Qobuz : téléchargement de musique non compressée

le 15/06/2009 à 22:29
Qobuz : téléchargement de musique non compressée
À l'heure où l'industrie du disque fait encore le deuil du verrou numérique (DRM), et en marge du lancement de Amazon MP3 en France qui casse les prix pour l'occasion, le site Qobuz a récemment inauguré une offre de téléchargement de musique sans compression.

Le site de téléchargement "haut de gamme" se targue ainsi de proposer "la plus vaste offre mondiale de musique disponible en téléchargement sans compression". Non contente de promettre des "dizaines de milliers d'albums" au format sans perte identique à celle d'un CD (44,1 KHz 16 bit), la boutique en ligne proposera même une sélection de disques au format dit "Studio Master" (96 KHz 24 bit), qui s'adresse aux "amateurs réellement exigeants et passionnés de haute-fidélité". Reste a espérer que le choix d'albums dans ces format grossira rapidement.

Ce sont les codecs propriétaires Apple Lossless et Windows Media Lossless qui ont été retenus dans les deux cas, et non le célèbre FLAC. Tout le catalogue est en outre proposé au format MP3 à 320 kbps, la plupart des concurrents se contentant d'un débit de 256 kbps, qui présente toutefois l'avantage d'être plus léger.

Le système de tarification, qui dépend sans surprise de la politique des éditeurs et des formats proposés, tient pour la première fois compte de la durée des plages, la plupart des albums étant plus ou moins commercialisés au prix de 10 euros.

De nombreuses nouveautés et de nombreux classiques de tous les genres et de maisons de disques multiples sont disponibles, de la musique électronique à la musique classique en passant par le rock, la pop ou encore le jazz. On retrouve d'ailleurs outre "d'innombrables labels indépendants", le catalogue classique Universal, un genre qui se prête tout particulièrement aux formats sans compression.

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Qobuz présentait hier à l'Olympia la nouvelle version de son offre de musique en ligne. Le distributeur de musique dématérialisée mise pour rappel sur la haute qualité, comme pouvait en attester la paire d'enceintes Focal Scala Utopia de démonstration, en proposant la « vraie qualité CD » (compression sans perte) sur la majorité de son catalogue.

Et pour cause, le co-fondateur et directeur de Qobuz, Yves Riesel, a fait toute sa carrière dans le domaine de la musique, indépendante qui plus est. Son parcours répond à une problématique de distribution et il est en outre vice-président du SNEP (Syndicat national de l'édition phonographique), qui défend les intérêts de l'industrie du disque.

Clubic a donc profité du lancement de la nouvelle version de Qobuz pour l'interroger.

Vous disiez hier matin qu'il y a sur le marché de la musique dématérialisée le mastodonte iTunes d'une part, et les autres d'autre part. Que pensez-vous de ce pionnier ?

Avec l'iTunes Store, Apple a rendu un service au métier de la distribution de musique dématérialisée en fixant un prix, 1 euro par titre ou 10 euros par album, qui n'est pas idiot.

Apple conçoit de bonnes machines mais ce ne sont pas des musiciens. Ils n'ont pris aucun soin avec ce qu'ils vendent et n'ont pas éduqué l'industrie du disque en la tirant vers le haut. Par conséquent les maisons de disques n'ont pas fait d'effort sur le point de la qualité de la musique. Steve Jobs écoute les morceaux de sa jeunesse, au titre et non à l'album, c'est une approche différente de la notre.

Qobuz arrive effectivement sur le marché avec un point distinctif, le téléchargement de musique compressée sans perte. Comment êtes-vous accueillis par les maisons de disques ?

Nous entretenons de très bonnes relations avec les maisons de disques, notre passé dans le domaine de la musique et notre énorme respect pour les producteurs leur plait et leur inspire la sympathie.

Mais certains refusent de nous donner l'autorisation de vendre de la musique compressée sans perte, pour des raisons ridicules, alors que nous avons les fichiers et qu'il suffit de tourner un bouton. C'est complètement stupide de m'empêcher de faire mon travail, j'ai créé mon créneau original pour l'instant et je ne vois pas en quoi j'embête mes concurrents.

D'autres nous demandent de vendre plus cher la musique compressée sans perte. Pourtant un album physique et un album dématérialisé c'est la même chose. Nous avons d'ailleurs enregistré hier un nouveau record avec le nouvel album de Keith Jarrett, dont plus de trois quarts des ventes de la journée se sont faites au format Studio Masters, encore meilleur que le CD. Les gens aiment.

Comment un distributeur comme vous compte-t-il endiguer le piratage ?

La meilleure chose qu'on puisse faire pour combattre le piratage c'est d'apporter une réponse très satisfaisante au consommateur. Nous ne sommes pas une énième plateforme calquée sur iTunes. Si on veut écarter le problème du téléchargement illégal, il faut mettre les gens dans de bonnes conditions.

Mais sur un point invraisemblablement simple comme celui de nous envoyer la pochette d'un disque, le même fichier PDF que la maison de disques a envoyé à son imprimeur, c'est encore un vrai combat avec certaines majors.

Qu'est-ce qui différencie finalement une "offre" pirate proposant format non compressé et livret comme il en existe et la vôtre ?

Et bien deux choses. La première c'est que la nôtre rémunère artistes et producteurs, alors que les pirates sont des voleurs. La seconde, c'est que cela correspond, la preuve, à des besoins qui existent et ne sont servis actuellement que par l'illégal, ce qui est un comble. Il reste que nos contenus, eux, sont exclusifs.

L'Hadopi, qui ne couvre pour le moment que le peer-to-peer, est-elle une solution ?

Hadopi n'est pas bien pire qu'un radar, et je connais des gens qui ont des systèmes anti-radar… Après cela, il ne restera plus que le filtrage et les miradors comme à Cuba et en Chine, il parait que cela marche très très bien !

On dit que la musique dématérialisée ne rapporte rien aux ayants droits, en particulier en streaming avec les offres gratuites de Deezer ou Spotify ?

La répartition des revenus est une problématique qui ne regarde que la maison de disque et son artiste, pas la plateforme. En tant que distributeur nous versons ce qu'on doit aux maisons de disques, en fonction du nombre de ventes, et elles se chargent de la répartition.

Je suis moi-même directeur d'une maison de disques et à ma connaissance, les contrats sont les mêmes pour le marché physique et le marché dématérialisé. Le partage est donc parfaitement identique pour l'un comme pour l'autre. La musique dématérialisée est vendue moins chère et pour l'heure les quantités sont moindres, mais je ne vois pas ce que du point de vue du modèle les artistes perdent à être distribués sous forme dématérialisée dans les contrats. C'est une fable.

En revanche des machins comme Deezer qui offrent de la musique gratuitement, alors que tout le monde sait qu'il faut favoriser les abonnements payants, et veulent inventer la poudre de perlimpinpin sont une catastrophe ambulante pour les revenus des producteurs et des ayants droits.

Yves Riesel, merci.
MusiClassics profite du lancement d'une nouvelle version de son site pour s'ouvrir à un public plus large, comme l'a fait son concurrent Qobuz cet été, sans toutefois dépasser pour sa part le registre de la musique classique.

En s'appuyant sur les résultats d'une enquête qu'elle a menée, la "première plateforme commerciale entièrement dédiée à la musique classique dématérialisée" a effectivement tiré la conclusion que "les internautes français", et en particulier la cible vraisemblablement sénior d'un site dédié à la musique classique, "sont majoritairement néophytes en matière de téléchargement". L'une des évolutions majeures de la nouvelle version de MusiClassics est ainsi une grande simplicité d'utilisation en écoute (streaming) et en téléchargement.

Le site de téléchargement "haut de gamme" propose sensiblement la même recette que son rival : les "meilleurs formats du marché", dépourvus de verrous numériques afin de ne pas entraver la simplicité d'usage, et un catalogue à la "qualité garantie" qui fait la part belle à l'éditorial.

Si MusiClassics a lui aussi retenu les formats propriétaires d'Apple et de Microsoft, il n'a pas jugé bon de proposer de format compressé sans perte (lossless). Ce sont ainsi les formats WMA et AAC à 320 kbps qui ont été sélectionnés, à l'issu d'un test mené auprès de 15 musiciens, audiophiles et mélomanes qui ont estimé qu'ils arrivaient à un niveau "comparable" au CD, loin devant le MP3 qui a d'ailleurs été évincé au détriment de certains baladeurs. Certains des fichiers ne tiennent toutefois pas leurs promesses puisqu'ils n'offrent qu'un débit variable oscillant autour de 256 kbps.

MusiClassics devance toutefois les critiques en proposant de piéger les mélomanes sur une écoute comparative à l'aveugle (blind test) entre plusieurs échantillons, le but étant de découvrir le master non compressé. Faites chauffer votre ampli à tube et cliquez-ici pour vous prendre au jeu.

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