Vente de CD singles : "le téléchargement m'a tuer"

le 26/10/2009 à 23:32
Vente de CD singles : "le téléchargement m'a tuer"
Si les ventes de disques sont en chute libre depuis 2002, comme en témoignent les derniers chiffres du SNEP, le CD single court quant à lui à sa perte, au profit toutefois du téléchargement qui bat cette année un nouveau record. C'est ce que révèlent les derniers chiffres de la BPI (British Recorded Music Industry), équivalent britannique de notre syndicat de défense de l'industrie du disque.

Les anglais devraient avoir acheté 117,6 millions de morceaux à l'unité à la fin de l'année 2009, dont 98,6% sous forme numérique. L'afflux de nouveautés et la multiplication des offres légales auraient d'après la BPI largement contribué à établir ce nouveau record. On recenserait ainsi 116 millions de téléchargements légaux contre seulement 1,6 millions de ventes de CD single.

Contrairement à l'album qui continue à mieux se vendre sous forme physique, le CD single a tiré profit de l'avènement de la dématérialisation. Au Royaume-Uni, seuls 43,9 millions de morceaux s'étaient vendus à l'unité en 2002, avant la démocratisation du téléchargement illégal pourtant, mais aussi et surtout avant l'arrivée des premières offres légales en ligne.

Le single semble effectivement être le plus adapté à la vente dématérialisée. Sa valeur et sa durée en font le plus souvent un achat impulsif, représentatif du mode de consommation de masse de la musique. Un album répond en revanche à une autre démarche, qui justifie encore l'acquisition d'un support physique.

L'idée d'abandonner la production d'albums au profit de multiples singles fait quant à elle son bout de chemin... Dans un premier temps attribuée au groupe Radiohead, qui aurait depuis démenti, l'idée semble malgré tout planer sur l'industrie musicale. La disparition du CD entrainerait effectivement avec elle la disparition de certains usages. L'album d'une douzaine de pistes tel qu'on le connait aujourd'hui, contraint de remplir un CD audio d'environ 60 minutes, n'aura effectivement plus de raison d'être à l'ère du tout dématérialisé...

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Début juin, 52 musiciens montent au créneau pour soutenir le projet de loi Création et Internet, récemment présenté par Christine Albanel. Une invitée surprise vient de joindre sa voix mélodieuse à l'appel lancé par cette partie de la scène française. En des termes très simples, Cindy Sander, candidate malheureuse, explique en quoi le téléchargement illégal a sapé le démarrage de son premier titre, le bien nommé "Papillon de lumière".

Pour ceux qui seraient passé à côté de ce phénomène médiatique qu'est Cindy Sander, retour en arrière. Le radio crochet télévisé Nouvelle Star recale, lors des premiers castings de son édition 2008, Cindy Sander, une esthéticienne passionnée de chanson, qui puise son inspiration chez des voix telles que Céline Dion. En coulisses, la jeune femme se dit déçue, estime que le jury de l'émission n'a pas su apprécier la mesure son talent, et affirme haut et fort qu'on ne l'arrêtera pas de chanter.

Avide de victimes faciles, la Toile française s'embrase pour le phénomène Cindy Sander, et les vidéos des prestations de la jeune femme tournent de blogs en forums, jusqu'à ce que certains animateurs TV en fassent leur mascotte temporaire. Reportages, interviews et plateaux se succèdent : une artiste est née ? Arrive alors le projet de disque, mais surtout, le premier single : "Papillon de Lumière", lancé sur le Net. Le phénomène Cindy Sander est tel que le groupe M6 (auquel appartient aujourd'hui Cyréalis, éditeur de Clubic.com) décide de produire ce titre via l'une de ses filiales.

Quelques semaines après le lancement, celui-ci ne totalise qu'environ 6.000 ventes. Un résultat décevant pour celle qui se voyait en haut de l'affiche, aux côtés des Voices telles que son idole, Céline Dion. Dans une interview vidéo publiée sur son blog, elle explique les raisons de l'échec, et rejoint la cause des artistes en lutte contre le téléchargement illégal. La transcription qui suit est littérale.

"Déjà je dirai que je suis très très contente de la vente de mon single. Parce que je me dis que avant que tout ça démarre, j'ai mis cette chanson en téléchargement légal sur le net", commence Cindy Sander. "Parce que je pensais pas bien sûr à la suite, je pensais pas à la signature avec une maison de disque. Et faut être réaliste, il y a eu plus de 200.000 téléchargements. Donc moi je pars d'un principe que si le CD aurait été fait tout de suite, bin j'en aurais déjà vendu plus de 200.000". Cindy Sander, ou l'art du syllogisme ?

"Donc pour moi c'est déjà une très très bonne place avec tout ce qui a été téléchargé. En plus, j'étais devant Mariah Carey, donc c'est déjà pas mal", poursuit la diva. "Je m'attendais pas du tout à être première, ça j'en étais même sûre. Mais voilà j'espère que ça se passera mieux pour le deuxième, le deuxième titre, et surtout faut se dire une chose, c'est que tous les artistes c'est pareil".

"On est tous dans le même bateau. Les ventes de singles et d'albums deviennent très très dures depuis qu'il y a tous ces téléchargements à droite à gauche", conclut Cindy Sander, avant d'asséner : "Donc arrêtez ces téléchargements, vous nous faites mourir". Celle dont le succès est né du Web l'accuse aujourd'hui de tuer sa carrière. Douce ironie du sort ?

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