Les ventes de CD sont toujours en baisse

le 07/01/2008 à 19:01
Les ventes de CD sont toujours en baisse
La chute des ventes d'albums aux Etats-Unis se confirme. En 2007, plus de 500 millions d'albums ont été vendus, supports physiques et fichiers numériques confondus, soit une baisse de 15% sur un an, d'après une étude publiée par Nielsen SoundScan. C'est le recul le plus important enregistré depuis 1993.

Il faut toutefois préciser que si les ventes de CD sont en chute libre (avec -19% sur un an), les ventes de musique numérique ont tout de même augmenté de manière significative. Ainsi, la vente de titres en mode numérique a progressé de 45% sur un an, à 844,2 millions d'unités vendues, la vente d'albums a augmenté de 53% à 50 millions d'unités.

La musique numérique représente désormais 10% des ventes totales d'albums aux Etats-Unis, soit deux fois plus qu'en 2006. Quoi qu'il en soit, la progression des ventes de musique numérique n'est pas assez importante pour compenser la chute des ventes de CD audio.

Du côté des majors du disque, Universal Music Group compte pour près de 32% des ventes totales d'albums outre-Atlantique, Sony-BMG pour 25%, Warner Music pour 20,3% et EMI pour 9,4%.

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Pour le SNEP, qui représente les intérêts des éditeurs de musique en France, le constat du premier semestre 2008 est sans appel : avec des ventes de disques toujours en baisse, et un secteur de la musique numérique qui ne parvient absolument pas à compenser le déclin du marché physique, il devient de plus en plus urgent de définir un cadre précis venant régir les échanges de biens culturels sur Internet et... enrayer une fois pour toute le piratage, toujours considéré comme la principale source des maux du secteur.

- 12,2% sur un an

Le marché de gros de la musique enregistrée connait, pour le premier semestre 2008, une baisse de 12,2% pour atteindre 279 millions d'euros. Les ventes de musique sur supports physiques (CD, singles et vidéos musicales) connaissent sans surprise une baisse plus importante, évaluée à 17,7%. Les singles sont les plus touchés par la crise, avec un chiffre d'affaires en baisse de 45,2% sur un an.

Du côté des ventes numériques en revanche, la croissance est toujours au rendez-vous, mais avec 36 millions d'euros de recettes sur les six premiers mois de 2008, on peine à compenser l'érosion des ventes de disque. Le numérique enregistre toutefois une progression de 56,9% sur un an, bien plus marquée en France qu'au niveau mondial, pour lequel la hausse n'est que de 15%.

La téléphonie mobile représente le gros des ventes, avec 20,3 millions d'euros de chiffre d'affaires, devant les téléchargements à l'acte sur Internet (12,4 M€) et les offres de type streaming et abonnement qui, avec 3,3 millions d'euros, enregistrent toutefois une croissance de 370% sur un an.

De la valeur de la musique...

Toute la profession caresse l'espoir de voir repartir à la hausse les ventes de CD, mais l'on commence à admettre ouvertement que l'essor du numérique entraine de nouveaux modes de consommation de la musique, une tendance contre laquelle il serait stérile de lutter. La fin des combats d'arrière-garde ? Si les canaux de distribution se multiplient, il importe toutefois pour le SNEP de ne pas perdre de vue la question, primordiale aux yeux des producteurs, de la valeur de la musique.

"Rien ne dit qu'une forme d'exploitation prendra le pas sur les autres à l'avenir. Il faut donc s'habituer à ce que les sources de revenus se multiplient", explique Christophe Lameignère, président du SNEP, pour qui les offres d'abonnement illimité, ou les sites d'écoute gratuite financés par la publicité posent un problème de taille : la baisse, dans des proportions importantes, de la valeur unitaire d'un morceau de musique. Le problème du secteur serait donc double : il importe d'attirer les consommateurs vers les nombreuses offres légales disponibles, mais aussi de réfléchir à la façon dont ces offres peuvent correctement valoriser la musique.

"Internet est le seul endroit où la consommation de biens culturels n'est pas organisée", commente Christophe Lameignère. La branche française de l'IFPI, qui appelait déjà de ses voeux la loi "Création et Internet" en avril dernier, continue à y placer ses espoirs : endiguer le piratage, c'est forcer les consommateurs à se tourner vers les offres légales, et donc stabiliser ces dernières autour de modèles permettant aux éditeurs de renouer avec la croissance.

Hadopi : première lecture avant Noël

Au coeur d'une rentrée parlementaire mouvementée, difficile pour les deux chambres de se consacrer à l'épineux dossier de la loi "Création et Internet", autrement appelée loi Hadopi, du nom de l'Autorité qu'elle est censée instituer. Initialement prévue pour le mois de septembre ou d'octobre, la première lecture pourrait finalement n'avoir lieu qu'en fin d'année, repoussant la promulgation de la loi au printemps 2009. "L'engagement du président de la République sur ce dossier est intact", rappelle Hervé Rony, directeur général du SNEP. Les difficultés seraient donc d'ordre "technique, mais pas politique".

Quoi qu'en dise le SNEP, le caractère éminemment politique du dossier est incontestable, en témoigne les virulentes réactions au concept de riposte graduée aussi bien en Europe qu'en France. On se souviendra également des débats houleux qui avaient accompagné la réflexion autour des dossiers licence globale et loi DADVSI. Une façon d'aplanir ces difficultés serait-elle de procéder à la première lecture au cours d'une de ses sinistres soirées de décembre, où la majorité des députés préfère aux bancs froids de l'Assemblée la chaleur d'un bon fauteuil ?

"On retrouvera la santé pour une raison simple : la musique est indispensable à la société", conclut sur une note d'optimisme Christophe Lameignère. Les maisons de disque le sont-elles également ? D'aucuns estiment que le marché de la musique serait bien plus vivant s'il n'était pas figé dans le carcan des modèles de distribution actuels. D'autres rappellent que s'il tourne pour beaucoup autour de la musique dite "enregistrée", le marché de s'y limite certainement pas.
Signe des temps ? Après avoir écumé pendant plus de trente ans les couloirs des maisons de disque, et occupé des postes à responsabilité chez Barclay, Mercury, Universal, Warner Music France et EMI Music France, Michel de Souza a choisi de "traverser" le Rubicon, pour reprendre ses propres termes, et de passer du côté de la musique qui se construit, se vend et s'écoute en ligne, autour de communautés et loin de tout support physique. Depuis quelques semaines, Michel de Souza est directeur général de la société Hitmuse. Fondée en 2006, celle-ci se propose de créer un modèle économique alternatif pour que la musique puisse connaitre un sain essor sur Internet.

Discussion à bâtons rompus avec un homme de musique qui aujourd'hui suggère d'accompagner les mutation qui sont en cours avec l'avènement d'Internet plutôt que de tenter d'à tout prix maintenir l'existant… une opinion que, de son propre aveu, il n'aurait peut-être pas tenue il y a quelques années !

Clubic.com : Michel de Souza, bonjour. Comment en arrive-t-on à rejoindre une petite start-up du Net après avoir occupé le poste de directeur général au sein des branches françaises de Warner, puis d'EMI ?

Michel de Souza : j'ai pris cette décision après un long processus de réflexion, à l'issue duquel je suis arrivé à la conclusion que le modèle économique traditionnel de la musique n'avait que peu de chances d'être pérenne. L'opportunité Hitmuse s'est alors présentée. Après en avoir étudié le modèle, j'ai trouvé que celui-ci était à la fois souple et malin. En somme, un peu ce qui manque à l'industrie de la musique aujourd'hui. Je ne crache pas pour autant dans la soupe, et je ne mets pas forcément Hitmuse en concurrence du modèle traditionnel : c'est juste une autre manière de développer la musique. Le couple musique / support, que l'on a connu jusqu'à il y a quatre ou cinq ans, est en train de devenir un couple associant musique et service.

Quelles conclusions tirez-vous des chiffres de l'industrie de la musique enregistrée ? Le piratage est-il seul en cause dans la baisse générale que l'on observe?

Depuis 2001, l'industrie de la musique enregistrée a dû perdre quelque chose comme 60% de son chiffre d'affaires, et je connais peu d'industries, au sens large du terme, qui sont capables de survivre à une baisse d'une telle ampleur. Imaginez qu'on baisse votre salaire de 60%, vous allez sans doute avoir des comportements radicaux. Ne soyons pas démagogues, le piratage a bien évidemment une part de responsabilité, mais les causes sont multiples. Il y a par exemple une réflexion à tenir autour du prix du CD, et la façon de positionner ce dernier sur le marché. Aujourd'hui, le consommateur est d'autant plus troublé qu'il n'est pas étonnant dans le cycle de vie d'un CD de le voir à quatre ou cinq prix différents sur une année. Dans ces cas là, vous avez tendance à attendre puisque demain est toujours moins cher.

Est-ce qu'on n'a pas parfois l'impression que les gens n'accordent plus guère de valeur à la musique ?

La musique a été banalisée, sans doute en partie à cause de la TV réalité, c'est un fait, mais il ne faut pas pour autant tirer de généralités. Peut-être aussi y'a-t-il un problème avec la qualité ? On le voit bien, si on prend des artistes de qualité comme Mika, Amy Winehouse ou Christophe Whilhem, on atteint des 600 ou 700.000 ventes en France ! Je ne voudrais pas faire l'ancien combattant, mais si vous prenez un album de Led Zep dans les années 70, sur dix titres, huit étaient des tubes potentiels. Aujourd'hui, si vous en trouvez deux sur un CD, c'est proche du miracle. Enfin, on a peut-être un dernier problème : aujourd'hui, la musique ne doit plus être vendue seule, il faut lui associer des services. Pourquoi les gens vont chez Darty pour acheter une machine à laver ? Parce qu'ils savent qu'on va la leur livrer, l'installer, etc. Si au travers de la musique, on accède à quelque chose de plus, il redevient légitime de l'acheter. Mais là, tout reste à inventer.

Pour l'instant, il existe une offre en matière de musique légale sur Internet, mais celle-ci ne décolle pas vraiment. D'après vous, pourquoi ?

Dans un premier temps, on a le problème de l'interopérabilité. Si lorsque vous achetez une voiture, on vous dit que vous n'avez le droit d'aller chercher de l'essence que chez Total, je ne suis pas sûr qu'on favorise les déplacements. Ensuite, on a encore la question des tarifs, évidemment, mais là je n'ai pas vraiment de réponse à apporter. 0,99 euro, est-ce le bon prix pour une chanson ? On n'a pas suffisamment de recul pour en juger, d'autant que l'offre est finalement très uniforme entre les différentes plateformes. Sans oublier qu'aujourd'hui l'offre est relativement pauvre. Là où un iTunes propose quelques millions de titres, il existe depuis les débuts des supports physiques plus de cinquante millions d'œuvres. On a donc une offre qui est infiniment plus restreinte.

Un Contrat de confiance à trouver sur le Net ? Pour ce qui est de l'interopérabilité, l'argument ne tient plus vraiment, du moins pour les ventes de musique à la pièce, puisque tout le monde ou presque accepte aujourd'hui de commercialiser des titres sans DRM.

Le problème s'est également posé aussi pour le CD il n'y a pas si longtemps, sur lequel l'industrie a apposé des verrous restreignant les usages. Ce n'est pas vraiment une bonne idée de culpabiliser l'utilisateur, et de faire comme si on le traitait de voleur à titre préventif. Au bout d'un moment, les idées finissent par faire leur chemin, mais ca n'est pas évident. En tout cas, si 5% des gens qui téléchargent légalement, alors que 95% le font illégalement, il y a forcément un problème quelque part. Après tout, ils ne se sont pas concertés...

S'il était voté en l'état, le projet de loi Hadopi aurait-il une chance de rétablir un équilibre plus sain ?

Je crains qu'avec la loi Hadopi, on essaie de mettre en place une sorte de ligne Maginot, difficile à respecter. Et si la loi n'est pas acceptée, il y'a de bonnes chances qu'elle soit contournée... Internet est le royaume de la fluidité et des échanges rapides, il faut en tenir compte. Bon, je n'aurais certainement pas tenu ce discours il y a quatre ou cinq ans (rires).

Dans ce contexte, quelle est la proposition de valeur d'un site comme Hitmuse ?

Hitmuse est un réseau social autour de la musique, associé à une plateforme de téléchargement. Les deux sont regroupés sous le même toit, ce qui est une approche assez nouvelle en France. Le projet se destine essentiellement aux artistes et aux labels indépendants. Pour faire simple, l'idée est de laisser les musiciens gérer leurs droits, mais l'on met à leur disposition toute une série de services, accessibles à la carte, en fonction de leurs besoins. Ces services passent par les fonctionnalités « sociales » et le service de téléchargement s'ils le souhaitent, ainsi que par des services de marketing, la création d'une boutique personnalisée ou un espace de stockage en ligne.

Tous ces services sont-ils assurés en interne, chez Hitmuse ?

Non, bien sûr, en plus des services conçus en interne, nous travaillons avec un certain nombre de partenaires, comme Spreadshirt pour la confection des tee-shirts personnalisés, ou Digiclick pour la vente de places de concert, mais l'accès à l'ensemble des services disponibles est centralisé au sein de la plateforme Hitmuse, et tout fonctionne sur un mode « à la carte ». Je peux par exemple profiter de la plateforme de stockage, mais aller commercialiser mes morceaux ailleurs, ou assurer ma promotion sur ma page MySpace, etc.

Et la vente directe ?

Notre plateforme de téléchargement payant, Hitload, devrait ouvrir aux alentours du mois de novembre. Les artistes auront alors le choix de commercialiser leurs morceaux directement sur Hitload, ou de nous laisser mettre leurs titres à disposition d'autres services de téléchargement payant, comme Fnac, Virgin et iTune sur le Net, ou Orange et SFR dans le domaine de la téléphonie mobile. Les noms ne sont donnés qu'à titre indicatif, nous sommes encore en phase de négociations avec plusieurs d'entre eux.

Sur Hitload, c'est l'artiste, ou le producteur, qui fixera le prix des morceaux, avec toutefois un minimum de 0,5 euro par titre ou de 4 euros pour un album. Il déterminera également la longueur de l'extrait proposé en écoute gratuite. Sur le montant fixé, on enlève la TVA, et la recette hors taxe est partagée avec Hitmuse : 70% pour le musicien, et 30% pour la plateforme.

C'est donc ainsi que vous comptez monétiser le service ?

De façon générale, oui, nous prélèverons une commission sur les transactions qui sont effectuées par son intermédiaire, sur Hitload mais aussi avec les prestataires externes. Hitmuse dispose par ailleurs d'autres facettes, comme un magazine en ligne dédié à l'actualité de la musique, qui lui sera susceptible de générer des revenus par l'affichage de publicités.

Il s'agit donc d'accompagner le mieux possible les indépendants sur le Web. Peut-on imaginer qu'Hitmuse aille jusqu'à se lancer dans la production ou... revenir au physique, pour les aider à lancer un CD ?

Nous ne nous interdisons rien, et nous pourrions par exemple nous rapprocher d'une maison de disques, pour proposer avec elle une distribution physique aux membres de la communauté Hitmuse. En matière de production proprement dite, rien n'est vraiment prévu, mais c'est une possibilité. C'est l'avantage d'un modèle extrêmement souple, on peut laisser la porte ouverte, même si on décide de ne jamais la franchir.

Quelques chiffres, histoire de voir où en est Hitmuse de son développement ?

Aujourd'hui, sans que nous ayons vraiment communiqué, la communauté Hitmuse compte 100.000 membres, propose 20.000 titres accessibles en ligne et le site réalise environ un million de pages vues par mois. Si le développement se poursuit comme nous le souhaitons, nous devrions être en mesure d'atteindre l'équilibre financier dans les deux à venir. D'ici là, nous espérons pouvoir lancer Hitmuse à l'étranger, une fois que le modèle français sera bien établi.

Que pensez-vous de la récente initiative de MySpace, qui a signé avec les majors pour rendre disponible à l'écoute des centaines de milliers de titres, ou de services comme Deezer ?

Les modes de consommation changent, et le cas MySpace témoigne de l'importance de s'adapter à ces changements. Le site n'est plus du tout ce qu'il était au départ, et ce sont les utilisateurs qui l'ont fait évoluer. Maintenant qu'ils ont signé avec les majors, peut-être les indépendants vont(ils s'en détourner ? Aujourd'hui, tout est poreux, en mouvement permanent, dans le domaine de la musique en ligne, il est difficile de voir à plus de 18 ou 24 mois de façon claire.

Michel de Souza, merci.

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