Pierre Kosciusko-Morizet : "un ou deux investissements avant l'été"

le 11/05/2010 à 23:29
Pierre Kosciusko-Morizet : "un ou deux investissements avant l'été"
Avec cet entretien, Clubic Pro inaugure une série de quatre interviews dédiées à l'investissement en 2010. Entrepreneur du web reconnu grâce à la réussite de PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet a récemment annoncé le lancement d'un fonds regroupant 60 entrepreneurs, ISAI. Avec un positionnement particulier, une compétence sur tous les dossiers traitant du web, et une position déontologique annoncée, ISAI veut participer de l'émergence d'une Silicon Valley à la française.

Pierre Kosciusko-Morizet, bonjour. ISAI cherche à combler un "equity gap" dans le schéma de financement, en se positionnant assez en amont. Un positionnement risqué ?

Nous ne sommes pas au tout début d'une entreprise, au moment où elle cherche des fonds pour se lancer. ISAI souhaite attendre le moment où le business est frémissant, quand l'entreprise a besoin d'un financement pour que son activité explose. Beaucoup de fonds, même quand ils se disent capital-risqueurs, attendent qu'une entreprise soit rentable pour se lancer. Notre positionnement est plus risqué, mais nous estimons qu'il y aura un fort taux de réussite, grâce à une sélection rigoureuse des dossiers en fonction du modèle économique choisi, du potentiel du business, mais aussi de l'équipe en place. Notre travail n'est pas d'arriver, et de dire "vous avez un bon business, de bonnes idées, nous changeons l'équipe et nous investissons." Nous intégrons la composition de l'équipe comme critère de sélection du dossier, et nous accompagnons les gens en place.

Cette prise de risque est possible car nous avons 60 entrepreneurs derrière nous, tous spécialistes d'un domaine précis. Nous avons donc des compétences très variées, qui nous permettent d'être pointus sur tous les dossiers. L'idée, c'est que tout en prenant plus de risque, nous parvenions à de meilleurs résultats. C'est possible aujourd'hui, parce qu'il y a des entrepreneurs qui ont réussi grâce au web. Avant, il n'y en avait pas assez, et le seul recours était les grands fonds, qui ne font pas leur travail à cet instant de la vie de l'entreprise. Pendant la crise, les gens ont ouvert les yeux sur ces grands fonds. La déontologie doit être au coeur de notre démarche.

Cette idée de déontologie a été développée pendant votre conférence de presse de lancement. C'est un retour de l'humain dans l'investissement face aux grands fonds ?

Il y a de ça. Il faut bien voir que le moyen le plus simple de placer de l'argent, c'est de le mettre dans un fonds et de ne rien faire. C'est légitime, et nous avons certains investisseurs qui souhaitent investir de cette façon. Mais si on veut s'investir soi-même, être réellement actif, il faut avoir une vision qui va au-delà de la logique du pur investissement. En investissant des sommes plus faibles, en amont, par rapport aux grands fonds, la logique est beaucoup plus d'investir pour aider les entreprises. Les fonds avec des milliards d'euros à investir ne s'intéresseront pas à de petites entreprises. C'est une taille de deal qui a besoin d'investissements, et qui n'en a pas assez.

Il y a forcément une idée de l'humain, puisque nous avons la volonté de faire réussir d'autres là où nous-mêmes avons réussi. Nous voulons réinvestir, une façon de rendre un peu de ce qu'on a reçu. Après, il se pose l'option de devenir business angel. Ce comportement a des limites : le réinvestissement est plus difficile en général. On peut participer à un premier tour de table, et si l'entreprise a besoin de nouveaux fonds quelques temps après pour réinvestir ou faire décoller son business, on est coinçé. D'ailleurs, alors que le business angel pourrait favoriser ce côté humain, les relations avec les équipes des entreprises peuvent être plus difficile. Difficile de dire non quand on est business angel, donc on se retrouve avec 12 ou 15 entreprises dans lesquelles on a investi, et on n'a pas le temps d'aider comme on le voudrait. ISAI veut donner des réponses structurées, pérennes, carrées à ces entreprises qui sont dans le fossé entre le financement de départ des business angels, et le financement lourd des grands fonds d'investissement.

Votre stratégie d'investissement compte se limiter à la France, quand un Kima Ventures attaque le monde, ou Atomico vise le marché européen... La volonté de faire émerger la Silicon Valley française ?

Nous voulons clairement contribuer à l'émergence d'une Silicon Valley à la française, aux côtés de fonds de business angels, comme ceux de Xavier Niel ou de Marc Simoncini, certes différents, mais très importants également. Il y a en France trop d'entreprises qui se lancent, et pas assez d'argent. Nous avons trop de dossiers, rien que sur la France. Evidemment, si nous recevons un super dossier en dehors du pays, nous y regarderons de près. Et d'ailleurs, les entreprises que nous soutiendrons auront vocation à aller à l'étranger un jour. Mais je ne vois pas trop quelle valeur ajoutée je pourrais apporter sur un MVNO polonais... A part mon nom de famille.

Il y a déjà plusieurs entreprises que nous regardons de très près. Nous annoncerons un ou deux investissements avant l'été. On ne va pas pour autant aller chercher uniquement de entreprises hype, car beaucoup de réussites se sont faites dans le B to B. Des sociétés qui sont moins connues, mais qui correspondent à de vraies besoins, et pas forcément à une mode. C'est ainsi que pourra émerger une région d'innovation dans le secteur du web.

Pierre Kosciusko-Morizet, je vous remercie.

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ISAI "pour Internet Savvy & Active Investors" est un nouveau fonds regroupant une soixantaine d'investisseurs du web pour aider au décollage d'entreprises spécialisées dans l'Internet. « Spécialisées uniquement dans l'Internet », précise d'emblée le Président exécutif, Jean-David Chamboredon, « mais dans tout l'Internet : de l'open-source à la mobilité. »

Au départ, un constat : il y aurait un equity gap dans le domaine de l'investissement vers les entreprises. Pierre Kosciusko-Morizet, l'un des fondateurs d'ISAI, explique : « Jusqu'à 500 000 euros, il n'y a pas trop de souci. Une entreprise peut facilement trouver des sommes de l'ordre de 100 à 300 000 euros pour monter sa structure. Pour des sociétés avec un business établi, il est relativement aisé de trouver des sommes beaucoup plus importantes : 1,5 million et plus. » Mais c'est entre les deux qu'un manque se ferait sentir. « Souvent, les fonds d'investissement annoncent qu'ils font vraiment du capital-risque, mais ce n'est généralement pas vrai. »

C'est cet equity gap qu'ISAI qui signifie différent, remarquable ou prodigieux en japonais, autant se placer sous une bonne étoile entend combler pour faire émerger de nouveaux acteurs de l'Internet français. Le fonds est dirigé par un couple exécutif complémentaire, avec Jean-David Chamboredon, capital-investisseur, et Christophe Raynaud, le directeur général, issu du monde des business angels. Ils entendent profiter de l'expérience des soixante entrepreneurs qui ont souscrit : « des dirigeants fondateurs ou ancien dirigeants de 45 entreprises qui ont réussi sur Internet » : des PDG, mais aussi des directeurs de la technologie, des directeurs financiers et des directeurs marketing. « Le but est d'investir de l'argent, mais aussi des compétences. Nous couvrons un large spectre de l'activité Internet, qui nous permet d'être pointu sur chaque dossier parmi les 300 que nous recevons chaque trimestre. » Objectif d'investissement : un par trimestre, dont un à deux avant l'été.

Côté investissements, ISAI a 24 millions d'euros de fonds aujourd'hui, avec un objectif après le prochain closing de 25 à 30 millions. « C'est la bonne taille », selon Jean-David Chamboredon. Les entreprises visées doivent avoir fait « la preuve du concept. » Le Président exécutif détaille les trois critères : un concept déjà lancé, avec un business « frémissant », une équipe en place solide, et la question économique. « Nous investirons dans des entreprises qui ont besoin de 5 à 10 millions de capitaux. Nous apporterons 2 à 3 millions, pour être un gros minoritaire, décisif. »

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