« Sale Pute » : censurer le clip qui fait scandale ?

le 27/03/2009 à 21:24
« Sale Pute » : censurer le clip qui fait scandale ?
Simple provocation, ou véritable incitation à la violence ? La polémique enfle depuis quelques jours autour du clip "Sale Pute", du rappeur Orelsan, dans lequel ce jeune homme de 26 ans décrit en des termes assez crus les violences qu'il aimerait faire subir à la femme qui l'a trompé. "T'es juste bonne à te faire péter le rectum", "j'te déteste, j'veux qu'tu crèves lentement", "on verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée", entend-on dès la première minute du clip.

Alors qu'Orelsan doit se produire au festival le Printemps de Bourges fin avril, différentes associations demandent à ce que le chanteur soit déprogrammé. En parallèle, la secrétaire d'Etat à la Solidarité Valérie Létard a appelé jeudi les plateformes de vidéo en ligne à retirer le clip incriminé, suivie vendredi matin par la ministre de la Culture Christine Albanel.

Dans un communiqué, celle-ci se dit « choquée et même révoltée » par cette chanson, « apologie sordide de la brutalité envers les femmes, d'une cruauté inouïe », et en « appelle au sens des responsabilités des dirigeants des chaînes de télévision et des sites internet, pour que le clip de cette chanson ne soit plus diffusé ».

Alertées, les plateformes YouTube et Dailymotion qui hébergent aujourd'hui le clip ont restreint l'accès à la vidéo incriminée aux utilisateurs enregistrés, et âgés de plus de 18 ans, mais ne l'ont pour l'instant pas placée hors ligne.

Contacté, YouTube France indique suivre toujours la même procédure lorsqu'un contenu pose problème, "que la vidéo soit signalée par un ministre ou par un internaute". Ici, il a été décidé après réception de l'alerte, que la très forte connotation du texte justifiait la mise en place d'un accès restreint, mais que la vidéo en tant que telle ne présentait pas de caractère « manifestement illégal ». "La décision a été prise au regard des conditions d'utilisation du service", explique YouTube qui garantit une suppression instantanée en cas de réquisition judiciaire.

Si les paroles d'Orelsan sont particulièrement crues (« Tu n'es juste qu'une truie, tu mérites ta place à l'abattoir »), il n'est pas le premier à utiliser un langage ordurier et des termes violents. Début 2007, alors que clip de "Sale Pute" faisait son apparition en ligne, le transfuge de la TV Michael Youn chantait déjà « Toute ta famille va y passer, même ton chien, même ton chat », « J'espère que tu vas crever », dans un morceau élégamment baptisé "Sale Connasse". Lui pouvait certes se camoufler derrière le registre de l'humour, mais n'a pas eu les honneurs d'une telle polémique.

La maison de disques d'Orelsan tente quant à elle de dédramatiser. "Comme toute création artistique, aussi violente soit elle, cette narration ne peut et ne doit pas être sortie de son contexte. (...) En aucun cas Orelsan ne se pose en agresseur de la gent féminine", explique 3ème Bureau (Wagram). Les organisateurs du festival berruyer ont quant à eux assurer que "Sale Pute" ne serait pas chantée par Orelsan lors de son passage sur scène.

Pour le jeune homme, l'affaire est bonne : il profite d'un effet buzz sans précédent dans sa courte carrière grâce à ces propos volontairement outranciers. Elle servira également les intérêts de ceux qui estiment qu'il est nécessaire d'instituer une autorité de contrôle de type CSA, chargée de veiller au respect des bonnes moeurs sur Internet.

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Depuis le début de la semaine, politiques et syndicats policiers s'émeuvent de la diffusion, par l'intermédiaire de la plateforme communautaire YouTube, d'un clip baptisé "J'ai 40 meufs" dans lequel le rappeur Morsay tient des propos qualifiés de "violents, misogynes et homophobes", selon Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a également condamné lundi les propos tenus par le chanteur. Dans un communiqué publié lundi, il en appelle « au sens des responsabilités des dirigeants de radios, de chaînes de télévision et de sites Internet », estimant que « la liberté d'expression ne doit pas être le prétexte à des dérives incitant à la haine ou à la violence ».

« J'nique la police municipale »

Morsay, leader du collectif rap « Truand 2 la Galère », se revendique du Val-d'Oise (95), et s'est fait connaitre avec un premier titre, « On s'en bat les couilles », dans lequel il affichait déjà une certaine hostilité envers les forces de police. Avec "J'ai 40 meufs", il monte d'un cran, comme en témoigne le refrain : « J'ai 40 meufs et j'ai toujours la dalle. Comme d'hab, j'nique la police municipale. C'est Morsay, j'nique la police nationale ». Le reste des paroles est sans surprise à l'avenant : « Biatch, j't'ai niqué pour moins d'un euro », « Tous les pédés, les branleurs au cutter », etc.

Tout autant que le flow, ce sont les images utilisées pour le clip associé à la chanson qui suscitent la colère de l'État et des forces de l'ordre. Morsay y brandit une arme, tire plusieurs coups de feu, tandis qu'autour de lui plusieurs adolescents miment le geste d'égorger quelqu'un ou fracassent un lavabo sur le sol.

Le Syndicat national des policiers municipaux (SNPM) a ouvert vendredi les hostilités, en demandant que des poursuites soient engagées contre le rappeur pour sanctionner une vidéo qui n'est selon lui « faite que d'injures et d'incitations à la haine et à la violence ». Même son de cloche du côté de l'UMP qui affirmait dimanche que la liberté d'expression « a pour corollaire l'interdiction de la publication de propos incitant à la discrimination, à la haine ou à la violence ».

Dans un communiqué, la majorité regrette que les hébergeurs et responsables des sites qui accueillent le clip continuent « de diffuser sciemment cette vidéo profondément choquante dont le contenu est pourtant une atteinte évidente à la dignité humaine et un appel à la banalisation de la violence »

Après Orelsan, Morsay

« Les responsables des sites concernés ne peuvent continuer à ignorer de tels agissements et à pratiquer le double langage, entre l'application de règles de bienséance et l'abandon de toute responsabilité face à leurs utilisateurs », ajoute l'UMP, adoptant une position depuis partagée par le ministre de la Culture. Les observateurs ne manqueront pourtant pas de rappeler que dans une affaire précédente, concernant le chanteur Orelsan et sa chanson "Sale Pute"[, Frédéric Mitterrand avait pris la défense de l'intéressé, qu'on accusait de dérives machistes et de véritable incitation à la violence envers les femmes, estimant qu'il ne faisait qu'exprimer son désarroi amoureux. Dans ce cas, Morsay ne se contente-t-il pas d'exprimer sa vive antipathie concernant les représentants des forces de l'ordre ?

Du côté des hébergeurs, on devrait vraisemblablement se retrancher derrière la loi, et ne procéder au retrait de la vidéo incriminée qu'à partir du moment où le caractère "manifestement illégal" de cette dernière sera avéré. Pour "Sale Pute" d'Orelsan, YouTube France avait pris le parti de tout de même restreindre l'accès à la vidéo aux utilisateurs enregistrés ayant renseigné un âge supérieur à 18 ans au moment de leur inscription. A l'heure où nous écrivons ces lignes, rien de tel n'a été fait avec "J'ai 40 meufs", qui reste en accès libre.

« Si les bornes de la légalité ont été franchies, c'est à la justice qu'il appartient de décider des mesures appropriées », conclut le ministre de la Culture. Du point de vue des hébergeurs, le recours au juge semble effectivement le seul moyen d'obtenir une interdiction définitive.

Morsay et les internautes, une grande histoire d'amour

Sans même juger du fond, on ne peut s'empêcher de remarquer que sans les différentes sorties du SNPM, de l'UMP puis de Frédéric Mitterrand, la vidéo de Morsay n'aurait sans doute jamais connu une telle exposition médiatique. YouTube France, dont les statistiques ne sont pas rafraichies en temps réel, affiche 30.000 lectures environ mardi midi, mais devrait bientôt révéler un total nettement plus important. La presse s'est en effet rapidement emparée de l'affaire, offrant à Morsay et à ses propos une tribune d'envergure. Provocation calculée ou simple coup de chance pour ce rappeur avide de scandale, qui compte à son actif plusieurs vidéos polémiques (descente musclée au siège de la radio rap Skyrock, critique en règle de son concurrent des Hauts-de-Seine, Booba) ?

Impossible de ne pas voir dans l'éclosion de ce scandale des réminiscences d'une autre affaire impliquant un groupe de rap : NTM, propulsé à la Une grâce à plusieurs titres qui appelaient déjà à la violence envers les forces de l'ordre. La justice avait alors été saisie de l'affaire, et avait condamné Kool Shen et Joey Starr à plusieurs mois de prison avec sursis pour outrage à « personne chargée d'une mission de service public », en raison de propos tenus face au public d'un de leurs concerts, dans le sud de la France.

Morsay et son collectif n'en sont pas encore là, mais prouvent qu'ils n'ont pas de complexe avec l'injure, qu'elle vise les forces de l'ordre ou... les internautes. Fâché de voir que son premier clip, "On s'en bat les couilles", ne suscitait que moqueries sur certains forums, le rappeur a adressé à "ceux qui laissent des messages sur Internet" une vidéo de réponse dans laquelle les expressions fils de pute et la chatte à ta mère occupent une place prédominante. Celle-ci totalisait près de 250.000 lectures avant que ne paraisse "J'ai 40 meufs".

En attendant les multiples récupérations politiques possibles de cette affaire, les internautes qui ne connaissaient pas encore Morsay le découvrent, et semblent n'adhérer que très moyennement au propos. « Il a un tel vocabulaire c'est impressionnant ! C'est à mourir de rire... ou pas », commente Crustypowa sur YouTube.

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