Microsoft / Yahoo : un accord, mais plus de rachat

le 29/05/2008 à 21:59
Microsoft / Yahoo : un accord, mais plus de rachat
Le feuilleton Yahoo ! / Microsoft se poursuit. Le nouvel épisode se déroule cette fois-ci lors de la conférence "All Things Digital" organisée par le Wall Street Journal. Ainsi, Jerry Yang et Steve Ballmer se sont exprimés sur le sujet qui rappelons-le, vise un rachat de Yahoo! par Microsoft.

Après avoir décliné l'offre de Microsoft, en premier lieu visiblement pour une question d'argent (Microsoft proposait 33 dollars par action, mais la direction de Yahoo! ne voulait pas "lâcher" en-dessous de 37 dollars), Yang de Yahoo! a expliqué qu'un rapprochement entre Yahoo et Microsoft aurait été "extrêmement puissant", mais que Microsoft avait décidé de se retirer des négociations. Le géant de Redmond aurait décidé d'exclure pour le moment l'idée d'une fusion avec Yahoo!.

Les deux parties continuent cependant de discuter au sujet d'un accord dont les détails sont pour le moment inconnus. "Microsoft ne semble plus intéressé par un rachat du groupe. Nous discutons maintenant d'autre chose. Nous avons besoin de comprendre ce qu'ils nous proposent", a ainsi déclaré Jerry Yang.

De son côté, Steve Ballmer a fait savoir "nous ne lançons pas à nouveau une offre de rachat total, ce n'est pas prévu, même si nous nous réservons toujours le droit de le faire plus tard ...". Pendant ce temps, Murdoch juge le rapprochement positif et conseille à Microsoft de revoir à la hausse son offre pour l'emporter rapidement.

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Après une série d'acquisitions visant à renforcer sa position dans le domaine de la publicité en ligne, Microsoft sort aujourd'hui l'artillerie lourde avec une offre de rachat du célèbre portail américain Yahoo pour 44,6 milliards de dollars. A 31 dollars par action Yahoo, cette offre représente une prime de 62% sur le cours de clôture du titre jeudi soir.

Dans un communiqué, le numéro un mondial des éditeurs de logiciels indique que cette acquisition permettrait de réaliser jusqu'à un milliard de dollars de synergies par an. Cette offre de rachat intervient alors que Yahoo vient de publier des résultats financiers qualifiés de décevants et d'annoncer son intention de procéder à une restructuration interne qui conduira à la suppression d'environ mille postes.

"Nous éprouvons un grand respect pour Yahoo ; ensemble nous pouvons proposer un incroyablement vaste choix de solutions pour les consommateurs, les éditeurs et les annonceurs tout en nous positionnant au mieux pour la compétition sur le marché des services en ligne", déclare Steve Ballmer, PDG de Microsoft. Dans une lettre ouverte adressée aux membres du conseil d'administration de Yahoo, il rappelle à ces derniers qu'une première proposition de rapprochement avait été formulée en février 2007, puis refusée, au motif que Yahoo avait dans les cartons de quoi reprendre la main sur le marché de la publicité en ligne, notamment grâce à sa plateforme Panama.

"Une année a passé, et la situation ne s'est pas améliorée", constate Steve Ballmer. "Nous avons discuté d'un certain nombre d'options allant d'un partenariant commercial à la fusion, que vous avez rejetées. Un partenariat commercial aurait pu faire sens pendant un temps, mais Microsoft pense maintenant que la seule alternative viable est le rapprochement que nous proposons", ajoute-t-il.

Google en ligne de mire ?

S'il est toujours le portail numéro un en termes d'audience aux Etats-Unis avec 136,6 millions de visiteurs sur le mois de décembre 2007, contre 132,9 millions pour son grand rival Google, Yahoo est à la traine du côté de la recherche en ligne, avec environ 23% des parts de marché contre près de 59% pour Google selon Comscore. Les différents sites du groupe Microsoft totalisent quant à eux 120 millions de visiteurs, alors que le moteur de recherche Live Search représente 9,8% des recherches effectuées aux Etats-Unis. Même au niveau mondial, Google resterait largement numéro un de la recherche en ligne en dépit de ce rapprochement. En décembre 2007, la firme de Mountain View aurait en effet représenté 62,7% des recherches en ligne dans le monde selon Comscore, contre 12,8% pour Yahoo et 2,9% pour Microsoft.

"Le marché de la publicité en ligne connait une croissance extrêmement rapide, de quelque 40 milliards de dollars en 2007 à près de 80 milliards en 2010 (...). Aujourd'hui, ce marché est largement dominé par l'un de ses acteurs. Ensemble, Microsoft et Yahoo sont en mesure d'offrir un choix concurrentiel tout en répondant aux besoins de leurs clients et partenaires", argumente l'éditeur de Redmond.

Bien qu'il pèse toujours plus de 300 milliards de dollars en bourse, Microsoft peine encore aujourd'hui à s'imposer sur Internet, un secteur sur lequel Google caracole en tête alors que Yahoo connait une certaine baisse de forme. A l'issue d'une éventuelle fusion, la nouvelle entité constituée serait en mesure de proposer un guichet unique à ses annonceurs, avec une offre allant du simple lien sponsorisé au marketing interactif que complèterait un bassin d'audience de plusieurs centaines de millions d'internautes.

Microsoft dit avoir bon espoir de réaliser cette fusion dans le courant du second semestre 2008, une fois que les autorités de contrôle auront donné leur accord. Dans un bref communiqué, Yahoo se contente d'indiquer que cette offre n'a pas été sollicitée, mais qu'elle sera soigneusement étudiée.

Mise à jour 15h00 :

A l'occasion d'une brève conférence téléphonique, Steve Ballmer et Ray Ozzie ont expliqué comment, de leur point de vue, Microsoft et Yahoo sortiraient grandis d'un tel rapprochement. Les deux sociétés profiteraient tout d'abord d'une force sans précédent en matière de recherche et développement, ont-ils affirmé, leur permettant d'innover aussi bien sur le plan des services en ligne que de la publicité. L'avenir des différentes marques du groupe n'est pas encore clair. Steve Ballmer a réaffirmé son attachement à la marque Live de Microsoft, et indiqué qu'il n'était pas question qu'elle disparaisse.
Au lendemain de la PDC 2008 qui s'est déroulée entre les 27 et 30 octobre dernier, les discussions vont bon train sur l'avenir de Windows et la direction vers laquelle les développeurs de Microsoft envisagent de se tourner. En effet, le géant de Redmond a non seulement levé le voile sur Windows 7, mais aussi sur une nouvelle plateforme hébergée, Windows Azure. Qu'il s'agisse de programmation sur nuages de serveurs (cloud computing ), de SaaS (Software as a Service) ou de solutions hybrides Software + Service (logiciel plus service complémentaire en ligne), il est clair que déploiement d'Internet jouera un rôle fondamental dans le système de demain.

Mais jusqu'à quel point peut-on mélanger le système d'exploitation avec des services en ligne ? Certains s'accordent à penser que l'avenir réside dans les solutions complètement hébergées, et fleurissent déjà les webtop, ces bureaux virtuels extensibles au travers de différentes applications Internet riches.

Alors où sont les limites ? A quoi ressemblera le système d'exploitation de demain ? En se penchant sur la question, Clubic s'est entretenu avec les principaux acteurs de l'industrie.Au lendemain de Windows XP, beaucoup avaient prédit que Microsoft changerait son modèle économique et distribuerait son prochain système d'exploitation par téléchargement Internet. Pourtant, il n'en fut rien et ce ne sont pas moins de cinq versions différentes de Vista qui sont commercialisées sur DVD. La récente annonce de Windows Azure et des services qui en découlent, tels que Live Mesh, pourraient-ils changer la donne et redessiner l'avenir de Windows ?

Chez Microsoft France, Jakob Harttung, directeur des opérations au sein de la division plate-forme et écosystème, nous explique que le modèle software + service annoncé sur Office 14 au mois d'octobre n'est pas qu'une étape transitoire vers une solution toute hébergée. Aussi, ce dernier précise : "ce modèle n'est pas récent, c'est ce que nous faisons depuis des années avec les emails et Outlook".

De la machine vers le web, il y a aussi le phénomène des netbooks, ces mini ordinateurs portables spécialement conçus pour un usage d'appoint résolument tournés vers Internet. Asus, pionnier en la matière, fut aussi le premier à proposer un espace de stockage virtuel, l'Eee Box. Quelques semaines plus tard, Dell, signa un partenariat avec Box.net pour offrir à ses clients un service similaire. Cependant les choses commencent à prendre une nouvelle envergure et récemment la société Good OS LLC a levé le voile sur gOS Cloud, un système d'exploitation optimisé, basé sur un kernel de Linux compressé et directement fusionné à un navigateur Internet.

Récemment, nous nous sommes entretenus avec l'équipe de développement de Live Mesh, un service de Microsoft permettant de synchroniser ses données entre plusieurs appareils ou de récupérer ses dossiers et documents via une interface web. A l'avenir, il sera possible d'y ajouter différentes applications et de les utiliser en mode déconnecté sur les technologies de Silverlight ou Flash. Live Mesh se destinerait-t-il à être un mini système d'exploitation pour netbook ?

Jeff Hansen, directeur général marketing des produits Windows Live, expliquait alors : "Live Mesh est véritablement une solution software + service. Personnellement je ne me vois pas héberger toutes mes données sur Internet. Ce qu'il faut réellement c'est faire la part des choses entre le web et le logiciel en prenant le meilleur de chacun."

Interrogé sur le potentiel d'un système conçut spécifiquement pour les netbooks tel que gOS Cloud, Jakob Harttung déclare que "le différentiel de prix avec ce que l'on perd en capacité ne semble pas intéressant" avant d'ajouter : "XP se développe très fortement sur le netbook et d'après les premiers retours que nous avons reçus, Linux ne semble pas satisfaisant pour les besoins du client". M Harttung conclut qu'à l'avenir : "les netbooks pourront supporter Windows 7".

Face à cette position, David Liu, PDG de Good OS LLC, déclare : "je pense que les prix de Microsoft seront toujours très compétitifs. mais plutôt que de rentrer en compétition, nous en sommes complémentaires et ajoutons une plus value similaire à d'autres sociétés développant des logiciels pour Windows. Nous pensons qu'il s'agit-là de la meilleure approche".Du côté d'Apple, la firme de Cupertino ne semble pas vraiment intéressée par le secteur des netbooks mais commence depuis quelque temps à se pencher sur des solutions software + services. Ainsi, la dernière version du navigateur Safari permet de créer à la volée des SSB (Site Specific Browser), c'est-à-dire de transformer des sites Internet en applications présentées au sein d'une fénêtre dédiée du navigateur.

Depuis quelques années déjà, les logiciels du pack iLife peuvent être couplés au service MobileMe (anciennement .Mac). Interrogé par nos soins sur l'avenir du système d'exploitation, Chris Bourdon, chef produit de Mac OS X à Cupertino déclare : "ce sera intéressant de voir de quelle manière les applications installées interagiront avec le net à l'avenir. Il est clair que cette époque est belle et bien arrivée avec l'intégration de l'iDisk au Finder mais aussi sur iPhoto qui permet de publier facilement ses images sur Internet [...] En ce qui me concerne, j'imagine qu'il y aura de plus en plus de solutions intégrant les deux parties plutôt qu'un virement total vers Internet. ".Outre la distribution gOS, Linux n'est pas en reste dans la stratégie des services web et lorsqu'il publia la feuille de route de la prochaine version d'Ubuntu - Jaunty Jacklope - Mark Shuttleworth, PDG de Canonical LTD, invita l'ensemble de la communauté à se rassembler au prochain sommet des développeurs au quartier général de Google et expliqua : "à Prague, nous avons déjà discuté des fondations préliminaires pour les weblications [...] et comme nous souhaitons intégrer ces services dans 9.04, les discussions seront plus poussées à Mountain View". Ainsi, l'une des principales orientations de la plus populaire des distributions de Linux consistera à lever la barrière et à fusionner certains services Internet avec des applications installées sur la machine de l'utilisateur. Dans cette optique Adobe vient de sortir la version 1.0 de AIR, un ensemble de technologies permettant de faire tourner en local des applications Internet riches.

Il serait légitime de se demander qu'elles sont les frontières symboliques au-delà desquelles l'utilisateur refusera d'intégrer Internet à son système. Pour David Liu, "ce serait les performances tant au niveau du réseau que de la navigation, mais certains projets tels que le WiMAX et Chrome nous montrent que cela pourrait bientôt changer" avant d'ajouter : "d'une manière générale, je suis d'accord avec les intervenants de Microsoft et Apple. Je ne pense pas qu'il y aura un OS hébergé sur lequel Microsoft basera son modèle économique avant un bout de temps. Cependant avec cette vague de software + services, nous observons aussi un nouveau phénomène : bureau + services".

Il est intéressant de noter que du côté des fournisseurs de services, tels que Google ou Yahoo!, c'est précisément le chemin inverse qui est emprunté et, tout en continuant le développement de nouvelles solutions hébergées, chacun tente plutôt de s'installer sur l'ordinateur de l'utilisateur (Gears, BrowserPlus). Outre-Atlantique, ce phénomène porte le nom de stratégie web-to-OS. Après avoir dévoilé le navigateur Chrome, doté d'un moteur JavaScript largement optimisé pour les services web 2.0, Google a récemment annoncé son Native Client avec pour ambition de faire tourner les applications web directement sur le processeurs de la machine. De son côté, en 2005, Yahoo! Mail semble avoir d'abord parié sur les technologies de JavaScript asynchrone et Dom d'Oddpost pour offrir une interface riche rappelant celles des clients de messagerie installés. Cependant le rachat du Zimbra en 2007 semble répondre à un réel besoin de la part du consommateur pour qui la rapidité d'exécution et d'ergonomie du logiciel reste primordiale.

Au travers de ces différents discours, il apparaît que le système d'exploitation de demain ne sera pas virtuel, mais bel et bien réel. Dans la mesure où le service web de demain est véritablement perçu comme un complément au système d'exploitation plutôt que comme une substitution à part entière, la bulle Internet semble être inéluctablement rattachée au marché du PC et tirera bientôt profit de son architecture technologique toujours plus puissante pour exécuter les applications Internet riches.

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