas la Chine de devenir une super puissance de l'ère numérique, semble vouloir dire l'Empire du milieu, qui revendique cette semaine le titre de nation dotée de la plus importante population d'internautes au monde.

D'après le Centre d'information du réseau Internet en Chine (CNNIC), un organisme étatique, la Chine compterait aujourd'hui 221 millions d'internautes soit autant que les Etats-Unis si l'on en croit l'institut Nielsen Netratings. Avec un taux de croissance affiché de 61% depuis le début de 2007, la Chine devrait rapidement conforter son avance, toute fraiche, sur les Etats-Unis.

Pour autant, le taux de pénétration de l'Internet en Chine, actuellement fixé à 16%, reste inférieur à la moyenne mondiale, qui est de 19,1%. Selon les autorités locales, la population d'internautes chinois atteindrait 280 millions d'individus fin 2008. Nielsen pondère toutefois ces chiffres, en expliquant qu'en Chine, un tiers des internautes se connectent depuis des cybercafés, alors que la population américaine surfe depuis son domicile ou son lieu de travail.

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Faire du passage à IPv6 une priorité nationale ? C'est l'idée que défendent certains représentants de l'organisme étatique China Internet Network Information en Chine : ils estiment en effet que le parc d'adresses IP actuellement disponibles sera tari d'ici 830 jours, soit en 2011. Au delà de cette date, les 4,2 milliards d'adresses IP autorisées par le réseau actuel seront complètement saturés, et il sera de plus en plus difficile de créer de nouvelles connexions à Internet.

Aujourd'hui, l'essentiel des infrastructures Internet repose sur le protocole IPv4, au sein duquel chaque périphérique connecté au réseau dispose d'un identifiant unique, son adresse IP. Avec Ipv4, cet identifiant est une série de 32 caractères binaires, et le réseau ne permet qu'un total de 232 adresses, bientôt épuisé. Le protocole IPv6 prévoit quant à lui que l'identifiant soit codé sur 128 bits, ce qui ouvre la voie à un parc mondial quasi illimité (le nombre d'adresses est alors égal à 2128, ce qui donne un nombre de l'ordre de 34 suivi de 37 zéros).

Selon le China Internet Network Information, la transition vers IPv6 serait déjà bien amorcée en Europe et aux Etats-Unis, mais n'aurait qu'à peine commencé en Chine. Elle suppose en effet l'implication de l'ensemble des acteurs et tout particulièrement des opérateurs et fournisseurs d'accès qui doivent opérer certaines modifications au niveau de leurs équipements.

Pour le gouvernement de l'Empire du Milieu, qui s'enorgueillit depuis peu de compter la plus large population d'internautes au monde, il importe de ne pas se laisser distancer et surtout, de ne pas manquer le virage de l'Internet faute d'adresses IP disponibles. En Europe, la question ne laisse pas non plus indifférent : fin mai, la Commission européenne affirmait en effet sa volonté de sensibiliser opérateurs et pouvoirs publics à la question afin que 25% du réseau soit passé à l'IPv6 avant 2010.
Toujours plus sophistiquée, la censure d'Internet en Chine "n'a pas d'équivalent dans le monde", selon un rapport rédigé par un entreprenaute chinois anonyme, avec le soutien de Chinese Human Rights Defenders (CHRD) et de Reporters sans frontières (RSF).

Dans un communiqué daté du 10 octobre 2007, l'organisation de défense de la liberté de la presse affirme que l'Etat et le parti communiste chinois "ont déployé des ressources humaines et financières colossales pour empêcher l'émergence d'une véritable liberté d'expression sur Internet", notamment en plaçant les sites d'informations "sous la tutelle éditoriale d'organes de propagande".

Depuis 2005, une licence spécifique doit être obtenue auprès des autorités chinoises pour diffuser légalement des informations sur Internet, y compris des données déjà diffusées par les médias officiels. Les multinationales du Net actives en Chine ont elles-mêmes reconnu avoir transmis aux autorités des informations concernant les utilisateurs de leurs services en ligne. Certains d'entre eux, accusés de dissidence, ont été arrêtés et emprisonnés depuis.

Yahoo, Google, Microsoft et d'autres estiment qu'il est préférable pour les Chinois de disposer d'un accès biaisé et contrôlé à l'information, plutôt que rien du tout. Par ailleurs, il semble qu'une multinationale soit prête à renier certaines de ses valeurs (la libre expression est inscrite dans la Constitution des Etats-Unis) pour se développer sur un marché à fort potentiel comme la Chine, entre régime communiste et économie de marché. Le pays compte, à ce jour, plus de 162 millions d'internautes, parmi eux 19% de blogueurs, et 1,3 million de sites répertoriés (CNNIC).

A la veille du 17ème congrès du parti communiste chinois, à moins d'un an des Jeux olympiques de Pékin, la publication du rapport "Voyage au coeur de la censure d'Internet" est l'occasion pour les organisations RSF et CHRD d'appeler les autorités chinoises "à assouplir leur surveillance et leur contrôle d'Internet pour que les Chinois puissent exercer leurs droits à l'expression".

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