Udemy veut devenir le Blogger de l'apprentissage

le 08/06/2010 à 21:59
Udemy veut devenir le Blogger de l'apprentissage
Vous souhaitez en apprendre plus sur la période bleue de Picasso, découvrir toutes les techniques avancées de Photoshop, ou devenir un pro du poker en quelques clics ? Udemy propose depuis un mois une plateforme en beta de publication de contenus d'apprentissage. Se réclamant des outils de blogging pour la facilité d'utilisation, le site permet de monter en quelques minutes un cours complet avec textes, vidéos, sons, etc.

« Imaginez que vous souhaitiez apprendre à utiliser Photoshop. Faîtes une requête dans Google, et vous trouverez plein de pages qui vous proposent des tutoriels sur des techniques particulières. Mais dans votre cas précis, rien, » explique Gagan Biyani, co-fondateur d'Udemy. Le site propose à n'importe quel expert d'un domaine de devenir professeur.

Gagan Biyani, pur produit de la Silicon Valley de 23 ans rencontré par Clubic dans un café de San Francisco, a l'ambition de remplacer tous ces tutoriels, « classes annexes impossibles à naviguer. » Le site, qui est encore en beta et ne propose pas certains outils tels que la collaboration avancée pour l'instant, a reçu 30 000 visiteurs uniques pour son premier mois, et 1 000 personnes y viennent quotidiennement depuis début juin. « Cela montre que les gens reviennent, c'est une bonne chose. »Avec le risque de starifier les 1 000 à 2 000 professeurs attendus à terme, en créant une élite impossible à pénétrer pour la majorité des utilisateurs ? « Ce n'est pas forcément quelque chose de mauvais de notre point de vue, que certaines personnes soient vraiment mises en avant. Ca nous permet d'être connus, et ça amène des utilisateurs qui ne seraient pas venus sinon. En plus, ça garantit une certaine qualité de l'information produite. » Car pour l'entrepreneur, s'il n'y a pas de modération des cours en fonction de leur qualité pour l'instant, Udemy ne subira pas les travers de certaines sections de Wikipedia. « Et même s'il y a des erreurs, ce n'est pas si grave. Après tout, vous allez à l'université, certains profs font des erreurs. Le problème, c'est d'apprendre les choses de plusieurs personnes, pour avoir différentes versions. »

A ce niveau, Udemy se veut à contre-courant de ce qui se fait sur Wikipedia par exemple. Son aspect - encore peu développé - de réseau social permet de connaître les autres abonnés et de s'envoyer des messages. Avec, pourquoi pas un jour, la possibilité de travailler à plusieurs sur certains sujets et de rencontrer les gens par affinité.

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Udemy est une plateforme de publication de cours en ligne. Elle permet à n'importe qui de mettre sur pied des leçons sur un domaine de spécialité, quel qu'il soit. Gagan Biyani est co-fondateur du site, et s'occupe de la partie business. Il nous fait part de son expérience de jeune entrepreneur dans la Silicon Valley.

Bonjour Gagan Biyani. Udemy est une plateforme d'apprentissage en ligne. Les gens ne trouvent-ils pas ce dont ils ont besoin sur Youtube, ou Wikipedia ?

Il y a des centaines de milliers d'experts qui sont spécialistes d'un domaine, que ce soit l'informatique, l'astronomie, le sport. Ce que nous avons fait, c'est que nous avons mis à disposition une plateforme pour leur permettre de créer des cours sur n'importe quoi. Ils peuvent utiliser un nombre important d'outils, comme les présentations PowerPoint, la vidéo, les articles… Nous croyons que leur donner cette boîte à outils leur permettra de se concentrer sur la façon dont ils veulent l'utiliser pour enseigner.

Nous ne sommes pas un Wikipedia, ou un Google, ou un Youtube. Ces plateformes répondent à une question : je veux savoir quelque chose sur un point précis. Avec Udemy, le problème est différent. Je ne veux pas simplement apprendre qui a peint le tableau que je suis en train de regarder au Louvre, mais je veux connaître tout ce qu'il y a à savoir à propos de tous les tableaux du Louvre, ou sur tout un courant artistique. C'est à ça que nous souhaitons répondre. Il y a des centaines de milliers de sites web qui parlent des tableaux du Louvre, mais aucun n'offre une expérience qui me permette d'apprendre réellement ce que je veux savoir sur le Louvre. De plus, les gens qui les ont créés ont dû dépenser de l'argent ou du temps sur ces sites, et nous voulons donner accès à cette transmission sans avoir à y consacrer autant de temps pour mettre au point un site, ou d'argent. Notre modèle, c'est d'être le Blogger de la connaissance.

Vous sortez de Berkeley, une grande université américaine. Qu'est-ce qui fait que vous avez monté votre propre entreprise, plutôt que de rejoindre Google ou une autre société établie ?

C'est amusant que vous en parliez, parce que j'ai travaillé pour Microsoft et pour l'une des plus grandes entreprises de consulting de la région. Mais je n'aime vraiment pas les obstacles qu'on trouve dans ces grosses entreprises lorsqu'on veut faire quelque chose. Souvent, nous prenions des décisions qui étaient mauvaises, tout en le sachant, parce qu'elles étaient conformes aux politiques générales de l'entreprise.

En tant qu'entrepreneur, je peux avoir une influence énorme sur l'entreprise pour laquelle je travaille. Nous sommes trois, je représente donc une personne sur trois de cette entreprise. C'est incroyable de voir toutes les possibilités qu'on a dans une startup lorsqu'on a une idée, et qu'on souhaite la transformer en business, puis en plus gros business… Jusqu'à ce que l'idée devienne une marque pour les gens.

Est-ce qu'il y a un effet Silicon Valley ?

C'est vrai que l'entreprenariat, particulièrement ici, est contagieux. J'ai grandi ici, dans la Silicon Valley, et j'ai vu des gens de ma famille ou de mon entourage lancer des entreprises pendant les 20 premières années de ma vie. On commence à en avoir envie. On se dit qu'on peut apprendre de ce qu'ils font.

Une autre chose très intéressante, c'est que l'infrastructure dédiée à l'entreprenariat est plus avancée ici dans la Silicon Valley que n'importe où dans le monde. Il y a beaucoup d'argent ici, de réseau, d'infrastructures… Google, Facebook, Apple, Twitter… Ils sont tous ici. Si je veux faire du business avec eux, est-ce qu'il vaut mieux que je sois ici ou à trois heures de voiture ? A six heures d'avion ? Il y a beaucoup de raisons différentes qui ont fait de la Silicon Valley ce qu'elle est, je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais ce que je sais, c'est que maintenant que nous en sommes là, c'est un système qui se nourrit lui-même.

Je ne dis pas que le reste du monde n'a pas d'opportunité pour devenir comme nous. Il y a de bons entrepreneurs partout, à Londres, à Paris… Vous pouvez lancer une bonne entreprise n'importe où dans le monde. Mais ceci étant dit, il y a quelque chose d'unique dans la Silicon Valley qui en fait un endroit spécial pour lancer une entreprise. Il y a une densité plus importante d'entreprises, d'idées, d'investisseurs, d'infrastructures ici que n'importe où ailleurs. C'est tout.

Il y a aussi plus de compétition qu'ailleurs…

Franchement, ce n'est pas la compétition qui m'empêche de dormir la nuit. Si nous avons raison, sur notre idée, sur notre modèle, et qu'un marché se crée, je pense qu'il y aura de la place pour trois à cinq acteurs. Ce n'est pas vraiment un problème. Nous nous concentrons sur notre business, sans trop y penser. Si nous passons trop de temps à nous inquiéter de ce que font nos concurrents, nous perdons cette concentration. Et tout le problème est d'atteindre une masse critique suffisamment tôt pour être installé dans le paysage et convaincre les utilisateurs.

La réalité, c'est que j'ai 23 ans, de toute façon. La pire chose qui puisse m'arriver, c'est de perdre un an de ma vie… A vivre la meilleure expérience de ma vie. Si ça ne marche pas, j'irai de l'avant, je trouverai un autre travail, et voilà. On ne craint pas les risques si on ne s'en préoccupe pas. Cela dit, c'est vrai que j'ai la chance de pouvoir compter sur un réseau de soutien très important : ma famille, mes amis… Je vis dans un environnement où c'est plus facile, car tout le monde me soutient. Et si ça ne marche pas, ce n'est pas très grave.

Merci beaucoup, Gagan.

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