Ventes de musique en baisse : filtrage du P2P ?

le 09/11/2007 à 21:55
Ventes de musique en baisse : filtrage du P2P ?
Le marché de la musique semble plus morose que jamais. Les derniers chiffres publiés par le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep) font état d'un marché de gros qui ne serait plus que de 443,9 millions d'euros contre 558,4 millions un an plus tôt, soit une baisse de 20%. Si l'on remonte à 2002, le marché aurait perdu plus de la moitié de sa valeur (51%). Pour le Snep, cette inexorable érosion des ventes connait une cause principale : le téléchargement illégal. Dans un livre blanc, il suggère l'instauration de mesures qui permettraient de juguler le phénomène. Comme l'installation d'un dispositif de filtrage directement sur le poste informatique de l'internaute...

Le numérique ne compense pas la baisse des ventes de CD

Difficile de pavoiser lorsque les ventes de musique sur supports physiques reculent de 22% pour ne plus représenter que 409,3 millions d'euros sur les neuf premiers mois de l'année. Les singles sont les plus touchés, avec une baisse des ventes de l'ordre de 61%. Le chiffre d'affaires de gros généré par les ventes d'album baisse de 19,9%, tandis que celui des vidéos musicales perd 12,5%.

Face à cela, le marché de la musique numérique ne progresse en valeur que de 8% pour atteindre 34,6 millions d'euros. Le Snep constate une légère baisse du côté des sonneries pour téléphone mobile, mais remarque la progression du chiffre d'affaires généré par les téléchargements payants sur Internet et sur téléphone mobile (respectivement 14,3 et 4,3 millions d'euros).

Forcer l'internaute à filtrer pour sortir de la crise ?

Principale raison de cette longue crise selon le Snep : le téléchargement illégal de musique, facilité notamment par les différents réseaux peer-to-peer (P2P). Alors que la mission Olivennes, PDG de la Fnac, devrait rendre en fin de semaine prochaine ses conclusions sur les moyens à mettre en oeuvre pour lutter contre le piratage, le Snep publie un "Livre blanc sur le peer-to-peer". Il y évoque des "mesures à prendre d'urgence" pour permettre au marché de la musique de redresser la barre.

Après avoir rappelé qu'il était techniquement possible de filtrer les échanges de fichiers sur Internet (notamment grâce à des techniques comme le watermarking et le fingerprinting), le Snep suggère que soit mise en place une autorité administrative qui aurait la charge d'entretenir une base de données répertoriant les "empreintes" des oeuvres de façon à permettre leur reconnaissance, et de veiller à ce que les FAI filtrent de façon efficace les fichiers qui transitent par leurs réseaux.

Plutôt que de faire assumer ce filtrage aux fournisseurs d'accès, le Snep indique que celui-ci pourrait être opéré directement chez l'internaute, et s'appuie pour cela sur une disposition de la loi DADVSI qui précise que l'internaute doit utiliser tous les moyens de sécurisation qui lui sont proposés par son FAI. Objectif : éviter que, comme dans le cas de l'affaire Jammie Thomas aux Etats-Unis, l'internaute puisse prétexter le piratage de sa ligne pour se dédouaner d'éventuels actes illégaux, ou prétendre que l'on a usurpé son identité à partir d'une autre machine.

"C'est dans ce cadre que le Snep a préconisé d'appliquer un système de contraventions qui permettrait ainsi de sanctionner, de manière massive, les internautes qui refuseraient de mettre en oeuvre une solution de filtrage", explique le syndicat dans un rapport publié après le livre blanc sur le P2P. Refuser d'installer, ou contourner, ce dispositif de filtrage, pourrait donc valoir une amende à l'internaute, ce qui n'était pas précisément la finalité de la disposition concernée.

Forcer les pouvoirs publics à réagir ?

"Depuis l'arrivée du président de la République, on entend de bons discours, courageux, mais il n'y a pas une disposition de quelque nature que ce soit qui ait été prise pour conforter la filière", a déclaré cette semaine selon l'AFP Hervé Rony, directeur général du Snep. Ces recommandations apparaissent donc comme une sollicitation indirecte adressée aux membres de la mission Olivennes. Leur acceptation correspondrait à instaurer une nouvelle infraction : le défaut de logiciels de protection de sa ligne, permettant de sanctionner d'une simple contravention les internautes susceptibles de s'adonner aux joies du téléchargement illégal.

A lire également

En marge de la publication des chiffres du marché de la musique en France pour le premier trimestre de l'année, le Syndicat national des éditeurs phonographiques (SNEP) a appelé de ses voeux l'examen rapide de la future loi issue des conclusions de la mission Olivennes, remises au chef de l'Etat en novembre dernier. Avec un chiffre d'affaires global en baisse de 17,8%, le marché de gros de la musique souffre toujours de l'érosion de ventes de musique sur supports physiques, qui perdent 23,2% sur un an.

Le numérique, pourtant en hausse de 61% sur un an, n'endigue en rien le phénomène, constate le SNEP. La téléphonie mobile a généré 9,9 millions d'euros sur le trimestre, contre 6,9 millions d'euros pour les services de vente sur Internet. Le streaming, incarné par les offres d'abonnement illimité, fait quant à lui ses premiers pas, avec des revenus estimés à 600.000 euros. Le piratage est sans surprise toujours considéré comme une entrave au développement du marché du numérique.

"Il faut que la loi Hadopi soit installée avant la fin d'année, ou le début d'année 2009", a martelé mardi Hervé Rony, directeur général du SNEP. En conséquence, le représentant des maisons de disque souhaite que le Parlement se penche au plus vite sur la question, de façon à ce que l'éventuelle adoption d'un texte de loi soit suivi de son examen dans le cadre des débats sur la loi de Finances établissant le budget 2009. "Il ne faut pas envoyer 100 ou 500 messages, mais des dizaines de milliers de messages, et pour cela, il faut que l'autorité indépendante ait des moyens", ajoute-t-il.

Riposte graduée...

D'où l'intérêt, selon le SNEP, d'un examen des plus rapides par le Parlement. Officiellement soutenu par le président Sarkozy, le projet de loi Hadopi risque de cristalliser certaines tensions politiques, d'autant que certaines dispositions du futur texte, telle que la suspension de l'abonnement à Internet de celui qui télécharge en cas de récidive, fait déjà l'objet d'attaques, portées au niveau européen par les députés Michel Rocard et Guy Bono.

Rappelons que la future loi - en admettant qu'elle respecte les décisions issues des accords de l'Elysée en novembre dernier prévoit la création d'une autorité indépendant, l'Hadopi, dont le plus haut cercle sera composé de magistrats ayant la capacité d'instruire une mesure telle que la suspension de l'abonnement à Internet. Selon le principe de riposte graduée, les internautes convaincus d'échanges illégaux de fichiers devraient recevoir divers messages d'avertissement envoyés par cette autorité avant de voir leur abonnement à Internet suspendu pendant un mois. En cas de récidive, une suspension pouvant aller jusqu'à un an, avec impossibilité d'ouvrir une autre ligne, serait prévue.

... et filtrage des réseaux ?

Suite aux accords de novembre, les fournisseurs d'accès à Internet se sont engagés à tester des méthodes de filtrage des réseaux, dans le but de déterminer comment, concrètement, juguler les échanges illégaux sur les réseaux P2P. Un accord non suivi de faits si l'on en croit le SNEP. Accompagné d'autres ayants droit, lui conduirait des tests auprès de différentes sociétés privées.

En matière de filtrage, deux voies sont ouvertes : la première consiste à couper purement et simplement le trafic issu ou en direction des réseaux peer-to-peer, ce qui présente l'inconvénient d'interdire les usages légaux de cette technologie. Avec la seconde, il s'agit de comparer la signature numérique des fichiers échangés de façon à détecter, puis bloquer, ceux qui correspondent à des oeuvres soumises au droit d'auteur. Confidentiels, les résultats seraient encourageants, assure le syndicat, même si le simple fait de chiffrer les données rendrait le travail de décryptage, puis de comparaison des signatures, d'une lourdeur extrême, impliquant des investissements de grande ampleur.

"L'idée n'est certainement pas de mettre un flic derrière chaque internaute, mais de montrer que le téléchargement illégal est devenu un jeu risqué", résume Lony. En espérant que la loi Hadopi soit votée et porte ses fruits, maisons de disque et ayants droit estiment qu'il est probable de voir repartir à la hausse la courbe des ventes de musique. "Il est indispensable que les fournisseurs d'accès commencent à considérer les contenus comme une véritable valeur ajoutée à leur offre", ajoute Christophe Lameignère, président du SNEP.

Commentaires

Ecrire

Ecrire un message

Votre message vient d'être créé avec succès.
LoadingChargement en cours