Web et OS : le système d'exploitation de demain

le 19/12/2008 à 18:04
Web et OS : le système d'exploitation de demain
Au lendemain de la PDC 2008 qui s'est déroulée entre les 27 et 30 octobre dernier, les discussions vont bon train sur l'avenir de Windows et la direction vers laquelle les développeurs de Microsoft envisagent de se tourner. En effet, le géant de Redmond a non seulement levé le voile sur Windows 7, mais aussi sur une nouvelle plateforme hébergée, Windows Azure. Qu'il s'agisse de programmation sur nuages de serveurs (cloud computing ), de SaaS (Software as a Service) ou de solutions hybrides Software + Service (logiciel plus service complémentaire en ligne), il est clair que déploiement d'Internet jouera un rôle fondamental dans le système de demain.

Mais jusqu'à quel point peut-on mélanger le système d'exploitation avec des services en ligne ? Certains s'accordent à penser que l'avenir réside dans les solutions complètement hébergées, et fleurissent déjà les webtop, ces bureaux virtuels extensibles au travers de différentes applications Internet riches.

Alors où sont les limites ? A quoi ressemblera le système d'exploitation de demain ? En se penchant sur la question, Clubic s'est entretenu avec les principaux acteurs de l'industrie.Au lendemain de Windows XP, beaucoup avaient prédit que Microsoft changerait son modèle économique et distribuerait son prochain système d'exploitation par téléchargement Internet. Pourtant, il n'en fut rien et ce ne sont pas moins de cinq versions différentes de Vista qui sont commercialisées sur DVD. La récente annonce de Windows Azure et des services qui en découlent, tels que Live Mesh, pourraient-ils changer la donne et redessiner l'avenir de Windows ?

Chez Microsoft France, Jakob Harttung, directeur des opérations au sein de la division plate-forme et écosystème, nous explique que le modèle software + service annoncé sur Office 14 au mois d'octobre n'est pas qu'une étape transitoire vers une solution toute hébergée. Aussi, ce dernier précise : "ce modèle n'est pas récent, c'est ce que nous faisons depuis des années avec les emails et Outlook".

De la machine vers le web, il y a aussi le phénomène des netbooks, ces mini ordinateurs portables spécialement conçus pour un usage d'appoint résolument tournés vers Internet. Asus, pionnier en la matière, fut aussi le premier à proposer un espace de stockage virtuel, l'Eee Box. Quelques semaines plus tard, Dell, signa un partenariat avec Box.net pour offrir à ses clients un service similaire. Cependant les choses commencent à prendre une nouvelle envergure et récemment la société Good OS LLC a levé le voile sur gOS Cloud, un système d'exploitation optimisé, basé sur un kernel de Linux compressé et directement fusionné à un navigateur Internet.

Récemment, nous nous sommes entretenus avec l'équipe de développement de Live Mesh, un service de Microsoft permettant de synchroniser ses données entre plusieurs appareils ou de récupérer ses dossiers et documents via une interface web. A l'avenir, il sera possible d'y ajouter différentes applications et de les utiliser en mode déconnecté sur les technologies de Silverlight ou Flash. Live Mesh se destinerait-t-il à être un mini système d'exploitation pour netbook ?

Jeff Hansen, directeur général marketing des produits Windows Live, expliquait alors : "Live Mesh est véritablement une solution software + service. Personnellement je ne me vois pas héberger toutes mes données sur Internet. Ce qu'il faut réellement c'est faire la part des choses entre le web et le logiciel en prenant le meilleur de chacun."

Interrogé sur le potentiel d'un système conçut spécifiquement pour les netbooks tel que gOS Cloud, Jakob Harttung déclare que "le différentiel de prix avec ce que l'on perd en capacité ne semble pas intéressant" avant d'ajouter : "XP se développe très fortement sur le netbook et d'après les premiers retours que nous avons reçus, Linux ne semble pas satisfaisant pour les besoins du client". M Harttung conclut qu'à l'avenir : "les netbooks pourront supporter Windows 7".

Face à cette position, David Liu, PDG de Good OS LLC, déclare : "je pense que les prix de Microsoft seront toujours très compétitifs. mais plutôt que de rentrer en compétition, nous en sommes complémentaires et ajoutons une plus value similaire à d'autres sociétés développant des logiciels pour Windows. Nous pensons qu'il s'agit-là de la meilleure approche".Du côté d'Apple, la firme de Cupertino ne semble pas vraiment intéressée par le secteur des netbooks mais commence depuis quelque temps à se pencher sur des solutions software + services. Ainsi, la dernière version du navigateur Safari permet de créer à la volée des SSB (Site Specific Browser), c'est-à-dire de transformer des sites Internet en applications présentées au sein d'une fénêtre dédiée du navigateur.

Depuis quelques années déjà, les logiciels du pack iLife peuvent être couplés au service MobileMe (anciennement .Mac). Interrogé par nos soins sur l'avenir du système d'exploitation, Chris Bourdon, chef produit de Mac OS X à Cupertino déclare : "ce sera intéressant de voir de quelle manière les applications installées interagiront avec le net à l'avenir. Il est clair que cette époque est belle et bien arrivée avec l'intégration de l'iDisk au Finder mais aussi sur iPhoto qui permet de publier facilement ses images sur Internet [...] En ce qui me concerne, j'imagine qu'il y aura de plus en plus de solutions intégrant les deux parties plutôt qu'un virement total vers Internet. ".Outre la distribution gOS, Linux n'est pas en reste dans la stratégie des services web et lorsqu'il publia la feuille de route de la prochaine version d'Ubuntu - Jaunty Jacklope - Mark Shuttleworth, PDG de Canonical LTD, invita l'ensemble de la communauté à se rassembler au prochain sommet des développeurs au quartier général de Google et expliqua : "à Prague, nous avons déjà discuté des fondations préliminaires pour les weblications [...] et comme nous souhaitons intégrer ces services dans 9.04, les discussions seront plus poussées à Mountain View". Ainsi, l'une des principales orientations de la plus populaire des distributions de Linux consistera à lever la barrière et à fusionner certains services Internet avec des applications installées sur la machine de l'utilisateur. Dans cette optique Adobe vient de sortir la version 1.0 de AIR, un ensemble de technologies permettant de faire tourner en local des applications Internet riches.

Il serait légitime de se demander qu'elles sont les frontières symboliques au-delà desquelles l'utilisateur refusera d'intégrer Internet à son système. Pour David Liu, "ce serait les performances tant au niveau du réseau que de la navigation, mais certains projets tels que le WiMAX et Chrome nous montrent que cela pourrait bientôt changer" avant d'ajouter : "d'une manière générale, je suis d'accord avec les intervenants de Microsoft et Apple. Je ne pense pas qu'il y aura un OS hébergé sur lequel Microsoft basera son modèle économique avant un bout de temps. Cependant avec cette vague de software + services, nous observons aussi un nouveau phénomène : bureau + services".

Il est intéressant de noter que du côté des fournisseurs de services, tels que Google ou Yahoo!, c'est précisément le chemin inverse qui est emprunté et, tout en continuant le développement de nouvelles solutions hébergées, chacun tente plutôt de s'installer sur l'ordinateur de l'utilisateur (Gears, BrowserPlus). Outre-Atlantique, ce phénomène porte le nom de stratégie web-to-OS. Après avoir dévoilé le navigateur Chrome, doté d'un moteur JavaScript largement optimisé pour les services web 2.0, Google a récemment annoncé son Native Client avec pour ambition de faire tourner les applications web directement sur le processeurs de la machine. De son côté, en 2005, Yahoo! Mail semble avoir d'abord parié sur les technologies de JavaScript asynchrone et Dom d'Oddpost pour offrir une interface riche rappelant celles des clients de messagerie installés. Cependant le rachat du Zimbra en 2007 semble répondre à un réel besoin de la part du consommateur pour qui la rapidité d'exécution et d'ergonomie du logiciel reste primordiale.

Au travers de ces différents discours, il apparaît que le système d'exploitation de demain ne sera pas virtuel, mais bel et bien réel. Dans la mesure où le service web de demain est véritablement perçu comme un complément au système d'exploitation plutôt que comme une substitution à part entière, la bulle Internet semble être inéluctablement rattachée au marché du PC et tirera bientôt profit de son architecture technologique toujours plus puissante pour exécuter les applications Internet riches.

A lire également

Quel sera le web de demain ? A quoi ressemblera votre navigateur ? Voilà les questions que se pose la Fondation Mozilla en vous invitant à partager vos idées au sein du centre de recherches Mozilla Labs. Que vous soyez développeur ou non, l'ensemble des concepts sera accessible au public et les développeurs pourront ensuite mettre en oeuvre le projet de leur choix.

Pour inaugurer cette énorme boite à idées, Mozilla Labs partage trois vidéos présentant des produits conceptuels qui pourraient bientôt prendre place sur votre ordinateur.

Aurora

Présenté par Adaptive Path, une société experte en ergonomie, le projet Aurora se penche sur les nouvelles interactions possibles entre l'utilisateur, le navigateur et le contenu web. Sur un système d'exploitation futuriste, le navigateur est fragmenté et chacune de ses fonctions, transformée en outil indépendant. L'utilisateur peut naturellement manipuler ces outils comme des objets de la vie réelle. D'un clic, deux personnes commencent une session de surf partagé au sein duquel l'interaction permet d'échanger tout type de données. L'écran comporte deux barres latérales et horizontales afin d'optimiser la manipulation de ces objets en permettant à l'utilisateur d'accéder facilement à ses raccourcis et son historique. Parce qu'ils tirent profit du web sémantique, ces éléments se regroupent automatiquement par classe au sein d'un espace en 3 dimensions.

Gestion des favoris

Le designer Wei Zhou s'est penché sur une nouvelle gestion des favoris d'un navigateur. Ici, l'idée d'un logiciel défragmenté est doublée d'un esprit minimaliste. Au démarrage, une simple barre de signets défile en haut de l'écran sous forme de vignettes organisées par groupes. Lorsque l'utilisateur clique sur un favori, la page web s'affiche en plein écran et la barre latérale se masque automatiquement. Un simple geste de la souris vers le haut de l'écran permet d'y accéder à nouveau. Il suffit de glisser-déposer une page vers un groupe de liens pour l'ajouter à sa collection. Ici aussi, le web sémantique opère sa magie et notamment pour le moteur de recherche qui permet de lister des sites similaires à celui visité.

Concept pour Firefox Mobile

Spécialisé dans les interfaces utilisateur, Aza Raskin, nous présente son concept pour une version mobile de Firefox sur un appareil nomade doté d'un écran tactile. L'accent est principalement mis sur la gestion des onglets. S'il reprend plusieurs idées de Safari mobile sur l'iPhone, Raskin optimise l'ergonomie en optant pour des boutons de contrôle plus grands que l'utilisateur peut dévoiler à sa guise. L'ensemble des onglets peut aussi être organisé par simple touché sur l'écran d'accueil.

Si vous aussi souhaitez partager vos idées et concepts, il vous suffit d'en rédiger les grandes lignes sur votre blog ou de l'illustrer sous forme d'image sur Flickr. Utilisez simplement le mot-clé "mozconcept" afin que la Fondation puisse apprécier votre dernière trouvaille. Si vous êtes un développeur désireux de travailler sur ce projet, il suffit d'en informer la communauté et d'héberger l'application sur votre site.
OpenSolaris n'est pas mort. Ou plutôt, ses gênes ne sont pas tout à fait disparus, puisqu'on les retrouvera dans le projet OpenIndiana, un de ses sporks (presque comme un fork, mais hybride). Le projet devrait être annoncé demain à Londres, et se basera essentiellement sur le système d'exploitation d'Oracle. L'annonce doit être accompagnée d'une première distribution des versions bureau et serveur du nouvel OS.

OpenIndiana arrive une semaine avant la grande conférence OpenWorld d'Oracle à San Francisco, où la nouvelle stratégie d'Oracle vis-à-vis de Solaris devrait être dévoilée. OpenIndiana, lui, est basé sur les cendres d'OpenSolaris, récemment abandonné par l'éditeur, et sur Illumos, le kernel (et la fondation du même nom) issu de l'ancien système d'exploitation open-source d'Oracle.

« OpenIndiana fait partie de la fondation Illumos, et apporte une réelle communauté open-source alternative à Solaris 11 et Solaris 11 Express, avec un modèle de développement ouvert et une participation totale de la communauté, » expliquent les organisateur du projet sur un site web dédié. Considérant le projet comme ambitieux, ils le placent dans la continuité d'OpenSolaris.

Au départ, Illumos s'est créé comme un endroit où développeurs et utilisateurs pouvaient continuer à travailler sur le code d'OpenSolaris après qu'Oracle ait décidé qu'il ne participerait plus au développement avec la communauté. Illumos insiste pour dire qu'il ne s'agit pas d'un fork d'OpenSolaris, car les développeurs enverront les développements réalisés aux techniciens d'Oracle Solaris pour leur prise en compte. Un spork, comme ils disent, soit littéralement une cuillère avec trois dents de fourchette.

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