Mozilla crée une société dédiée à Thunderbird

le 19/09/2007 à 10:22
Mozilla crée une société dédiée à Thunderbird
La fondation Mozilla, qui préside aux destinées de logiciels comme le célèbre navigateur Firefox, réfléchit depuis la fin du mois de juillet aux suites à donner au développement du client de messagerie libre Thunderbird. Deux mois plus tard, elle annonce sa décision finale : la création d'une société distincte de la fondation dédiée à l'amélioration et au développement de logiciels de messagerie et de communication Internet basés sur le code de Thunderbird et distribués sous cette marque déjà bien connue des internautes.

Mozilla ambitionne également que cette nouvelle entité nourrisse "un solide écosystème de développeurs pour apporter des améliorations par l'innovation dans l'open source et la communauté". Elle sera dirigée par David Ascher, actuellement directeur technique chez ActiveState, qui rejoindra donc le sein de la fondation Mozilla. « David est un membre respecté de la communauté Mozilla depuis plusieurs années et nous sommes heureux qu'il rejoigne Mozilla pour mener à bien cet effort important », déclare Mitchell Baker, présidente de la fondation Mozilla.

Plusieurs pistes avaient été envisagées pour le futur de Thunderbird. L'une d'elles envisageait la création d'une nouvelle division au sein de Mozilla, tandis que la seconde prévoyait de confier le développement de Thunderbird à la communauté. La troisième option, finalement retenue, passe donc par la création d'une société autonome, qui bénéficiera toutefois d'un financement de trois millions de dollars de la part de la fondation Mozilla.

"Rien ne changera pour les utilisateurs de Thunderbird. Mozilla continuera à leur délivrer régulièrement des mises à jour de sécurité et de stabilisation pendant la mise en œuvre de sa nouvelle initiative et reste à l'écoute des besoins des utilisateurs de Thunderbird", tient à rassurer la fondation dans un communiqué.

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L'édition 2007 des Journées du Logiciel Libre se tenait ce weekend à CPE Lyon, sur le campus scientifique de La Doua. Organisé tous les ans, cet évènement est l'occasion pour les différents acteurs du libre de tenir des stands et d'organiser des conférences sur une thématique générale. L'édition 2007 visait large en s'axant sur deux sujets : "Les logiciels libres et les libertés individuelles" et "Les logiciels libres pour tous et toutes".

La première thématique a notamment été abordée par Frédéric Couchet, Délégué Général de l'APRIL. L'association, qui milite pour promouvoir et protéger le logiciel libre, a profité de l'occasion pour faire un bilan de l'initiative EUCD.Info, destinée à lutter contre la directive EUCD dont la loi DADVSI est la transposition française. Un bilan en demi teinte, puisque comme Frédéric Couchet l'a admis, la loi a été votée. Il estime malgré tout que la pression exercée par l'association, et notamment le succès de la pétition en ligne, a contribué à faire bouger les mentalités et à imposer l'APRIL comme un acteur crédible. Frédéric Couchet est également revenu sur le site Candidats.fr dont le but est de sensibiliser les élus aux problématiques du logiciel libre, en leur faisant notamment signer un Pacte du Logiciel Libre. Plus de 60 députés élus ont actuellement signé le pacte et la mobilisation continue à l'approche des élections municipales.

Annoncé pour une présentation de Firefox 3, Tristan Nitot dont la venue est toujours un moment fort des JDLL, a d'emblée dissipé les malentendus : le président de Mozilla Europe a tout de même procédé à une brève démonstration de la version alpha du navigateur, mais son intervention était principalement axée sur l'avenir de Mozilla, et notamment celui, controversé, de Thunderbird. Selon Nitot, la polémique autour de l'avenir de Thunderbird provient essentiellement de difficultés de communication : "le projet fonctionne mais Thunderbird compte entre 5 et 10 millions d'utilisateurs, soit beaucoup moins que Firefox. Quand il y avait un conflit de ressources entre les deux projets, l'arbitrage se faisait généralement en faveur de Firefox, ce qui nous a poussé à chercher une solution pour que Thunderbird évolue plus rapidement. Certains ont alors pensé qu'on voulait se débarrasser de Thunderbird". Tristan Nitot se veut confiant au sujet de la filiale de Mozilla dédiée au client mail (voir notre brève Mozilla crée une société dédiée à Thunderbird), rappelant qu'elle dispose d'un budget de 3 millions de dollars pour gérer un seul projet, alors que la Fondation Mozilla, à sa création, devait se contenter d'un million pour gérer la suite Mozilla, Firefox et Thunderbird. Il a également évoqué quelques pistes pour l'évolution du logiciel, telles que l'ajout d'un agenda partagé, l'intégration avec des réseaux sociaux ou encore la VoIP.

L'autre chantier de Mozilla est le moteur Mozilla 2, qui doit prendre la suite de Gecko, et notamment équiper la version mobile de Firefox dont le projet a récemment été révélé (voir notre brève Mozilla prépare la version mobile de Firefox). Mozilla 2 a pour principal but de simplifier le code afin de le rendre plus simple à maintenir et permettre son exécution sur des plates-formes mobiles. Fidèle à son franc parler, Tristan Nitot a renvoyé les solutions existantes dans les cordes : "aujourd'hui, on a le choix entre des navigateurs mobiles qui ne sont pas très bons, et des navigateurs en Java, c'est à dire de la m...". Il estime néanmoins que le marché du navigateur mobile n'est pas encore mur et que Mozilla a une place importante à y jouer : "Le marché est actuellement verrouillé par les fabricants de téléphones et les opérateurs mais c'est en train de changer avec l'iPhone et peut être le Google Phone (...) Nous avons créé Mozilla pour briser le monopole de Microsoft et nous nous réjouissons de la concurrence de Webkit (NDLR : moteur utilisé par Safari) ou Opera, mais il n'y a pas de rasion que Mozilla ne soit pas sur ce marché. D'ailleurs, tous les efforts que nous réalisons sur le mobile bénéficieront également au desktop. Même si on se plante, on disposera toujours d'un navigateur au code mieux optimisé".
A l'occasion du Mozilla Add-ons Workshop (aka MAOW), un cycle d'ateliers autour des technologies Mozilla (Firefox, Thunderbird, XUL...) organisé le 20 septembre 2008 à Paris, La Cantine, Tristan Nitot, président fondateur de l'association Mozilla Europe, fait le point sur cet événement dédié à la communauté de développeurs.

Clubic – Tristan Nitot, bonjour. William Quiviger est depuis peu chargé du développement de la communauté Mozilla. Quel est précisément son rôle ?

Tristan Nitot – William dispose à la fois d'une expérience communautaire et marketing forte. Avant de rejoindre Mozilla, il a travaillé pour la communauté WiFi FON en France et pour plusieurs ONG en Europe et en Afrique. Désormais, au sein de l'équipe Mozilla, son rôle consiste à animer le marketing communautaire, à accompagner les communautés locales dans leurs actions. Comme vous le savez, dans les communautés, il y a beaucoup d'enthousiasme, une énergie qu'il faut savoir canaliser et soutenir financièrement. C'est un travail important !

Y compris pour mener à bien le Add-ons Workshop Paris 2008 ?

Exactement, et c'est une première ! William a étudié les possibilités, y compris budgétaires - un budget de 15.000 euros (location de salle, invitations, cocktail, etc.) a été validé par mes soins - pour cet événement. J'ajoute que ce Workshop est le fruit d'un partenariat entre Mozilla Europe et l'association Xulfr.org, mais il ne saurait être sans l'engagement de nombreux bénévoles, sans l'engagement de la communauté.

Combien de membres compte la communauté Mozilla ? Combien d'extensions sont disponibles actuellement ?

Du côté de la communauté, il y a, d'une part, les contributeurs qui participent au développement et aux tests de logiciels Mozilla. On identifie actuellement 40.000 développeurs, autrement dit 40.000 comptes Bugzilla actifs. D'autre part, autour de ce noyau, se développe un écosystème qui n'intervient pas sur Bugzilla. Au sein de cet écosystème, il est possible de développer une extension sur addons.mozilla.org, par exemple. A ce propos, nous venons de passer le cap des 5000 extensions. Adblock Plus, Tab Mix Plus, IE Tab, Fasterfox font aujourd'hui partie du top 10 des extensions Firefox (cf. extensions.geckozone.org/).

Revenons au Mozilla Add-ons Workshop. Quels sont les objectifs d'un tel évènement ?

L'évènement, ateliers et conférences autour des technologies Mozilla, s'adresse aux développeurs web qui connaissent au minimum HTML, CSS et JavaScript, et souhaitent réaliser des extensions pour les solutions du projet. Pour l'occasion, nous avons enregistré 150 inscrits de France, pour la plupart, mais aussi d'Allemagne et de Slovénie. Nous comptons notamment sur les interventions de Brian King, secrétaire de la communauté de développement Mozdev.org, et de Wladimir Palant, développeur d'Ad-Block Plus.

A cette occasion, les membres de la communauté auront obtenu des informations utiles pour mieux comprendre comment créer une extension, développer une application XulRunner, mieux appréhender FUEL, le Mozilla Build System ou encore le développement d'un composant XPCom en C/C++. Il s'agit, enfin, de s'informer et d'échanger sur la contribution au projet Mozilla.

Autre chose, que pensez-vous de l'arrivée de Google sur le marché des navigateurs web avec Chrome ?

Je suis forcément partagé. La concurrence n'est pas confortable, surtout lorsqu'une société internet aussi efficace que Google se présente sur le marché. La pression sur Mozilla, qui n'est pas une société, mais une organisation à but non lucratif, est plus marquée. Toutefois, si elle n'est pas confortable, la concurrence est nécessaire et favorise l'innovation, c'est une bonne chose pour l'utilisateur et pour le Web. Par ailleurs, je rappelle que Mozilla et Google ont reconduit leur accord sur trois ans. Enfin, en tant que libriste, je ne peux que me réjouir que Google ait opté pour le libre et l'open source. J'ai testé Google Chrome et, pour une première version bêta, le moteur est bon. C'est indéniable.

Dans ce contexte, le défi pour Mozilla est double : technologique, d'une part, de communication, d'autre part. Nous devons continuer à fournir, avec Firefox, un navigateur performant, rapide, meilleur que d'autres et, toujours, centré sur l'utilisateur. Par ailleurs, notre projet doit mettre l'accent sur la communauté et le partage de l'information par le biais de nombreuses actions, mais pas à n'importe quel prix. Firefox est le navigateur des internautes, et doit le rester.

Tristan Nitot, merci.

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